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Affichage des articles dont le libellé est Longwood. Afficher tous les articles
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jeudi 9 avril 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #1

Longwood House : une maison, un silence, un projet


Maison de Longwood, 2026 ©Bruno Dell'aquila 

Il est des lieux qui ne se visitent pas — ils se traversent.

Longwood House appartient à cette catégorie rare. Depuis deux siècles, ceux qui en franchissent le seuil n’y viennent pas seulement pour voir, mais pour éprouver. Il ne s’agit pas d’un musée au sens ordinaire du terme, mais d’une demeure habitée par l’absence, où chaque objet, chaque lumière, chaque silence semble retenir quelque chose d’un destin achevé.

Et pourtant, cette fidélité au passé, si scrupuleusement préservée, atteint aujourd’hui ses limites.

La maison souffre. L’humidité constante, la lumière, l’usure lente des matériaux rappellent chaque jour que rien ici n’avait été conçu pour durer deux siècles. Dans le même temps, le visiteur, souvent profondément ému, se trouve parfois démuni face à une lecture fragmentée du lieu, comme si le récit lui échappait au moment même où il croyait le saisir.

C’est de cette tension qu’est né le projet que je propose aujourd’hui.

Non pas transformer Longwood — ce serait la trahir — mais en retrouver l’équilibre.

Retrouver la clarté d’un parcours, la cohérence d’un récit, la justesse d’un regard. Faire en sorte que la maison continue de parler, mais d’une voix plus lisible, sans rien perdre de sa densité ni de sa pudeur. Préserver l’émotion sans renoncer à l’intelligence.

Ce projet repose sur une conviction simple :
la mission d’un lieu comme Longwood n’est pas de montrer davantage, mais de rendre perceptible ce qui se dérobe.

Le quotidien de l’exil.
La communauté humaine autour de Napoléon.
La lente naissance de la légende.

Tout est déjà là. Il ne s’agit que de réordonner le regard.

Le parcours proposé ne modifie rien dans son principe. Il accompagne le visiteur comme on accompagne une mémoire : avec retenue, avec précision, avec respect. Chaque pièce devient un moment, chaque objet une présence silencieuse, chaque transition une respiration.

À l’extérieur, les jardins prolongent cette expérience. À l’intérieur, la lumière, le silence, et la mise à distance discrète des œuvres permettent enfin à la maison de retrouver ce qu’elle n’aurait jamais dû perdre : sa qualité d’espace vécu.

Car Longwood n’est pas un décor.

C’est une maison fragile, tenue debout par une vigilance quotidienne — presque domestique — qui est déjà une forme de fidélité.


Accéder au projet

Afin de permettre à chacun — partenaires, chercheurs, visiteurs, amis du lieu — de découvrir ce travail dans son intégralité, je mets à disposition ici le libellé complet du projet muséal, accompagné de ses documents de référence (PDF) :

👉 [Accéder au libellé du projet muséal de Longwood House]

👉 [Access the project in English]


Avec, en complément, le téléchargement des documents suivants : 

Concernant le parcours muséal à l'intérieur des appartements de Napoléon:  

- Plan de la Maison de Longwood en 1821

- Plan de la Maison de Longwood en 2026


Concernant la construction du centre d'accueil proposé : 

Sheet 1. Longwood House Site Plan

- Sheet 2. Longwood House Site Plan

- Sheet 3. Longwood House Site Plan

- Sheet 4. Longwood House Site Plan

- Sheet 5. Longwood House - Section Detail

- Photographie du poste de garde existant "Longwood Gate" #1

- Photographie du poste de garde existant "Longwood Gate" #2



Ce projet n’est ni une fin, ni une rupture.

Il s’inscrit dans une continuité — celle des dix années écoulées depuis la création de la Saint Helena Napoleonic Heritage Ltd, marquées par la persévérance, les contraintes, et une même volonté de préserver sans figer.

