Toby’s Cottage, Sainte-Hélène.
Deux photographies prises hier, dans la lumière de fin d'après-midi. Sans autre raison de les partager que le plaisir de trouver ce petit coin de vallée si beau.
Toby’s Cottage, Sainte-Hélène.
Deux photographies prises hier, dans la lumière de fin d'après-midi. Sans autre raison de les partager que le plaisir de trouver ce petit coin de vallée si beau.
Une nouvelle étape du projet muséal des Domaines nationaux à Sainte-Hélène
À Longwood House, certains objets racontent l’exil de Napoléon avec une éloquence particulière. Ce ne sont pas nécessairement les plus précieux ni les plus spectaculaires. Une carafe, un verre, une assiette, une boîte à thé ou un livre peuvent parfois nous rapprocher davantage de la vie quotidienne de l’Empereur et de ses compagnons que les grands témoignages de l’histoire.
Ces objets modestes ont traversé deux siècles. Beaucoup sont fragiles, certains ne peuvent être exposés dans les pièces historiques auxquelles ils appartiennent, et d’autres demeurent conservés à l’abri des regards. Leur présentation constitue aujourd’hui l’un des enjeux du projet de réorganisation muséale de Longwood House.
C’est pour leur offrir une place que nous envisageons de transformer l’ancien cellier de la maison en un cabinet de curiosités consacré aux objets de l’exil.
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| Le cellier actuellement. Présentation du Retour des Cendres |
Pendant les années de captivité de Napoléon, cette pièce remplissait une fonction domestique : elle servait de cellier. Elle appartenait à cet ensemble de locaux indispensables au fonctionnement quotidien d’une maison où vivaient, travaillaient et se côtoyaient l’Empereur, ses compagnons et leurs domestiques.
Aujourd’hui, elle abrite une partie des collections relatives au Retour des Cendres de 1840, présentées notamment à travers des gravures, des souvenirs et différents objets commémoratifs.
Ces collections conserveront naturellement leur place dans le futur parcours muséal. Nous envisageons toutefois de leur consacrer un autre espace, éventuellement dans l'ancien appartement du docteur O’Meara, où elles pourraient constituer la conclusion de la visite, en évoquant le passage de la mort de Napoléon à Sainte-Hélène à la construction de sa mémoire en France.
L’ancien cellier pourrait ainsi accueillir une présentation entièrement renouvelée, consacrée non plus à la postérité de l’Empereur, mais aux objets qui témoignent de sa présence et de celle de son entourage à Longwood entre 1815 et 1821.
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Il y aurait d’ailleurs une certaine continuité dans cette transformation : une pièce autrefois destinée à conserver les provisions de la maison deviendrait, deux siècles plus tard, le lieu où seraient rassemblés et préservés quelques-uns des témoins matériels de son histoire.
Le parti pris architectural est volontairement simple.
Plutôt que de multiplier les vitrines indépendantes et les meubles d’exposition, nous souhaitons installer une seule grande bibliothèque-vitrine occupant intégralement le mur droit de la pièce, du sol au plafond.
Ses dimensions prévisionnelles sont de 7,22 mètres de longueur, 2,25 mètres de hauteur et 65 centimètres de profondeur.
Réalisé en bois brun, cet ensemble présenterait une succession de portes vitrées aux montants fins, derrière lesquelles seraient disposées des étagères en verre. Une rampe lumineuse à LED, discrètement intégrée dans la partie supérieure de chaque compartiment, permettrait de mettre les objets en valeur sans recourir à un éclairage général excessif.
Dans la partie basse, deux rangées de tiroirs en bois courraient sur toute la longueur du meuble. Elles offriraient des espaces de rangement supplémentaires pour les éléments de collection qui ne seraient pas présentés en permanence, ainsi que pour les accessoires nécessaires à leur conservation.
Le reste de la pièce demeurerait aussi proche que possible de son aspect actuel. Le vert profond des murs serait conservé, de même que les gravures et les appliques murales existantes. Les autres meubles et la vitrine actuellement installée au fond de la salle seraient retirés.
Nous souhaitons ainsi obtenir un espace dépouillé, dans lequel le regard serait naturellement attiré vers les objets, sans que l'aménagement vienne rivaliser avec eux.
Cette sobriété est essentielle. Longwood House n’a pas vocation à devenir un musée contemporain installé dans une enveloppe ancienne. Elle doit rester une maison historique, dont les transformations muséographiques se font avec mesure et respect.
La nouvelle vitrine permettrait de réunir plusieurs catégories de collections aujourd’hui dispersées ou insuffisamment visibles.
