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samedi 31 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #11 - Vitrines

 

Longwood House : les protections vitrées prennent leur place

À Longwood House, le travail de protection des collections se poursuit, pièce après pièce, avec une ambition aussi simple à énoncer que délicate à mettre en œuvre : préserver les objets et les décors historiques tout en permettant aux visiteurs de retrouver, autant que possible, l'atmosphère des dernières années de Napoléon à Sainte-Hélène.

La salle à manger de l'Empereur à Longwood

Une nouvelle étape vient d'être franchie avec l'achèvement de l'installation des protections vitrées dans plusieurs espaces de la maison : la salle à manger, la chambre mortuaire, la salle de bains, la bibliothèque ainsi que la petite dépendance où Marchand rangeait les vêtements de Napoléon. Une partie de la salle de billard a également été équipée afin d'assurer la protection des globes.

Salle de bain  de l'Empereur à Longwood

Ces interventions, parfois discrètes au point de passer presque inaperçues, répondent à une exigence essentielle : protéger sans enfermer, rendre les collections moins vulnérables sans interposer entre elles et le visiteur un dispositif qui ferait oublier les lieux où elles se trouvent.

 Le bureau de l'Empereur à Longwood transformé en chapelle ardente



Chambre de rangement des effets personnels de l'Empereur



Il reste désormais deux espaces à traiter : la chambre à coucher et, surtout, le salon, dont la configuration rendra l'intervention particulièrement complexe. C'est là que se présenteront les difficultés les plus importantes, tant il faudra concilier les nécessités de la conservation avec le respect de l'architecture intérieure et de la perception des volumes.

Bibliothèque de l'Empereur à Longwood

La scénographie proprement dite n'interviendra qu'une fois l'ensemble de ces installations achevé. La mise à distance des objets rendra alors possible une présentation beaucoup plus vivante des intérieurs, en disposant livres, cartes, bougeoirs, encriers, plumes et autres objets familiers de manière à évoquer les occupations quotidiennes des habitants de Longwood. Il ne s'agira pas de multiplier les pièces exposées, mais de leur restituer une présence, des rapports entre elles, et cette apparence de vie qu'une présentation purement muséale peine parfois à conserver.

Peu à peu, Longwood House se prépare ainsi à accueillir ses visiteurs dans de meilleures conditions, sans rien perdre, nous l'espérons, de ce qui fait sa singularité : non pas un musée ordinaire, mais une maison où l'histoire semble encore habiter les pièces.

mercredi 28 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #9 - La petite table de bain de Napoléon

 

La petite table de bain de Napoléon

Longwood House : un projet de restitution muséale

Il est des objets qui, sans avoir jamais appartenu à l'apparat impérial, nous rapprochent davantage de Napoléon que bien des souvenirs de ses victoires. Sa baignoire, toujours conservée à Longwood House, est de ceux-là. Elle témoigne de ces longues heures où, dans l'intimité de sa dernière demeure, l'Empereur cherchait dans l'eau chaude un soulagement à ses douleurs, sans pour autant renoncer à ses habitudes de travail.

Cette baignoire en cuivre, enchâssée dans un coffre de bois, est demeurée sur les lieux mêmes de son exil. Elle mesure 1,77 m de longueur et 74 cm de largeur extérieure, pour une hauteur de 68 cm. Sa cuve intérieure, profonde de 56 cm, atteint 1,67 m dans sa plus grande longueur. Napoléon, qui mesurait environ 1,69 m, pouvait s'y installer confortablement en position semi-allongée, les jambes légèrement fléchies.

Mais ce qui rend cet objet particulièrement intéressant est le témoignage que nous a laissé Louis Marchand, son premier valet de chambre :

« L’Empereur ayant pris l’habitude de déjeuner très fréquemment dans son bain, j’avais fait faire une petite table d’acajou qui, retenue par des crochets aux extrémités entrait dans la baignoire à la hauteur qu’il voulait. Sur cette table, on lui servait son déjeuner, puis après, son livre ou ses papiers; il ne restait jamais moins d’une heure et demie dans son bain, dont il entretenait la chaleur en laissant couler un petit filet d’eau; l’un de ces messieurs était appelé, causait ou travaillait avec lui; souvent après avoir causé avec l’un, il en faisait demander un autre. Ces bains lui faisaient du bien et diminuaient, disait-il, une douleur sourde dans le côté, dont il commençait à se plaindre. »


Présentation actuelle de la salle de bain de Napoléon

 

Nous découvrons ainsi une scène assez inattendue. Napoléon ne se contentait pas de prendre son bain. Il y déjeunait, lisait, examinait ses papiers et recevait ses compagnons d'exil. La baignoire devenait, pour une heure et demie au moins, un cabinet de travail improvisé, où les conversations se poursuivaient au rythme d'un mince filet d'eau chaude.