Il est, au fond, une tentative de plus pour rester fidèle à ce que ce lieu exige de nous.

Rien d’autre.

Protéger une parole qui ne nous appartient pas,
et permettre qu’elle continue, encore, à être entendue.

_________

Soutiens de ce projet : 

 Projets - FDBDA - Fonds de dotation Brousse dell’Aquila

jeudi 2 avril 2026

La Grotte de Longwood

 À Longwood, la grotte n’est pas une fantaisie. Elle apparaît tardivement, à un moment où tout change de nature. Vers 1819, Napoléon cesse peu à peu de penser son retour pour se consacrer à un espace plus restreint, mais qu’il peut encore ordonner : celui du jardin.



Le projet naît d’un excès. Sur l’emplacement du Grand Bassin, il fait d’abord élever un massif de gazon presque vertical, haut de trois mètres, composé de la terre extraite des bassins et des allées creuses. Disposé en gradins plantés de rosiers, l’ensemble dessine un arc de cercle dont la forme évoque, de manière presque inconsciente, celle de son chapeau. Mais une fois l’ouvrage achevé, il le juge trop imposant, presque oppressant.

C’est alors qu’intervient le geste décisif : il fait percer cette masse en son centre, à hauteur d’homme, pour y creuser une grotte.




L’espace ainsi ménagé est soigneusement construit. La cavité, parfaitement circulaire, est revêtue de planches peintes à l’huile, ornées de motifs chinois. À l’intérieur, quelques bancs de gazon, une table ronde, des chaises. L’ensemble est simple, mais ordonné. Très vite, la grotte devient un lieu d’usage quotidien : on s’y installe pour prendre le café, à l’ombre, à l’abri du vent. Des portes-fenêtres sont même ajoutées pour couper les courants d’air qu’il redoute.

Ce qui frappe, c’est la nature même de ce lieu. La grotte ne domine pas le jardin, elle s’y enfouit. Elle n’ouvre pas sur le paysage, elle s’en protège. Là où le regard portait auparavant sur une masse construite, il rencontre désormais un vide habitable.

Dans le même temps, Napoléon fait édifier, face au bassin, une grande volière de bois et de bambou, construite sans clous ni vis par l’un des ouvriers chinois de Longwood. L’ouvrage est remarquable, mais il restera presque inutile : exposée en plein soleil, la cage ne peut accueillir durablement aucun oiseau et demeure ouverte, vide, comme un dispositif sans fonction.




Entre la grotte et la volière s’établit un contraste silencieux. D’un côté, un espace fermé, ombragé, protecteur ; de l’autre, une structure ouverte, offerte à la lumière, mais inhabitable. Deux formes, deux intentions, dont une seule trouve sa place dans le quotidien de l’exil.

La grotte, elle, s’impose comme un refuge. Elle marque un moment précis : celui où Napoléon ne cherche plus à transformer le monde, mais à se ménager des espaces de retrait. Il ne construit plus pour être vu, mais pour s’y tenir, quelques instants, à l’écart.



Dans ce jardin qu’il façonne avec une attention presque obstinée, la grotte devient ainsi le point le plus intime. Non un lieu de représentation, mais un lieu de présence réduite, presque silencieuse. Un espace où, face au vent de Longwood et à l’effacement progressif de toute perspective, il continue simplement d’habiter le temps.

mercredi 25 mars 2026

Le meilleur film sur Napoléon à Sainte-Hélène : The Man on the Rock (1975)

 S’il ne fallait retenir qu’un seul film consacré à Napoléon à Sainte-Hélène, ce serait pour moi The Man on the Rock (1975).



Réalisé par Michael Pierce et interprété par Kenneth Griffith, ce film a été tourné sur l’île même. Ce détail n’est pas anodin : le plateau, les vents, la lumière, la topographie — tout est authentique. Sainte-Hélène n’y est pas un décor reconstitué, elle est le théâtre réel de l’action.