Nous pensons notamment aux pièces de verrerie et de vaisselle contemporaines de l’exil, aux carafes, aux verres, aux services de table, aux boîtes et aux petits objets domestiques. Les livres et certains accessoires personnels pourraient également trouver leur place dans cette présentation.
Nous souhaiterions y intégrer des fragments architecturaux provenant des anciens bâtiments de Longwood, ainsi que différentes reliques et objets emblématiques conservés dans nos collections.
Ces ensembles ne seraient pas présentés comme une simple accumulation de souvenirs napoléoniens. Leur disposition devrait permettre de distinguer clairement les objets dont l’utilisation à Longwood est documentée, ceux qui sont contemporains de l’exil et ceux dont la valeur réside avant tout dans leur histoire ou leur provenance.
Car il ne suffit pas qu’un objet soit ancien pour qu’il ait appartenu à Napoléon. Cette distinction, parfois négligée dans les présentations traditionnelles, nous paraît fondamentale.
L’intérêt d’un tel cabinet serait précisément de donner à chaque pièce sa juste place, en accompagnant sa présentation d’une identification rigoureuse, mais discrète.
Nous souhaitons également éviter de surcharger les étagères. Les objets devront pouvoir être regardés individuellement, sans être noyés dans une accumulation décorative. Le cabinet de curiosités que nous imaginons emprunterait à la tradition ancienne son esprit de découverte, mais non son goût pour l’entassement.
La présentation de collections aussi fragiles dans le climat de Sainte-Hélène impose plusieurs précautions.
L’humidité atmosphérique, particulièrement élevée à Longwood, constitue depuis toujours une difficulté majeure pour la conservation du mobilier, des livres, des métaux et de certains matériaux composites. La ventilation de l’ancien cellier, les risques de condensation et les variations des conditions ambiantes devront être pris en compte dès la conception du meuble.
La future bibliothèque-vitrine ne pourra donc être considérée comme un simple ouvrage de menuiserie.
Elle devra intégrer des dispositions adaptées à la conservation préventive : choix de matériaux compatibles avec les collections, protection contre les rayonnements ultraviolets, limitation des poussières, contrôle des conditions d’humidité et possibilité d’assurer une surveillance régulière des objets exposés.
L’éclairage LED devra être étudié pour éviter les échauffements et limiter l’exposition lumineuse des pièces sensibles. La transparence des étagères en verre favorisera une répartition plus homogène de la lumière, tout en donnant davantage de légèreté à la présentation.
Certains objets particulièrement fragiles pourront nécessiter une exposition temporaire ou une rotation régulière.
Ces questions devront naturellement être examinées avec les professionnels chargés de la conception et de la réalisation du mobilier.
Ce cabinet de curiosités ne constitue pas une opération isolée.
Il s’inscrit dans la réforme muséale engagée pour Longwood House, dont l’objectif est de concilier trois exigences : préserver l’authenticité historique des lieux, mieux protéger les collections et offrir aux visiteurs une compréhension plus sensible de la vie quotidienne pendant l’exil.
Dans les pièces où vécut Napoléon, notre priorité demeure la conservation des décors et des aménagements historiques. Les interventions doivent y être aussi discrètes que possible.
L’ancien cellier offre une liberté différente. Sa fonction historique est connue, mais son aménagement actuel ne constitue pas une reconstitution de son état de 1821. Nous pouvons donc envisager une présentation muséographique plus affirmée, sans modifier les pièces qui conservent le souvenir direct de la présence de l’Empereur.
Cette distinction est importante. Il ne s’agit pas de moderniser indistinctement toute la maison, mais de choisir pour chaque espace la forme de présentation la plus appropriée à son histoire et à ses collections.
Les illustrations accompagnant cette présentation donnent une première idée de l’aménagement envisagé. Elles constituent des vues d’intention et non des plans d’exécution définitifs. Les détails de construction, les dispositifs de conservation et les modalités d’installation devront faire l’objet d’études complémentaires.
Nous souhaitons désormais rechercher les financements nécessaires à la réalisation de cette bibliothèque-vitrine.
La difficulté de ce type d’opération tient à la situation particulière des Domaines nationaux à Sainte-Hélène. Longwood House appartient à l’État français, mais sa situation géographique, son éloignement et les contraintes propres à l’île rendent les projets d’aménagement particulièrement complexes et coûteux.
Le concours de mécènes, de fondations, d’associations et de particuliers attachés à la préservation du patrimoine napoléonien peut donc jouer un rôle déterminant dans la réalisation de ce projet.