Marchand nous apprend également qu'il avait fait fabriquer une petite table d'acajou spécialement adaptée à cet usage. Retenue par des crochets, elle pouvait être descendue à la hauteur souhaitée à l'intérieur de la baignoire.

Cette table a disparu. Nous en connaissons pourtant suffisamment le principe pour envisager aujourd'hui sa restitution.

Reconstitution numérique réalisée à partir du témoignage de Louis Marchand et des dimensions relevées sur la baignoire originale. Le plateau d’acajou et son système de suspension réglable constituent une proposition de restitution, dont les détails techniques restent à confirmer. Illustrations réalisées avec l’assistance de l’intelligence artificielle.





Redonner à la baignoire son usage

Dans le cadre du projet de renouvellement muséal de Longwood House, nous souhaitons restituer cet accessoire modeste, mais particulièrement révélateur de la vie quotidienne de Napoléon à Sainte-Hélène.

À partir des dimensions relevées sur la baignoire originale et des indications fournies par Marchand, une première étude propose la fabrication d'un plateau d'acajou d'environ 58 cm de largeur sur 35 cm de profondeur, suspendu à l'intérieur de la cuve par un système de crochets métalliques réglables.

Le dispositif prendrait appui sur les rebords du coffre en bois, les bords de la baignoire en cuivre étant encastrés dans celui-ci. Il serait entièrement amovible et ne nécessiterait ni percement ni modification de l'objet historique.

Le mécanisme précis utilisé à l'époque n'étant pas connu, cette proposition demeure une hypothèse de restitution. Elle devra être vérifiée et adaptée lors de l'étude technique préalable à sa fabrication.

Notre intention n'est pas de créer un décor artificiel, mais de rendre intelligible un usage aujourd'hui oublié. Il suffirait de replacer cette petite table au-dessus de la cuve pour que le visiteur comprenne aussitôt comment Napoléon pouvait y prendre son déjeuner, poursuivre une lecture ou travailler avec ses compagnons.

C'est précisément dans ces détails, parfois presque domestiques, que l'histoire retrouve sa dimension humaine.



Un projet à financer

Cette restitution constitue l'une des interventions envisagées dans le cadre du renouvellement muséal de Longwood House.

D'une réalisation relativement simple, elle nécessitera néanmoins le savoir-faire d'un artisan qualifié pour la fabrication du plateau en acajou et de son système de suspension réglable, ainsi que les précautions indispensables à la préservation de la baignoire originale.

Nous souhaitons proposer aux personnes ou institutions désireuses de soutenir ce projet deux possibilités de mécénat.

La première consisterait à financer la réalisation de cette petite table par un artisan de Sainte-Hélène, sous la supervision des Domaines nationaux, à partir des plans et des dimensions définitives qui auront été établis.

La seconde permettrait à un mécène de prendre directement en charge sa fabrication, en faisant réaliser l'ensemble par un artisan ou un atelier de son choix, conformément aux spécifications techniques que nous lui communiquerions, puis en organisant son expédition jusqu'à Sainte-Hélène.

Dans les deux cas, les Domaines nationaux veilleraient à la conformité de la restitution avec les exigences historiques et patrimoniales du projet, ainsi qu'à son installation sans altération de la baignoire originale.

Budget prévisionnel : à établir.

Les personnes ou institutions intéressées par l'une ou l'autre de ces formules sont invitées à prendre contact avec les Domaines nationaux à Sainte-Hélène afin d'en examiner les modalités.

Par leur soutien, elles contribueraient à faire revivre un détail singulier de la vie quotidienne de Napoléon, tout en participant à une ambition plus vaste : rendre à Longwood House, au-delà de sa valeur de lieu de mémoire, cette présence humaine qui permet aux visiteurs de mieux comprendre la vie de ceux qui l'habitèrent.

Baignoire originale sortie de son coffre en bois