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lundi 26 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #8 - Le « tape-cul » de Longwood

 

La bascule de Napoléon à Longwood : de l’exercice et un peu de distraction

Pour prendre de l’exercice sans sortir de la maison, Napoléon fit installer à Longwood une bascule, appelée aussi « tape-cul ». Plusieurs témoins évoquent cet appareil, qui devait entretenir ses forces et lui procurait parfois, avec son entourage, un moment de distraction.

Leurs descriptions permettent d’en proposer une évocation dessinée, tout en distinguant les éléments rapportés par les textes des détails imaginés pour la restitution.

Une pièce de bois, deux selles et des poignées en fer

Ali, le serviteur de Napoléon, donne la description la plus précise de sa construction. L’appareil, installé selon lui dans le parloir, consistait en une longue pièce de bois supportée en son milieu par un poteau entaillé. Les deux extrémités étaient façonnées en « selles bien rembourrées ». Un T en fer, placé devant le cavalier, lui permettait de se tenir pendant le mouvement.

Napoléon occupait une extrémité. Son poids étant assez important, du plomb avait été ajouté du côté opposé pour équilibrer l’ensemble. Montholon était, selon Ali, celui qui montait habituellement avec lui. Le récit mentionne donc à la fois un lest et un partenaire, sans préciser la quantité de plomb ni son emplacement exact.

Arthur Bertrand apporte une indication complémentaire sur le support : la bascule reposait au centre sur un pivot élevé de « trois ou quatre pieds au-dessus du plancher ». Il décrit Napoléon à une extrémité du levier et un officier à l’autre.

Entretenir ses forces

Ali explique l’intention de l’Empereur : ne souhaitant pas aller se promener dehors, il espérait que le mouvement de montée et de descente entretiendrait ses forces.

Le Grand Maréchal Bertrand rapporte également ce projet d’exercice. Napoléon envisageait de monter sur la bascule une demi-heure par jour ; cela devait le faire transpirer. Mais une intention ne constitue pas une pratique régulière attestée. Dans une entrée du 22 janvier 1821, Bertrand note que l’Empereur avait utilisé l’appareil un quart d’heure le matin et « ne s’en [était] pas mieux trouvé ».

Ce même jour, Arthur vint voir Napoléon, qui lui montra sa bascule en lui disant que c’était un canon. L’Empereur y monta ensuite avec le Grand Maréchal pour amuser l’enfant. Il descendit parce qu’il venait de dîner et craignait que le mouvement ne lui fît mal.

Une distraction avec les enfants Bertrand

Dans ses souvenirs, Arthur Bertrand raconte que les enfants prenaient eux aussi place sur l’appareil :

« Souvent il faisait placer ma sœur et deux de mes frères ou moi à l’autre extrémité de la bascule, et s’amusait à nous donner de fortes secousses qui parfois nous jetaient à bas. C’était en même temps de l’exercice, et une petite distraction à ses peines. »

La bascule devenait ainsi un jeu partagé. Elle inspira même à Mme Bertrand l’idée d’une caricature : l’Empereur d’un côté, tous les souverains de l’autre, incapables de le soulever, avec cette épigramme : « remède pour l’hépatite ».



Une expérience de courte durée

Selon Ali, cet exercice convint à Napoléon pendant une quinzaine de jours environ, puis il l’abandonna. Avant qu’il ne fût sérieusement malade, la machine avait été démontée et le plancher remis dans son état antérieur.

Le dessin : une proposition, non un relevé

L’illustration s’appuie principalement sur les descriptions d’Ali et d’Arthur Bertrand. Elle représente Napoléon et Montholon aux deux extrémités d’un balancier, sur des selles rembourrées munies de poignées en T. Le poteau central entaillé et le lest de plomb viennent du récit d’Ali ; l’indication de hauteur du pivot est donnée par Arthur.

La bascule de Napoléon à Longwood, évocation d’après les récits d’Ali et d’Arthur Bertrand. Napoléon et Montholon occupent les selles rembourrées et se tiennent aux poignées en T ; un lest de plomb contribue à équilibrer le côté opposé à l’Empereur. Les coussins au sol sont un ajout hypothétique. Illustration sans échelle, générée par intelligence artificielle ; assemblages et disposition du lest proposés.


Nous avons recherché une silhouette relativement basse, en retenant le bas de la fourchette de trois à quatre pieds mentionnée par Arthur. L’image reste néanmoins une évocation sans échelle, et non un dessin technique permettant de vérifier les dimensions.

Des coussins ont été ajoutés au sol, sous les extrémités, pour suggérer un amortissement à l’arrivée du balancier en position basse. Leur présence n’est mentionnée par aucun des témoins cités : ils constituent un ajout hypothétique, et non un équipement attesté.

La forme exacte du support, les assemblages, la disposition du plomb et les détails des selles restent également proposés pour rendre le fonctionnement de l’appareil compréhensible.

Ali précise qu’après le démontage de la bascule, le plancher fut « remis dans son état antérieur ». L’installation avait donc nécessité une intervention sur celui-ci, dont le serviteur ne détaille pas la nature. Des lames avaient-elles été retirées pour ancrer le support central, ou pour dégager une partie du sol sous l’appareil ? Le texte laisse la question ouverte. D'où les coussins qui, quoiqu'ils ne soient pas mentionné dans les témoignages, ont été ajoutés.

Sources

  • Ali, souvenirs : description de la bascule installée dans le parloir.
  • Arthur Bertrand, souvenirs : description du pivot central et des jeux avec les enfants.
  • Grand Maréchal Bertrand, journal : passages relatifs à l’installation de la bascule et à son utilisation le 22 janvier 1821.
  • Docteur Verling, journal : description indirecte de l’appareil, rapportée sous réserve.