Les contributions recherchées permettraient de financer non seulement la fabrication et l’installation du mobilier, mais également les équipements indispensables à la protection et à la présentation des collections.
Nous espérons ainsi offrir à des objets parfois conservés depuis des décennies à l'abri des regards la possibilité de retrouver une place dans le récit de Longwood.
Car l’histoire de l’exil ne se résume ni aux décisions politiques ni aux dernières paroles de Napoléon. Elle se lit aussi dans les choses ordinaires qui l’entouraient, dans les gestes répétés de ceux qui vivaient auprès de lui, dans ces objets que l’on utilisait sans imaginer qu’ils deviendraient un jour les témoins d’une époque.
C’est à cette mémoire plus intime que nous souhaitons donner une place dans l’ancien cellier de Longwood House.
Projet en cours d’étude. Les illustrations sont des simulations destinées à présenter l’intention muséographique ; elles ne constituent pas une représentation définitive des aménagements ni un inventaire des objets qui seront exposés.
Les premières parois vitrées viennent de prendre place dans les appartements de Longwood House. Leur installation marque une nouvelle étape dans le travail de conservation et de présentation des collections que nous poursuivons depuis plusieurs années, avec le soutien conjoint de la Fondation Napoléon et du Fonds de Dotation Brousse Dell’Aquila.
À première vue, il ne s'agit que de quelques surfaces transparentes, presque invisibles, destinées à séparer les visiteurs des objets et des meubles exposés. Mais leur rôle dépasse largement cette simple fonction protectrice.
Longwood possède en effet une particularité que peu de demeures historiques peuvent revendiquer : sur les 122 pièces de mobilier fournies par l'administration britannique pour les besoins de Napoléon et de son entourage durant la captivité, 82 sont aujourd'hui conservées dans nos collections, avec une provenance qui peut être retracée depuis leur dispersion lors des ventes aux enchères organisées sur l'île en 1822.
Ces meubles ne sont donc pas de simples évocations d'un décor disparu. Ils sont les témoins matériels de la vie quotidienne à Longwood, ceux-là mêmes qui ont accompagné les dernières années de Napoléon et dont l'histoire nous est parvenue avec une continuité documentaire exceptionnelle.
Pendant longtemps, la visite de la maison a permis une proximité presque familière avec ce mobilier. On pouvait s'en approcher, parfois le toucher, et cette liberté contribuait certainement au sentiment particulier qu'éprouvaient les visiteurs en parcourant les pièces de la captivité. Je comprends l'attachement que certains peuvent conserver à cette manière de découvrir Longwood, et je le partage même, dans une certaine mesure.
Mais les années passent, les objets vieillissent, et les responsabilités de ceux qui en ont la garde demeurent.
Un meuble ancien ne se détériore pas seulement à la suite d'un accident spectaculaire. Il souffre aussi de l'accumulation de gestes anodins, d'une main posée sur un dossier, d'un appui sur une table, d'un frottement répété. Ce qui paraît insignifiant à l'échelle d'une visite devient, au fil des décennies, une altération irréversible.
Notre responsabilité n'est pas seulement de permettre aux visiteurs d'aujourd'hui de découvrir Longwood, mais de transmettre ses collections à ceux qui viendront après nous.

Première pièce protégée : la salle à manger
Les nouvelles parois vitrées répondent également à une ambition muséographique. Leur disposition permettra de mieux mettre en évidence les petits objets, souvent difficiles à distinguer jusqu'à présent, tout en restituant plus clairement les espaces de la captivité et les relations entre le mobilier, les pièces et leurs occupants.
Il ne s'agit donc pas de transformer Longwood en un musée impersonnel, encore moins d'effacer cette atmosphère domestique qui constitue une part essentielle de son caractère. Au contraire, nous cherchons à préserver ce qui fait sa singularité : une maison historique dont les pièces, les meubles et les objets continuent de raconter, ensemble, une histoire humaine.
Certains regretteront peut-être de ne plus pouvoir approcher les meubles comme autrefois. Je peux comprendre cette nostalgie. Mais je ne crois pas que l'émotion suscitée par un objet dépende de la possibilité de le toucher. Elle naît bien davantage de ce que nous savons de lui, de ceux qui l'ont possédé, utilisé ou simplement côtoyé.
À Longwood, une chaise, une table ou un petit objet familier prennent toute leur signification lorsqu'on les replace dans la vie de ceux qui habitèrent ces lieux entre 1815 et 1821.
Les photographies qui accompagnent ce billet montrent les premières étapes de cette installation. Il reste encore du travail avant que l'ensemble trouve son équilibre définitif.