Je n’avais vu ce film qu’une seule fois. C’était en 1985, lors de mon premier voyage à Sainte-Hélène. Mon anglais était encore hésitant ; je n’avais sans doute pas saisi toutes les nuances du texte. Mais les images m’avaient profondément marqué.



Le revoir quarante-deux ans plus tard ne change rien à cette première impression. Il demeure, à mes yeux, le meilleur film-reportage consacré à Napoléon à Sainte-Hélène.

Certains pourront le juger sévère à l’égard de l’Empire britannique. Il faut rappeler que l’équipe était en grande partie galloise — et Kenneth Griffith lui-même n’a jamais caché ses convictions. Mais au-delà de toute lecture politique, ce qui frappe, c’est la force théâtrale de l’ensemble.



Tourné sans costumes d’époque, avec la participation des habitants de l’île, le film repose presque entièrement sur le jeu d’acteur. Kenneth Griffith, immense comédien, interprète tour à tour le gouverneur Sir Hudson Lowe et Napoléon. Cette dualité crée une tension remarquable. La scène de l’entrevue entre Napoléon et Lowe est d’une intensité rare, presque étouffante.



Ce n’est pas un film spectaculaire.
C’est un film habité.

Pour ceux qui aiment le théâtre, la parole incarnée, et les grandes interprétations, The Man on the Rock reste une référence.

À Sainte-Hélène, certains récits ne vieillissent pas. Celui-ci en fait partie.


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Carte postale envoyée par Kenneth Griffith à Tony Whittome depuis Sainte-Hélène.
Elle porte le cachet de Longwood House.

dimanche 22 février 2026

Reflections on A Journey to St Helena: Journey's End: - Le dernier Napoléon

Je découvre avec gratitude la recension que John Tyrell consacre à mon dernier ouvrage.
Lecture attentive, précise, exigeante — comme toujours.



Je la partage ici pour ceux qui souhaiteraient en prendre connaissance :

Reflections on A Journey to St Helena: Journey's End: - Le dernier Napoléon : "This last Napoleon is multifaceted. He is the one we like to imagine". When I first heard of the title I thought...

jeudi 17 avril 2025

Les gouaches du "Chinois"

Parmi les oeuvres présentées aux domaines nationaux de Sainte-Hélène, nous trouvons quelques gouaches réalisées par un artiste chinois qui proposait entre 1821 et 1840 ses oeuvres aux nombreux visiteurs qui faisaient alors escales sur l'île. 

Les Briars et la cascade (don Jean-Paul Mayeux - dépôt de la Fondation Napoléon)


La Tombe de Napoléon (don Jean-Paul Mayeux - dépôt de la Fondation Napoléon)


Jamestown, Main Street (don Jean-Paul Mayeux - dépôt de la Fondation Napoléon)


Porteous House, Jamestown  (don Jean-Paul Mayeux - dépôt de la Fondation Napoléon)



Napoléon sur son lit de mort (don Jean-Paul Mayeux - dépôt de la Fondation Napoléon)


Longwood New House (dépôt du Musée national de Malmaison)

La tombe de Napoléon  (dépôt du Musée national de Malmaison)


Longwood New House  (dépôt du Musée national de Malmaison)


La Tombe de Napoléon  (dépôt du Musée national de Malmaison)



Entrée du domaine de la Tombe de Napoléon (dépôt du Musée national de Malmaison)

samedi 2 mars 2024

Les jardins de la Maison de Longwood, terrain de cricket dans les années 1870


    À la chute du Second Empire, les espaces situés à l’ouest de la maison de Longwood étaient devenus un terrain de cricket. Aujourd’hui, ce même endroit nommé « Longwood Green » sert d’aire de jeu aux enfants et adolescents du district.


    
En revanche, les terrains situés à l’est de la Maison de l’empereur demeurent le terrain de golf.
 




vendredi 14 juillet 2023

Le plateau de Longwood à la tombée de la nuit

Vue du plateau de Longwood depuis Deadwood
Durant l'hiver austral, la nuit tombe rapidement dès dix-huit heures...

