Il est parfois des visites qui obligent à revoir son propre regard.
Car ici, dans le musée des héritiers du XXe régiment d'infanterie britannique — celui-là même qui monta la garde à Longwood durant les derniers mois de Napoléon — Sainte-Hélène est toujours présente.
| Dès l'entrée, on est capable de situer Sainte-Hélène sur une mappemonde |
On y découvre naturellement les trois célèbres volumes de la Life of Marlborough de William Coxe, offerts par Napoléon aux officiers du régiment quelques semaines avant sa mort. Trois ouvrages qui déclenchèrent la colère de Hudson Lowe pour trois simples mots inscrits en tête de page de chacun des volumes : « L'Empereur Napoléon ». Trois mots qui coûtèrent pratiquement sa carrière au capitaine Lutyens.
Le musée conserve également la tunique du docteur Archibald Arnott, dernier médecin britannique à avoir soigné Napoléon, ainsi que ses décorations et plusieurs souvenirs liés à cette ultime période de Longwood.
Autre officier britannique mis en valeur dans le musée : William Crokat, celui-là même qui eût l'honneur d'apporter la nouvelle de la mort de Napoléon en Grande-Bretagne.
En parcourant les vitrines, je ne pouvais m'empêcher d'éprouver un sentiment mêlé d'admiration... et d'embarras.
Car cette mémoire est aujourd'hui davantage expliquée à Bury qu'à Sainte-Hélène elle-même.
| Aujourd'hui, emplacement du camp de Deadwood |
À Deadwood, où le XXe régiment avait installé son camp, rien ou presque ne rappelle aujourd'hui cette présence militaire pourtant essentielle à l'histoire napoléonienne de l'île. Les panneaux d'interprétation l'ignorent. Les visiteurs passent sans imaginer que plusieurs centaines de soldats britanniques vécurent ici pendant près de six années afin de surveiller un seul homme.
Pourtant, raconter Sainte-Hélène, ce n'est pas seulement raconter Napoléon.
C'est aussi raconter ceux qui l'entouraient.
Les officiers britanniques. Les soldats des régiments successifs. Les médecins militaires. Les ingénieurs. Les jardiniers. Les esclaves affranchis. Les habitants de Jamestown. Tous participèrent, souvent malgré eux, à cette extraordinaire histoire humaine.
| Toute la carrière militaire listée sur le ruban de sa médaille militaire |
Depuis quelques années, l'Office du tourisme de Sainte-Hélène accomplit un travail remarquable pour promouvoir les paysages, la randonnée et le patrimoine naturel de l'île. Mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il reste un immense chantier à ouvrir : celui de l'interprétation historique.
Sainte-Hélène possède un patrimoine exceptionnel. Encore faut-il le raconter.
Peut-être est-il paradoxal qu'il m'ait fallu parcourir près de dix mille kilomètres jusqu'au nord de l'Angleterre pour mesurer combien une partie de l'histoire napoléonienne de Sainte-Hélène vue du côté britannique est aujourd'hui mieux conservée... loin de Sainte-Hélène pourtant dépendance britannique.
Et c'est précisément cette prise de conscience qui donne encore davantage de sens au travail quotidien mené aux Domaines nationaux : préserver les lieux, certes, mais surtout transmettre leur histoire dans toute sa richesse, y compris lorsqu'elle est britannique.