Je tiens enfin à remercier très chaleureusement la Fondation Napoléon et le Fonds de Dotation Brousse Dell’Aquila, dont le soutien conjoint permet de poursuivre cette entreprise de conservation et de valorisation d'un patrimoine qui appartient à l'État français, mais dont la portée historique dépasse largement nos frontières.
Après tout, préserver Longwood ne consiste pas à immobiliser le passé, mais à lui donner les moyens de traverser l'avenir.
Les premières images sont encore modestes. Elles montrent des arbres abattus, des espaces dégagés, une pelleteuse au travail. Pourtant, c’est bien ici que commence, très concrètement, la mise en œuvre du Projet muséal de Longwood.
Avant de construire, d’aménager ou de restituer, il faut préparer les lieux.
Le projet entre ainsi dans cette période particulière où les dessins, les études et les intentions commencent à prendre corps dans le paysage.
Aujourd’hui : ouvrir les passages. Demain : y faire passer les visiteurs.
Il est des nouvelles qui dépassent le simple cadre d'un projet. Celle-ci en est une.
Le Souvenir napoléonien vient de lancer officiellement une campagne nationale de souscription destinée à soutenir le projet « Longwood House 2026 », consacré à la préservation et à la mise en valeur de la dernière demeure de Napoléon à Sainte-Hélène.
Au-delà de l'appel à la générosité de ses adhérents, cette initiative revêt, à mes yeux, une signification toute particulière.
Depuis plus d'un siècle, le Souvenir napoléonien rassemble celles et ceux qui entretiennent la mémoire de Napoléon à travers la recherche historique, les publications, les conférences et les activités culturelles. De leur côté, les Domaines nationaux français de Sainte-Hélène ont pour mission, depuis 1858, de conserver les lieux mêmes où cette histoire s'est achevée.
Ces deux missions étaient naturellement complémentaires. Pourtant, elles n'avaient jamais réellement trouvé l'occasion de se rejoindre autour d'un projet commun.
C'est précisément ce que permet aujourd'hui cette campagne.
Le projet « Longwood House 2026 » ne consiste pas à transformer la maison de l'Empereur. Bien au contraire. Il vise à préserver son authenticité tout en offrant aux visiteurs du XXIᵉ siècle les moyens de mieux comprendre ce qu'a été l'exil de Napoléon : un nouvel espace d'accueil, une meilleure présentation des collections, des outils d'interprétation renouvelés et un parcours de visite enrichi, dans le respect absolu de l'esprit des lieux.
Réaliser un tel projet sur l'une des îles les plus isolées du monde représente un défi particulier. Les visiteurs sont infiniment moins nombreux que dans les grands sites historiques européens, alors même que les exigences de conservation et de qualité d'accueil sont les mêmes, sinon supérieures. C'est pourquoi le soutien de tous ceux qui sont attachés à la mémoire napoléonienne prend ici une importance toute particulière.
Je tiens à remercier très chaleureusement Guy Carrieu, président du Souvenir napoléonien, Jean-Marc Auger, qui a porté cette initiative au sein de l'association, ainsi que l'ensemble des membres de son Conseil d'administration pour la confiance qu'ils accordent à ce projet. Mes remerciements vont également à Paskalita Francheteau, dont l'engagement discret mais déterminant a permis de créer le lien entre le Souvenir napoléonien et la Saint Helena Napoleonic Heritage Ltd, porteuse du projet.
J'aime à penser que cette campagne ne marque pas seulement le début d'une souscription. Elle ouvre peut-être une nouvelle page dans les relations entre le Souvenir napoléonien et les Domaines nationaux français à Sainte-Hélène.
Car préserver Longwood House, ce n'est pas seulement entretenir une demeure historique.
C'est transmettre aux générations futures le lieu où l'Histoire est devenue mémoire.
Les personnes qui souhaiteraient soutenir cette initiative trouveront toutes les informations utiles sur le site du Souvenir napoléonien :
https://lesouvenirnapoleonien.fr/longwood-house-2026/
Si cette campagne rencontre le succès que nous espérons, elle aura atteint un second objectif qui me tient particulièrement à cœur : avoir rapproché durablement ceux qui font vivre la mémoire de Napoléon de l'un des lieux où cette mémoire est née.
Maison de Longwood : publication du projet muséal (Option C)
Cette réflexion s'est progressivement enrichie des observations recueillies sur le terrain, des échanges avec les visiteurs, des discussions menées avec les services du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, avec de nombreux historiens, conservateurs, mécènes et amis de Sainte-Hélène.