P

 

mercredi 3 mai 2023

La nymphe de la vallée

En 1815, lorsque Napoléon arriva à Sainte-Hélène, John Robinson, un pauvre métayer, louait des terres à la Compagnie des Indes, au fond de la Fisher’s Valley qui, s’étendant du versant sud-est de Diana’s Peak à Prosperous Plain, se trouvait à l’intérieur du périmètre autorisé à Napoléon.

 

La maison de Miss Robinson, 2023

Les militaires du second bataillon du 53e régiment d’infanterie avaient établi leurs quartiers à Hutt’s Gate, près des terres louées par le fermier.  John Robinson était confronté à des tracasseries quotidiennes. Les soldats coupaient des arbres, gâchaient des meules de foin et cassaient les clôtures sans vergogne. Ne disposant que de ces terres, John Robinson était au désespoir de ne pouvoir y maintenir ses quelques têtes de bétail et y récolter son foin. Il fut finalement contraint de vendre pour une bouchée de pain son bail à… William Balcombe.

 


Le 4 janvier 1816, la fraîcheur d’une des deux filles de John Robinson attira l’attention de Napoléon et du comte de Las Cases lors d’une de leurs chevauchées dans la Fisher’s Valley. Elle s’appelait Mary-Ann Robinson et était âgée de seize ans. Après lui avoir donné quelques pièces d’or, l’Empereur la baptisa séance tenant « La Nymphe de Las Cases » et désigna la vallée où elle vivait avec ses parents et sa sœur, « La vallée du silence ». Pour les autres Français et bientôt pour l’île entière, Mary-Ann devint « La Nymphe de la vallée ». À partir de ce moment, chaque fois que sa promenade l’y conduisait, Napoléon prit l’habitude de s’arrêter devant le perron du pauvre cottage où deux jeunes filles l’attendaient avec des bouquets de cannas et de fleurs de gingembre. Après Betsy, Mary-Ann Robinson était devenue une célébrité locale. Les voyageurs de passage, assoiffés d’anecdotes et souvent frustrés de n’avoir pu apercevoir l’Empereur déchu, se rabattaient sur toutes les personnes ayant pu le côtoyer… ou même l’ayant aperçu de loin.

 

La maison de Miss Robinson, 2023

Pendant l’année 1816, de nombreux hommes tournèrent autour de Mary-Ann mais aucun ne proposa de l’épouser. Contrairement à Betsy Balcombe, avide de plaire et séduire, la « Nymphe » cherchait avant tout un mari qui la sortirait de sa modeste condition et l’emmènerait loin de sa vallée.

 

La maison de Miss Robinson, 2023

Pendant un an et demi, Mary-Ann reçut de nombreux hommages de la part de messieurs comme Gourgaud et Piontkowski, mais sans qu’aucun ne lui propose le mariage tant désiré. Heureusement, le 5 juillet 1817, arriva sur l’île le premier bataillon du 66e régiment d’infanterie. James Ives Edwards, le capitaine du Dorah qui avait convoyé le bataillon depuis l’Inde la remarqua.

 

La maison de Miss Robinson, 2023

Le capitaine avait été généreusement rémunéré pour l’acheminement des troupes. Le ministère de la Guerre lui avait accordé le forfait considérable de £15.000 (± £1.000.000 de 2015) à la double condition qu’il le décharge de tout le poids de l’organisation du voyage et qu’il en assume les risques. Cette solution, certes coûteuse, évitait à Londres la lourdeur et la lenteur d’une intervention administrative dans l’éventualité d’une avarie. À cette somme s’ajoutaient bien entendu les indemnités journalières pour la nourriture des passagers. Fort heureusement pour le capitaine, le voyage se déroula sans encombre si ce n’est un incendie à bord sans conséquence fâcheuse. Il put ainsi dégager un profit personnel de presque £14.000 (± 950.000 de 2015). Il était devenu un homme fortuné.

