Tout comme
John Tyrrell dans
son excellent blog, nous sommes surpris par un fait assez singulier, et
pourtant largement ignoré des historiens : Napoléon est probablement la figure
historique la plus présente dans le répertoire traditionnel des chants
populaires britanniques. Wellington et Waterloo ne semblent pas avoir inspiré
de ballades comparables ayant traversé le temps, même si Nelson et Trafalgar
occupèrent incontestablement une place durable dans la mémoire populaire.
Durant
les guerres de la Révolution et de l'Empire, les propagandistes du gouvernement
britannique firent composer de nombreuses chansons patriotiques destinées à
présenter Napoléon sous les traits de « l'ogre corse ». Curieusement, ces
œuvres tombèrent rapidement dans l'oubli. Celles qui leur survécurent
offrirent, au contraire, une image bien différente de l'Empereur, le présentant
volontiers comme un libérateur, une victime du destin, voire un héros.
L'une
d'elles, Saint Helena, exprime une profonde compassion pour le sort de
Napoléon et de Marie-Louise, tout en dénonçant les « basses intrigues » et les
« basses manœuvres » de ses puissants ennemis. Elle laisse également entendre
que la douleur de Marie-Louise était largement partagée par l'opinion.
[i]Ô
Bonaparte a
quitté ses guerres et ses combats ; Il est parti vers une terre où plus rien ne peut le réjouir.
Là, solitaire, il peut s'asseoir et raconter
Les scènes dont il fut le témoin,
Tandis qu'il pleure, seul, sur l'île de Sainte-Hélène.
Ô Marie-Louise pleure le départ
de son époux.
Elle rêve de lui pendant son sommeil
Et s'éveille le cœur brisé.
Pas un ami ne peut la consoler,
Bien que beaucoup le désireraient ;
Et elle gémit en songeant à l'île de Sainte-Hélène.
Les vagues impétueuses battent
l'immense océan,
Et le fracas des flots vient se briser contre les rochers du rivage.
Il lève peut-être les yeux vers la lune
Au-dessus du grand pic de Diane,
Et son cœur se serre en
pensant à l'île de Sainte-Hélène.
Jamais plus on ne le verra, dans
la splendeur de Saint-Cloud,
Ni conduire ses armées à la manière du grand Alexandre.
Car le jeune roi de Rome et le prince de Gehenna L'ont conduit à mourir sur l'île de Sainte-Hélène.*
Ô vous, parlements de guerre et
Sainte-Alliance,
Vous pouvez désormais braver un prisonnier de guerre.
Vos basses intrigues et vos indignes manœuvres L'ont conduit à mourir sur l'île de Sainte-Hélène.

Une
dernière strophe, d’une tonalité plus volontiers moralisatrice, semble rompre
avec l’accusation véhémente de la précédente. On peut toutefois y voir un
avertissement adressé aux ennemis de Napoléon : leur tour pourrait bien venir
un jour. Ce couplet ne fut pas toujours chanté et, comme il en va souvent des
chants populaires, il n’existe pas de version définitivement fixée. Rien ne
permet donc d’affirmer avec certitude qu’il appartenait au texte d’origine ou
qu’il ne fut pas ajouté ultérieurement.
[ii]Vous
tous que la fortune favorise, défiez-vous de l’ambition ; Un seul caprice du destin peut changer votre condition.
Soyez fermes tant qu’il en est temps, car nul ne connaît son lendemain ;
Autrement vos jours pourraient finir, comme les siens, à Sainte-Hélène.
La
sympathie populaire dont Napoléon bénéficia en Grande-Bretagne s'accorde mal
avec les grands récits historiographiques qui dominent encore aujourd'hui. Elle
embarrasse aussi bien les historiens conservateurs, pour lesquels Wellington
demeure le héros national et Waterloo le mythe fondateur d'un siècle de
suprématie britannique, que nombre d'historiens issus de la tradition de
gauche, qui ne voient en Napoléon qu'un contre-révolutionnaire, un dictateur et
un conquérant militaire.