Il ne s'agit pas d'un projet figé. Comme toute réflexion patrimoniale, il continuera d'évoluer au rythme des études, des échanges et des possibilités offertes par les futurs partenaires.
Le rendre public répond à une conviction simple : les grands projets patrimoniaux gagnent à être partagés. Ils deviennent ainsi un objet de réflexion collective avant même de devenir une réalité.
Je remercie très sincèrement toutes celles et tous ceux qui, depuis plusieurs années, contribuent, chacun à leur manière, à nourrir cette réflexion.
La suite reste à écrire.
Afin de permettre à chacun — partenaires, chercheurs, visiteurs, amis du lieu — de découvrir ce travail dans son intégralité, je mets à disposition ici le libellé complet du projet muséal, accompagné de ses documents de référence (PDF) :
👉 [Accéder au libellé du projet muséal de Longwood House]
👉 [Accéder au rapport du choix de projet – décision du 9 septembre 2026]
Le projet muséal de Longwood House repose sur un principe auquel je tiens particulièrement : améliorer l’accueil et la compréhension du site sans ajouter au paysage un bâtiment qui viendrait rivaliser, même discrètement, avec la maison historique.
Parmi les différentes hypothèses actuellement étudiées, l’une d’elles nous ramène curieusement à l’histoire même de Longwood.
Un plan dressé à partir des relevés effectués par le général Bertrand, aujourd’hui conservé dans les collections du musée national du château de Malmaison, fait apparaître, à quelque distance de la maison, un bâtiment rectangulaire désigné comme les « Dépendances de l’officier d’ordonnance anglais ».
Cette discrétion constitue précisément son principal intérêt.
L’une des options désormais envisagées consisterait donc non pas à construire ailleurs un nouveau bâtiment, mais à transformer les surfaces déjà bâties du réservoir afin d’y installer le futur centre d’accueil et d’interprétation de Longwood House, ainsi que la billetterie et la boutique.
Cette solution présenterait plusieurs avantages. Elle réutiliserait une emprise existante, préserverait le caractère paysager des abords de Longwood et permettrait de maintenir à distance de la maison historique les fonctions indispensables à l’accueil du public. Le réservoir et son environnement arboré constituent déjà aujourd’hui un ensemble très discret dans le site. fileciteturn0file2
Il ne s’agit encore que d’une hypothèse de travail. Les études devront en préciser la faisabilité, les adaptations architecturales nécessaires et le financement. Mais elle répond assez exactement à la philosophie générale de la réforme muséale : intervenir là où cela est nécessaire, tout en laissant Longwood House demeurer le véritable centre du paysage et du récit.
Parfois, l’histoire ne nous fournit pas seulement les raisons de préserver un lieu. Elle peut aussi nous indiquer où poursuivre son histoire.
Grâce à la générosité de Jean-Paul Mayeux, les collections des Domaines nationaux viennent de s'enrichir d'une remarquable réplique d'une livrée impériale de valet de chambre, réalisée en 2022 par l'atelier Antikcostume Atsuko (Dinard).
C'est précisément dans cette pièce que les repas étaient servis à Napoléon… non plus par des valets de chambre français revêtus de la livrée impériale, mais par des soldats britanniques spécialement affectés à ce service.
Le contraste est saisissant. Sous la Restauration, la simple évocation de l'Empire ou de Napoléon était devenue politiquement suspecte. En France, les manifestations publiques de fidélité à l'Empereur pouvaient conduire à des poursuites, à l'emprisonnement, voire, dans certains cas, à la déportation. À Longwood, jusque dans les derniers détails du quotidien, tout rappel visible de l'Empire avait disparu.
Réintroduire aujourd'hui cette livrée dans les appartements de Longwood ne consiste donc pas à recréer artificiellement un décor disparu. C'est redonner au visiteur une clé de compréhension de ce qu'était réellement la Maison de Longwood avant la chute de l'Empire, mais également mesurer l'ampleur des ruptures imposées par l'exil.
J'adresse mes plus sincères remerciements à Jean-Paul Mayeux pour ce nouveau don, qui vient enrichir encore les collections des Domaines nationaux, ainsi qu'à l'atelier Antikcostume Atsuko pour la qualité exceptionnelle de cette réalisation.
Une pièce de tissu peut parfois raconter autant d'histoires qu'un monument.
En mai 2023, le photographe Marcello Fortini posa sa chambre dans les pièces de Longwood House. Il en résulta notamment cette vue en noir et blanc, où la chambre de Napoléon apparaît dépouillée de toute présence et pourtant étrangement habitée. Le regard est conduit par le dessin du tapis, la lumière, l’enfilade des portes et ces meubles silencieux dont les formes semblent retenir quelque chose du lieu.
