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dimanche 30 août 2026

Le Pavillon chinois de Longwood retrouve son dragon

 À l’extrémité des jardins de Longwood se trouve une construction si modeste qu’elle pourrait presque passer inaperçue. Pourtant, le petit kiosque chinois constitue en quelque sorte le point final des aménagements entrepris par Napoléon dans ses jardins.

Son histoire commence en août 1820. Le comte de Montholon avait remarqué qu’une plateforme de terre, située à l’extrémité orientale de l’amphithéâtre, offrait une vue remarquable sur l’océan vers le sud-est, précisément du côté par lequel arrivaient les navires. Napoléon accepta que l’on y construisît à son intention un petit poste d’observation.


début de la restauration du pavillon chinois


Parmi les ouvriers chinois employés à Plantation House se trouvait alors un menuisier particulièrement habile, connu sous le numéro 5. C’est à lui que fut confiée la construction de ce minuscule pavillon que les Anglais désignèrent assez pompeusement comme la « Maison d’été chinoise ».

Très vite, Napoléon s’intéressa lui-même au chantier. Deux semaines à peine après le commencement des travaux, il venait presque quotidiennement en suivre l’avancement et, dès le 22 août, intervint pour en modifier la structure.

Le 28 octobre 1820, il put enfin profiter du kiosque achevé. La petite pièce carrée était éclairée par des fenêtres vitrées à petits carreaux disposés en losanges. L’extérieur avait été peint en vert clair, les châssis en gris. On y accédait par quelques marches aménagées dans le talus herbeux. Avant de regagner Plantation House, le menuisier chinois avait ajouté au sommet de la toiture un détail délicieux : une girouette en forme de dragon.




Le pavillon appartient aussi aux derniers mois de Napoléon à Longwood. Il vint s’y asseoir à plusieurs reprises en novembre 1820. En décembre, devenu trop faible pour gravir les marches, il resta en contrebas tandis que Marchand tendait les murs intérieurs de mousseline et posait de modestes rideaux aux fenêtres. Le 4 janvier 1821, vers huit heures du matin, Napoléon parvint encore à y monter pour prendre son café. L’effort lui coûta tant qu’il n’y revint plus.

Plus de deux siècles après, cette construction légère demeure l’une des fabriques les plus fragiles des jardins de Longwood. Sa situation, son exposition constante aux vents et à l’humidité, mais aussi la délicatesse de ses éléments de bois imposent une surveillance et des interventions régulières.




Une restauration devenue nécessaire

En 2026, il ne s’agissait plus de procéder à quelques réparations ponctuelles. Le Pavillon chinois nécessitait une véritable remise en état générale.

La toiture caractéristique en forme de pagode a dû être entièrement reprise. Les fenêtres à vitrages disposés en losanges ont été restaurées, de même que les huisseries, les boiseries et les différents éléments extérieurs de cette petite construction particulièrement exposée aux intempéries de Longwood.

Et puisque restaurer un tel lieu consiste aussi à préserver ces détails apparemment insignifiants qui lui donnent son caractère, le dragon de la girouette a lui aussi retrouvé sa place au sommet du pavillon.

Il y a quelque chose d’assez émouvant à consacrer autant de soins à une construction aussi petite.

Elle n’a jamais été un monument. Elle ne devait même être, à l’origine, qu’un endroit où Montholon pourrait regarder la mer. Napoléon se l’appropria pourtant presque aussitôt, comme il s’était peu à peu approprié ces jardins créés autour d’une maison qu’il n’avait pas choisie.

Et c’est peut-être pour cela que nous continuons à entretenir ce kiosque avec tant d’attention. À Longwood, les choses les plus modestes sont parfois celles qui nous rapprochent le plus sûrement des dernières années de l’exil.



Deux siècles plus tard, le petit pavillon regarde toujours la mer. Et son dragon tourne de nouveau dans le vent de Longwood.