Son bateau devant repartir le 29 juillet 1817, il s’empressa deux jours après son arrivée d’aller demander la main de Mary-Ann à son père. John Robinson donna immédiatement son consentement. La loi exigeant que les bans soient publiés au minimum dix jours avant la cérémonie, James Ives Edward épousa Mary-Ann Robinson le 17 juillet 1817.

 

La maison de Miss Robinson, 2023

       Quelques jours plus tard, le 26 juillet, le couple fut reçu par Napoléon qui fit remarquer la ressemblance du marié avec le prince Eugène. Il lui déclara :

- « Vous avez fait le bonheur de votre femme, cela vaut mieux que d'avoir épousé une femme riche ».

Il crut bon d’ajouter, après que le jeune couple eut quitté Longwood House :

- « À Londres, elle va être fort courue, ils voudront tous l'avoir dans leurs raouts ; il suffira que l'on sache que je l'ai considérée ».

Mais, contrairement à Betsy Balcombe, Mary-Ann ne chercha jamais à tirer avantage d’avoir été durant quelque temps la « Nymphe de la vallée ».

Le 29 juillet, devenue Madame Edwards, la  Nymphe quitta l’île. Elle vécut sa vie de femme de capitaine au long cours sans se bercer d’illusions, et sans chercher à se créer une légende en rédigeant ses mémoires.

 

dimanche 30 avril 2023

Visite de Marcel Fortini, directeur du Centre Méditerranéen de la Photographie | Cnap.

     Nous avons le plaisir et l’honneur d’accueillir Marcel Fortini, le directeur du Centre Méditerranéen de la Photographie | Cnap

    Ce matin, nous avons visités ensemble la partie est du plateau de Longwood. Je me suis permis de le prendre en photo avec mon téléphone... pure hérésie, je sais 😊


    Son regard original sur le paysage de mon quotidien est si rafraichissant. Que du bonheur… en noir et blanc et tous les dégradés de gris. 

jeudi 23 février 2023

Plateau de Longwood vu de l'est

 Lorsque l'on se promène entre le Flagstaff et le Chapeau Turc (Turk's Cap), on aperçoit très clairement les vestiges des murs d'enceinte de Longwood utilisés durant la captivité pour délimiter le périmètre à l'intérieur duquel Napoléon pouvait se déplacer sans surveillance rapprochée. 


mardi 7 juin 2022

La bibliothèque de l’Empereur à Sainte-Hélène, résurrection d’un lieu mythique #01

 Le Projet 

Aucun des mémorialistes de Sainte Hélène – pas même l’intéressé en charge de la bibliothèque, Saint-Denis [dit Ali] – ne nous a laissé une description de la pièce de la Maison de Longwood qui se trouvait au centre de cette « fabrique historique[1] » qu’était devenue cette prison sise au milieu de l’atlantique sud.



Contre toute attente, en 2019, M Jacques Jourquin qui travaille actuellement sur les papiers manuscrits de Louis-Étienne Saint-Denis dit « Ali » a retrouvé sur un morceau une note manuscrite du bibliothécaire de Napoléon sur l’île une description détaillée de cette pièce. 



En voici le texte[1] :

 « La bibliothèque était une pièce faisant suite à la salle à manger dont elle n'était séparée que par une cloison. C'était l'aile est du bâtiment de Longwood. Dans les premiers temps de notre installation cette pièce avait été habitée par le ménage de M. de Montholon.

Il y avait quatre ouvertures, une porte qui y donnait entrée – était éclairée par trois fenêtres, lesquelles donnaient sur le bosquet. La porte était sur le côté de la cloison, peu éloignée de l'angle de gauche. Au côté perpendiculaire, sont les fenêtres. La pièce a 15 à 16 pieds de long sur 13 à 14 de large. Entre les fenêtres sont deux petits meubles hauts de 5 pieds environ et larges de deux pieds, ayant 1 pied et demi de profondeur, composés de deux parties, l'une supérieure qui formait armoire, l'autre inférieure était à tiroirs. Sur chaque côté, deux petites colonnettes en bois noir, les deux meubles en plaquage d'un bois brun veiné.

