Translate

Instagram + site institutionnel

Affichage des articles dont le libellé est Pandémie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pandémie. Afficher tous les articles

vendredi 15 mai 2026

Hantavirus : quelques réflexions depuis Sainte-Hélène

Hantavirus : quelques réflexions depuis Sainte-Hélène


Vue sur Sandy Bay... le silence, le calme domine


Depuis quelques jours, le nom de Sainte-Hélène réapparaît dans les médias du monde entier au milieu de mots qui, depuis la Covid, éveillent immédiatement les mêmes imaginaires : virus, isolement, évacuations sanitaires, OMS, traçage international. À lire certains titres, on pourrait croire l’île replongée dans cette étrange atmosphère de sidération collective qui avait gagné la planète au printemps 2020.

Or, vue d’ici, la situation possède une tout autre couleur.

Il ne règne ni panique ni agitation visible. Tout au plus une vigilance calme, presque silencieuse. À ma grande surprise même, les Héléniens paraissent accueillir cette crise avec ce mélange de pragmatisme et de retenue que donnent les vies insulaires longtemps habituées à dépendre des vents, des navires, des retards de cargos, des pannes de générateurs ou des brusques colères de l’océan.

Les communiqués quotidiens du Gouvernement de Sainte-Hélène ont sans doute beaucoup contribué à cet état d’esprit. Dès les premières annonces, les autorités locales se sont attachées à expliquer, avec une remarquable clarté, qu’il ne s’agissait pas d’un « nouveau Covid », que l’Andes hantavirus demeurait une maladie rare, difficilement transmissible dans la vie sociale ordinaire et, surtout, susceptible d’être contenue grâce à des mesures précises de suivi et d’isolement.

Cette pédagogie constante a produit ici un effet presque inverse de celui observé dans certains grands pays saturés d’informations contradictoires : plus les autorités communiquaient, plus la population semblait rassurée.

Naturellement, chacun connaît la gravité potentielle de cette maladie. Les Héléniens savent que plusieurs passagers du MV Hondius sont morts. Ils savent également qu’un homme ayant débarqué à Sainte-Hélène fut probablement l’un des premiers maillons de cette chaîne de contamination. Mais ils savent aussi que, depuis le début de cette affaire, aucun cas suspect ni confirmé n’a été détecté sur l’île.

La vie a donc continué.

Les vingt-deux Français présents à Sainte-Hélène pour les cérémonies du 5 mai ont pu participer aux commémorations, parcourir l’île, séjourner à Longwood, se recueillir à la Tombe puis repartir sans jamais ressentir d’inquiétude particulière dans la population locale.

Paradoxalement même, ici, les longues coupures d’électricité qui ont affecté l’île durant plus d’une semaine ont probablement suscité davantage d’angoisses concrètes que le hantavirus lui-même. Dans une société insulaire, la perspective de voir les congélateurs s’arrêter, les communications vaciller ou les approvisionnements perturbés possède quelque chose d’immédiatement tangible que les menaces lointaines n’ont pas toujours.

Il faut peut-être vivre longtemps à Sainte-Hélène pour comprendre cette forme particulière de sang-froid. L’île entretient depuis toujours un rapport intime avec la fragilité. Tout y dépend d’équilibres précaires : la météo, les navires, les liaisons aériennes, les pièces détachées, les arrivages de nourriture ou de carburant. Les habitants savent instinctivement qu’il faut continuer malgré les imprévus. L’excès d’agitation ne change ni le vent ni la mer.

Cela ne signifie évidemment pas que la situation soit prise à la légère. Bien au contraire. Les mesures mises en place ont parfois été extrêmement strictes. Les personnes considérées comme « à haut risque » ont été isolées puis, pour certaines, transférées préventivement vers le Royaume-Uni afin de demeurer à proximité d’unités hospitalières spécialisées. Mais ces décisions elles-mêmes ont renforcé l’impression générale que la situation demeurait maîtrisée.

Ainsi, depuis Sainte-Hélène, ce qui surprend le plus est peut-être moins la présence du virus dans les conversations que l’écart entre l’emballement médiatique mondial et le calme presque immobile qui continue de régner sur ce petit plateau volcanique battu par les vents de l’Atlantique Sud.

Comme souvent ici, l’île semble avoir absorbé l’événement sans cesser d’être elle-même.