Marcello Fortini vient de faire don de ce cliché au Domaine de Longwood. Je tiens à le remercier très chaleureusement pour ce geste qui fait entrer dans nos collections non pas une nouvelle représentation historique de la maison, mais le regard d’un photographe contemporain sur un lieu dont le temps demeure la matière première.
La photographie, prise à la chambre Technika Linhof 4 × 5 inches sur film Kodak Tri-X Pan, a fait l’objet en 2026 d’un tirage unique sur papier baryté Ilford, réalisé à Paris sous le contrôle de l’auteur. Elle est numérotée E/A 1/1 et signée par Marcello Fortini.
Tout comme John Tyrrell dans son excellent blog, nous sommes surpris par un fait assez singulier, et pourtant largement ignoré des historiens : Napoléon est probablement la figure historique la plus présente dans le répertoire traditionnel des chants populaires britanniques. Wellington et Waterloo ne semblent pas avoir inspiré de ballades comparables ayant traversé le temps, même si Nelson et Trafalgar occupèrent incontestablement une place durable dans la mémoire populaire.
La
sympathie populaire dont Napoléon bénéficia en Grande-Bretagne s'accorde mal
avec les grands récits historiographiques qui dominent encore aujourd'hui. Elle
embarrasse aussi bien les historiens conservateurs, pour lesquels Wellington
demeure le héros national et Waterloo le mythe fondateur d'un siècle de
suprématie britannique, que nombre d'historiens issus de la tradition de
gauche, qui ne voient en Napoléon qu'un contre-révolutionnaire, un dictateur et
un conquérant militaire.
[iii]Le Songe
de Napoléon
_______________________________
Une autre ballade, Napoleon's Death, rendait un hommage singulier à deux figures que tout semblait opposer : Nelson, gloire du Norfolk, et Napoléon lui-même. Fait révélateur, Waterloo n'y faisait l'objet d'aucune célébration. Là où Trafalgar et Quatre-Bras étaient exaltées, la victoire de Waterloo n'était évoquée que comme un succès « acheté », plus acquis par l'or que remporté par les armes.
[vi]La
Grande Conversation sur Napoléon
Ainsi naquit cette grande conversation
sur Napoléon.
Enfin,
une chanson, The Bonny Bunch of Roses, laisse percer une
véritable compassion pour le destin de Napoléon II, privé de l'héritage de son
père et incapable de reconquérir son trône. Elle qualifie également Napoléon de
« brave », épithète que les adversaires du gouvernement britannique employaient
volontiers durant les années de la captivité à Sainte-Hélène. Si cette ballade
recourt aux symboles patriotiques de la rose et du Heart of Oak, emblème
traditionnel de la Royal Navy, elle s'achève pourtant sur une image ambiguë :
les exploits de Napoléon continueront, malgré tout, à laisser leur aiguillon
dans « le beau bouquet de roses ».
[vii]Le beau
bouquet de roses
[1] J'ai conservé «
Bonaparte » dans le premier vers, car Boney est le diminutif
populaire britannique de Bonaparte. Le traduire par « Napoléon » ferait
perdre cette coloration populaire.
[2] J'ai traduit grieves
par « son cœur se serre », plus poétique que « il s'afflige ».
[3] Le vers « the young king of Rome
and the prince of Gehenna » est volontairement obscur. Le «
prince of Gehenna » est une image biblique désignant le prince de l'Enfer
(Satan). Beaucoup pensent qu'il s'agit ici d'une corruption du texte transmise
oralement, car cette juxtaposition avec le Roi de Rome est difficile à
interpréter. Je conserverais donc cette étrangeté, qui fait partie de l'intérêt
de la ballade, en l'accompagnant d'une note explicative plutôt que d'une
tentative de rationalisation.
[4] Pour base
misdemeanours, « indignes manœuvres » me paraît préférable à «
méfaits », car le texte dénonce davantage des agissements politiques que des
crimes au sens juridique.
[5] « On the plains of
Marengo I tyranny hurled » est volontairement propagandiste. L'auteur
radical anglais reprend ici le discours napoléonien lui-même : Marengo n'est
plus seulement une victoire militaire, mais la défaite symbolique de la
tyrannie et le triomphe de la liberté. C'est précisément cette interprétation
politique qui rend cette chanson si précieuse pour démontrer combien une partie
des milieux populaires et radicaux britanniques associait encore Napoléon à la
cause de la liberté, malgré Waterloo et Sainte-Hélène.