Le côté du mur opposé aux fenêtres était garni de deux corps de bibliothèques en acajou, les deux extrémités de la partie supérieure de chaque corps étaient plus en saillie que le milieu. Les rayons étaient fermés par des vantaux garnis de treillis en fil de cuivre, un pour chaque extrémité et deux pour le milieu. La partie inférieure de chaque corps avait 4 armoires à portes pleines. Une tablette en marbre noir courait sur cette partie et avait 7 à 8 pouces dans le milieu et était (deux mots indéchiffrables) dans Je reste. Ces corps qui étaient couronnés d'une petite corniche avaient pour ornement des baguettes de bois noir.

Deux autres corps semblables à ceux ci-dessus existaient aux deux autres côtés. Celui qui était du côté de la porte était moins grand long que celui qui était du côté opposé. Il fut fait à Sainte-Hélène par des soldats menuisiers. Les autres avaient été apportés d'Angleterre.

Les parties inférieures étaient pour les in-folio et les in-quartos, les parties supérieures contenaient les in-douze et les in-8.

En face de la porte et près de la 3ème fenêtre était une petite table, avec un pupitre ayant le jour à gauche. C'est là que j'écrivais. Dans le milieu de la pièce était une grande table quarrée en acajou ordinaire à pieds tournés. Cette table était couverte d'une étoffe blanche (les deux derniers mots rayés et remplacés en marge par « une toile peinte à petits dessins deux mots indéchiffrables ») et destinée pour les cartes. Deux chaises en bois noir et un fauteuil à dossier rond étaient les seuls sièges qui existassent dans cette pièce. Une chaise était couverte d'une forte étoffe de soie bleu-ciel. Le fauteuil était placé en arrière de la table et avait en face les fenêtres. L'Empereur s'y asseyait quelquefois.

Les murs de la bibliothèque sont couverts d'un papier fond gris à petits dessins bleus. »


[1] Description de la pièce-bibliothèque de Longwood. Manuscrit autographe (brouillon). Feuillet 13,5 x 21, recto-verso. Papiers Saint-Denis (fonds Jacques Jourquin) :

 




Travaux proposés

Pour la restituer, il nous faudrait pouvoir :

1-     Faire faire par une ébéniste des répliques des trois corps de bibliothèque en acajou qui furent fabriqués durant les années d’exil à Sainte-Hélène par des soldats menuisiers avec tablette en marbre noir. [Une réplique d’entre-elles existe déjà et est présentée actuellement à Longwood House mais sans son marbre.]

2-     Refaire imprimer en France un papier peint à petits dessins bleus sur fond gris identique à celui qui recouvre déjà aujourd’hui la salle de bain de l’Empereur.

3-     Restaurer les deux bibliothèques « apportées d'Angleterre ». [Présentées actuellement à Plantation House pour l’exposition Sir Hudson Lowe car elles furent emportées par le Gouverneur[1]]

4-     Replacer dans le milieu de la pièce la « grande table quarrée en acajou ordinaire à pieds tournés. Cette table était couverte d'une étoffe blanche. [Ali]», le pupitre,  les deux chaises en bois noir et un fauteuil à dossier rond couverte d'une forte étoffe de soie bleu. 

5-     Refaire la porte donnant sur les jardins en y ajoutant des fenêtres (comme pour la salle-à-manger de Napoléon.  – Ali mentionne que cette porte actuelle était alors troisième fenêtre.

6-     Refaire les rideaux conformes à ceux des autres pièces.



[1] Collection du Napoleonmuseum Thurgau Schloss und Park Arenenberg





[1] L’expression est de Thierry Lentz