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vendredi 8 mai 2026

Situation sanitaire liée au MV Hondius et au hantavirus à Sainte-Hélène

 


Depuis le début du mois de mai 2026, Sainte-Hélène se trouve indirectement concernée par une situation sanitaire internationale liée au navire d’expédition polaire MV Hondius, qui avait fait escale sur l’île entre les 22 et 24 avril 2026.

Les autorités sanitaires internationales enquêtent actuellement sur plusieurs cas d’infection par le virus Andes hantavirus, une forme rare de hantavirus présente en Amérique du Sud et susceptible, dans certains cas exceptionnels, de se transmettre entre humains lors de contacts étroits et prolongés.

Le MV Hondius, parti d’Amérique du Sud pour une croisière vers l’Antarctique puis l’Atlantique Sud, avait notamment fait escale en Géorgie du Sud, à Tristan da Cunha, à Sainte-Hélène et à l’île de l’Ascension avant que plusieurs passagers ne développent des symptômes graves.

Une situation internationale suivie par l’OMS

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) coordonne désormais la réponse internationale et le suivi des passagers ayant quitté le navire dans différents pays. Plusieurs cas confirmés ou suspects ont été signalés en Afrique du Sud, en Suisse, aux Pays-Bas et ailleurs en Europe.

Trois décès ont été rapportés parmi les passagers liés à cette épidémie à bord du navire. Les investigations privilégient actuellement une contamination initiale en Argentine, avant même l’embarquement du couple néerlandais considéré comme à l’origine probable de la chaîne de transmission.

L’OMS a toutefois rappelé que :

« This is not the next COVID »

tout en soulignant le caractère sérieux de cette maladie infectieuse.

La situation à Sainte-Hélène

Selon les communiqués officiels du Gouvernement de Sainte-Hélène (SHG), aucune contamination n’a été détectée sur l’île à ce jour.

Les autorités sanitaires locales, en lien étroit avec la UK Health Security Agency (UKHSA) et l’OMS, ont néanmoins mis en place un important travail de traçage des contacts et de suivi médical préventif.

Quelques habitants considérés comme « contacts à risque élevé » — c’est-à-dire ayant eu des contacts rapprochés et prolongés avec certains passagers symptomatiques — ont été invités à observer une période d’isolement préventif de 45 jours, jusqu’au 9 juin 2026.

Les autorités insistent sur plusieurs points importants :

  • aucun cas suspect ou confirmé n’existe actuellement sur l’île ;
  • le risque pour la population générale demeure faible ;
  • le virus ne se transmet pas par des contacts sociaux ordinaires ;
  • les procédures appliquées lors du débarquement du corps d’un passager décédé ont respecté des normes sanitaires strictes.

Une ligne téléphonique spécifique de surveillance sanitaire a été maintenue afin de permettre un suivi rapide d’éventuels symptômes.

Une île particulièrement attentive aux risques sanitaires

L’épisode rappelle combien Sainte-Hélène, malgré son isolement géographique, demeure connectée aux grands flux internationaux de voyageurs et particulièrement attentive aux risques sanitaires importés.

Les autorités locales ont jusqu’à présent adopté une communication mesurée et transparente, appelant la population au calme tout en poursuivant une surveillance quotidienne de la situation.

À ce stade, la situation sur l’île reste considérée comme stable et sous contrôle.

Source : communiqués officiels du Gouvernement de Sainte-Hélène (4 et 6 mai 2026), OMS, Associated Press.

mardi 10 février 2026

Les Héléniens dans l’héritage métis du Cap

Coincé au Cap, une fois encore, en attendant la réouverture de l’aéroport, je me retrouve en Afrique du Sud face à ce que Sainte-Hélène a toujours su m’enseigner : l’isolement n’est jamais seulement une contrainte logistique, il est aussi une invitation à la mémoire.

1634, Guerard.  from Carte universelle hydrographique Bibliotheque Nationale de France

 

L’île de Sainte-Hélène, dans l’Atlantique Sud, fut occupée par la Compagnie anglaise des Indes orientales à partir de 1659, avant de devenir officiellement colonie britannique en 1836. 

Dès la seconde décennie du XVIIIᵉ siècle, la population de Sainte-Hélène comptait 542 Blancs et 411 esclaves, principalement originaires d’Afrique et des Indes orientales. Dans les années 1820, on dénombrait 821 colons blancs, une garnison militaire de 820 hommes, environ 1 500 esclaves, plus de 600 travailleurs chinois sous contrat et quelque 500 Noirs libres.

Lithographie « Sandy Bay Valley in the island of St.Helena » de Henry Salt – 1809 


Après l’abolition de l’esclavage, nombre d’anciens esclaves restèrent sur l’île et s’unirent aux colons blancs ainsi qu’aux autres communautés qui formaient la société hélénienne. À cette époque, Sainte-Hélène était administrée comme une colonie de la Couronne britannique depuis le Cap, ce qui explique les liens étroits, durables et humains entre l’île et l’Afrique du Sud.

Dans la période qui suivit immédiatement l’abolition de la traite, jusque dans les années 1850, la Royal Navy captura de nombreux navires négriers en haute mer. Le Cap et Sainte-Hélène furent les deux principaux ports où débarquaient les esclaves ainsi « libérés ». Ces captifs, appelés Prize Negroes, étaient contraints à un engagement de quatorze années comme ouvriers au Cap avant de pouvoir accéder à la liberté. Ils furent connus sous le nom de Cape Prize Boys.

On estime à environ 8 000 le nombre de ces Prize Negroes débarqués au Cap, les derniers arrivant en 1856. Pour ces esclaves sous contrat, la servitude ne prit réellement fin qu’en 1870. Plus largement, on estime qu’environ 63 000 esclaves furent amenés au Cap entre 1653 et 1807. L’ajout des 8 000 Prize Negroes africains porte la proportion d’esclaves africains et malgaches à 57,2 % de l’ensemble des esclaves arrivés au Cap (24 % venant d’Inde et 18,7 % des îles indonésiennes). À cela s’ajoutèrent, très probablement, de nombreux apports illégaux.

Esclaves de confession musulmane sur le pont d'un bâtiment
 après leur libération (Collection Melliss)


À Sainte-Hélène, des Prize Slaves devinrent également des travailleurs sous contrat sur l’île, ou reçurent la possibilité de rejoindre les Antilles comme hommes libres — option de loin la plus attractive.

De nombreux insulaires de Sainte-Hélène gagnèrent aussi le Cap en tant que travailleurs engagés. Ces quelque 2 000 "Saints", comme on appelait déjà les habitants de l’île, étaient issus d’un métissage complexe mêlant Britanniques, Chinois, esclaves africains, esclaves orientaux et Noirs libres. Au Cap, ils s’intégrèrent largement à la communauté dite Coloured. Aujourd’hui encore, de nombreuses familles du Cap conservent des liens vivants avec Sainte-Hélène.

Les Saints, les Manillas, les Kroomen, les Mosbiekers, les Prize Boys, ainsi que les créoles chinois Peranakan (huan-na), constituent autant de strates méconnues de la mosaïque identitaire Coloured. Elles viennent compléter l’héritage khoï, san, xhosa, européen et afro-indo-esclave qui façonne l’histoire humaine du Cap.