[6] Je trouve
particulièrement remarquable la dernière strophe. Malgré son apparence
patriotique, elle s'achève sur une forme de victoire posthume de Napoléon :
mort, il ne reconquerra plus aucun royaume, mais sa mémoire demeurera une
épine dans la conscience britannique. Cette conclusion est beaucoup plus
subtile qu'elle n'en a l'air et explique pourquoi cette chanson a pu être
reprise aussi bien par des chanteurs patriotes que par des sympathisants de la
cause napoléonienne.
[i] Oh, Boney's away from his wars and
his fightings,
He is gone to a land where naught can delight him.
And there he may sit down and tell
the scenes he's seen, oh,
While alone he does mourn on the Isle of
Saint Helena.
Oh, Louisa she weeps for her husband's departing.
She dreams when she sleeps
and she wakes broken-hearted.
Not a friend to console her,
though there's many would be with her,
And she mourns when she thinks on the Isle of
Saint Helena.
Oh the rude rushing waves o'er the ocean
are beating,
And the loud billows' roar on the shore's rocks are
beating.
He may look to the moon o'er the great Mount Diana
And he grieves as he thinks on the Isle of
Saint Helena.
No more in Saint Cloud he'll be seen in such splendour
Or go on with his wars like the great Alexander,
For the young king of Rome and the prince of Gehenna
Have caused him to die on the isle of
Saint Helena.*
Oh you parliaments of war and your Holy Alliance,
To a prisoner of war you may now bid defiance,
For your base intrigues and your base misdemeanors
Have caused him to die on the Isle of Saint Helena.
[ii] All you who have wealth, beware of
ambition,
For a small cast of fate could soon change your
condition.
Be steadfast in time,for what's to come you know not,
Or your days they may end, like his, on Saint Helena.
[ii] A Dream of Napoleon
One
night sad and languid I went to my bed
But
I scarce had reclined on my pillow
When
a vision surprising came into my head;
Methought
I was traversing the billow.
One
night as my vessel dashed over the deep
I
beheld a rude rock that was craggy and steep,
The
rock where the willow now seemèd to weep
O'er
the grave of the once famed Napoleon.
Methought
that my vessel drew near to the land;
I
beheld clad in green this bold figure.
With
the trumpet of fame claspèd firm in his hand,
On
his brow there was valour and rigour.
“O
stranger,” he cried, “hast thou ventured to me
From
that land of thy fathers
who
boast they are free?
If
so a tale I'll tell unto thee
Concerning
the once famed Napoleon.”
“Remember
that year so immortal,” he cried,
“When
I crossed the rude Alps famed in story
With
the legions of France,
for
her sons were my pride,
As
I led them to honour and glory.
On
the plains of Marengo I tyranny hurled
And
wherever my banners the eagle unfurled
'Twas
the standard of freedom all over the world
And
a signal of fame,” cried Napoleon.
“Like
a soldier I've been in the heat and the cold,
As
I marched to the trumpet and cymbal,
But
by dark deeds of treachery I have been sold,
While
monarchs before me have trembled.
Now
rulers and princes their station demean,
And
like scorpions spit forth their venom and spleen,
But
liberty soon o'er the world shall be seen,”
As
I woke from my dream, cried Napoleon.
[iv] So fare thee well my royal whore,
And
offspring great that I adore,
May
you reinstate that throne,
That's
torn away this very day,
Kings
with me have had their play,
And
caused this Lamentation.
[v] You heroes of the day
Who
are happy, blithe and gay,
Only
think of former champions
By
land and sea.
The
total pride of France
With
his eagles did advance,
This
hero come from Corsica
To
prove himself a don.
Many
kings he did dethrown
And
some thousands caused to mourn,
Yet
winced that long lost emperor,
Napoleon.
Now
this Norfolk hero bold
Who
was never bribed with gold,
All
glory to Lord Nelson,
Now
a long time dead.
To
Copenhagen, and the Nile,
He
advanced in rank and file,
He
fought at great Trafalgar
Where
he fell and where he bled.
But
bold Boney fought on land
Like
an emperor so grand,
And
his soldiers cried, “Long life
To
Great Napoleon.”
When
Moscow came in view
Then
their trumpets loudly blew,
But
soon it turned their joy to grief
And
turned their grief to pain.
For
Boney in a daze
Beheld
all Moscow in a blaze,
And
his gallant army melted
Just
like snow before the sun.
Back
to France he went amazed
And
another army raised,
And
it's “Oh, for death and glory,”
Cried
Napoleon.
Then
northward out of France
With
his army he advanced,
He
made the Dutch and German
Fast
before him fly.
And
when at Quatre Bras,
He
let loose the dogs of war,
Many
thousand Prussians there did fall
And
there did die.
But
though bravely there he fought
Waterloo
was bought,
And
he died on St Helena,
Great
Napoleon.
Long
time his body lay
Till
some Frenchmen came that way
To
beg the bones of Bonaparte,
The
Frenchmen's pride.
Oh,
bring him back again,
It
will ease the Frenchmen's pain,
And
in a tomb of marble
We
will lay his body low.
We
will decorate his tomb
With
the glory he has won,
And
in letters of bright gold
Inscribed
“Napoleon.”
[vi] It was over that wild beaten track
'twas
said a friend of Bonaparte's
Did
pace the sands and the lofty rocks
of St Helena's shore,
And
the wind it blew a hurricane,
the
lightning fierce around did dart,
The
seagulls were a-shrieking
and
the waves around did roar.
Ah
hush, rude winds, the stranger cried,
while I range the spot
Where
alas the gallant hero
did
his weary eyelids close.
And
though at peace his limbs do rest,
his
name will never be forgot.
This
grand conversation on Napoleon arose.
Oh
alas, he cried, why England
did
you persecute that hero bold?
Much
better had you slain him
on
the plains of Waterloo.
For
Napoleon he was a friend
to
heroes all, both young and old,
He
caused the money for to
fly
wherever he did go.
When
plans were forming night and day,
the
bold commander to betray,
He
said, I'll go to Moscow
and
there I'll ease my woes.
And
if fortune smiles on me that day,
then
all the world shall me obey,
This
grand conversation on Napoleon arose.
Oh
his men in thousands then did rise
to conquer Moscow by surprise,
He
led his troops across the Alps
oppressed by frost and snow,
And
being near the Russian land,
he
then began to open his eyes,
For
Moscow was a-blazing
and
the men drove to and fro.
Napoleon
dauntless viewed the plain
and
then in anguish at the same,
He
cried, Retreat me gallant men,
for time so swiftly goes.
Ah
what thousands died in that retreat,
some
forced their horses for to eat.
This
grand conversation on Napoleon arose.
At
Waterloo they bravely fought,
commanded by this Bonaparte,
Field
Marshall Ney did him betray,
but
he was bribed by gold.
And
when Blucher led the Prussians,
it
nearly broke Napoleon's heart.
He
cried, my thirty thousand men are lost,
and
I am sold.
He
viewed the plain and cried, all's lost,
and
then his favourite charger crossed,
The
plain was in confusion with blood and dying woes.
And
the bunch of roses did advance
and
boldly entered into France.
This
grand conversation on Napoleon arose.
Oh,
this Bonaparte was plann'd
to be a prisoner across the sea,
The
rocks of St Helena, oh,
it was his final spot.
And
as a prisoner there to be
till
death did end his misery.
His
son soon followed to the tomb:
it
was an awful plot.
And
long enough have they been dead,
the
blast of war around us spread,
And
may our shipping float again
to
face the daring foes.
And
now my boys when honour calls
we'll
boldly mount those wooden walls.
This
grand conversation on Napoleon arose.
[vii] By the margins of the Ocean, one
morning
in
the month of June,
Where
feathered, warbling, songsters,
their
charming notes did sweetly tune.
There
I beheld a female, she seemed to be
in
great grief and woe,
Conversing
with young Bonaparte,
Concerning
the bonny bunch of roses, O.
Then
up and spoke young Napoleon, as he was seated all by his mother's knee,
O
mother dear have patience, just wait and
you
will surely see.
I
will raise a mighty army, and
through
tremendous dangers I will go,
And
in spite of all the universe
I
will conquer the bonny bunch of roses, O.
O
son don't speak so venturesome, for England
she
is the heart of oak.
And
England, Ireland and Scotland, their unity
has
ne'er been broke.
O
son think on your father, in St Helena his body lies Low,
And
you might follow after,
So
beware the bonny bunch of roses, O.
For
he took three hundred thousand men and kings
and
princes to join his throng
He
was so well provided, he might have
carried
the world along.
But
when he came to Moscow, they were overpowered
by
driving snow,
And
Moscow was a-blazing
And
he lost the bonny bunch of roses, O.
Now
it's mother adieu for ever, for now
I'm
on my dying bed,
If
I'd lived sure I might have been clever, but
now
I hang my drooping head,
And
whilst my bones lie mouldering and weeping willows
all
over me do grow,
The
deeds of brave Napoleon
Will
sting the bonny bunch of roses, O.