Ainsi,
dans La Formation de la classe ouvrière anglaise, E. P. Thompson ne dit
pratiquement rien de l'estime que plusieurs chefs radicaux portaient à
Napoléon. Ils voyaient en lui moins le despote que la victime des monarchies
absolutistes et considéraient que, malgré ses fautes, il demeurait, face aux
puissances de la Sainte-Alliance, du côté de la liberté, des réformes et du
progrès politique. Comme plusieurs Whigs acquis aux idées réformatrices, ils
trouvaient même dans la France napoléonienne bien des sujets d'admiration que
l'Angleterre de leur temps ne leur offrait plus.
Parmi
les chants qui traduisent le mieux cette sensibilité radicale figure A Dream
of Napoleon. Cette ballade fut recueillie au tournant du XXᵉ siècle
par Ralph Vaughan Williams auprès de Charles Crist, ancien marin marchand
devenu pensionnaire d'un hospice du Norfolk. Certains lui attribuent une
origine américaine, en raison de l'identification des États-Unis comme la terre
de la liberté. Rien n'interdit pourtant d'y voir également l'expression d'une
tradition britannique, car l'Angleterre elle-même se plaisait alors à se
reconnaître comme l'un des foyers historiques de cette même liberté.
[iii]Le Songe
de Napoléon
Une
nuit, triste et languissant, je gagnai mon lit.
À peine ma tête avait-elle touché l'oreiller
qu'une étrange vision s'empara de mon esprit.
Il me sembla traverser les flots.
Mon
navire fendait les profondeurs de l'océan
lorsque j'aperçus un roc sauvage, escarpé et sévère,
ce rocher où le saule semblait pleurer désormais
sur la tombe de l'illustre Napoléon.
Il me
sembla que mon bâtiment s'approchait du rivage.
J'y vis cette noble figure, vêtue de vert.
La trompette de la Renommée était fermement serrée dans sa main,
et son front portait encore la vaillance et la fermeté.
«
Étranger, s'écria-t-il,
es-tu venu jusqu'à moi
de cette terre de tes pères
qui se glorifie d'être libre ?
Si tel est le cas,
je vais te raconter une histoire
concernant celui qui fut jadis le célèbre Napoléon.
Souviens-toi
de cette année immortelle,
me dit-il,
où je franchis les Alpes,
rendues célèbres par l'Histoire,
à la tête des légions de France,
car ses soldats faisaient ma fierté,
et je les conduisis vers l'honneur et la gloire.
Sur les
plaines de Marengo, je renversai la tyrannie.
Partout où mes aigles déployaient leurs étendards,
ils devenaient le drapeau de la liberté
pour le monde entier,
et le signal de la renommée »,
s'écria Napoléon.
« Comme
un soldat,
j'ai connu les chaleurs et les froids,
marchant au son de la trompette et des cymbales.
Mais de sombres trahisons m'ont vendu,
alors que les monarques tremblaient devant moi.
Aujourd'hui,
rois et princes déshonorent leur rang.
Semblables à des scorpions,
ils répandent leur venin et leur haine.
Mais bientôt,
la liberté sera visible sur toute la terre... »
À cet
instant,
je m'éveillai de mon songe,
tandis que résonnaient encore
les paroles de Napoléon.
Un autre
chant populaire, Boney’s Lamentation, évoquait le retour des droits de
la France, « si longtemps confisqués », avant de se clore sur un trait beaucoup
moins indulgent envers l'impératrice Marie-Louise, que l'auteur abandonnait
sans ménagement aux jugements de l'opinion.
[iv]Adieu
donc, ma royale infidèle, Et toi, grand enfant que j’adore ;
Puisses-tu relever ce trône
Qu’on m’arrache en ce même jour.
Les rois ont joué leur partie contre moi,
Et causé cette lamentation.
_______________________________
Une
autre ballade, Napoleon's Death, rendait un hommage singulier à deux
figures que tout semblait opposer : Nelson, gloire du Norfolk, et Napoléon
lui-même. Fait révélateur, Waterloo n'y faisait l'objet d'aucune célébration.
Là où Trafalgar et Quatre-Bras étaient exaltées, la victoire de Waterloo
n'était évoquée que comme un succès « acheté », plus acquis par l'or que
remporté par les armes.

ros d'aujourd'hui,
Heureux, joyeux, l'esprit léger,
Souvenez-vous donc des champions
De la terre et de la mer.
Toute la fierté de la France,
Sous ses aigles s'avança.
Ce héros venu de Corse
Voulait montrer ce qu'il valait.
Des rois, il en fit tomber plus d'un,
Des milliers d'hommes il fit pleurer.
Pourtant chacun tremblait encore
Devant l'empereur déchu,
Napoléon.
Mais voici ce héros du Norfolk,
Jamais acheté par l'or.
Gloire à lord Nelson,
Mort depuis bien des années.
À Copenhague, puis sur le Nil,
Il mena ses rangs au combat.
Puis vint le grand Trafalgar,
Où il tomba,
Où il versa son sang.
Mais le vaillant Boney, lui,
Se battait sur la terre ferme,
Tel un empereur magnifique,
Et ses soldats criaient :
« Longue vie au grand Napoléon ! »
Quand Moscou parut enfin,
Les trompettes sonnèrent bien haut.
Mais bientôt la joie fit place au deuil,
Et le deuil devint souffrance.
Car Boney, frappé de stupeur,
Vit Moscou livrée aux flammes.
Et sa brave armée fondit
Comme neige au soleil.
Revenu en France, accablé,
Il leva pourtant une autre armée.
« À la mort ou à la gloire ! »
S'écria Napoléon.
Puis il marcha vers le nord,
À la tête de ses soldats.
Devant lui Hollandais et Allemands
Fuyaient à toute allure.
Quand vint Quatre-Bras,
Il lâcha les chiens de la guerre.
Des milliers de Prussiens
Y tombèrent,
Et y laissèrent la vie.
Mais, si vaillamment qu'il combattît,
Waterloo fut achetée.
Et c'est à Sainte-Hélène
Que mourut le grand Napoléon.
Longtemps son corps reposa là,
Jusqu'au jour où des Français vinrent
Réclamer les os de Bonaparte,
La fierté de la France.
« Ramenez-le parmi les siens !
Vous apaiserez leur douleur.
Dans un tombeau de marbre
Nous déposerons son corps.
Nous couvrirons sa tombe
De toute la gloire qu'il a conquise,
Et, en lettres d'or éclatantes,
Nous y graverons ce seul nom :
NAPOLÉON.

Une
vision analogue de l’histoire s’exprime dans
The Grand Conversation on
Napoleon. Cette ballade populaire reprend les thèmes déjà rencontrés dans
d’autres chants radicaux de l’époque. Waterloo n’y apparaît plus comme une
défaite militaire, mais comme une victoire achetée. Plus remarquable encore, la
mort prématurée de Napoléon II, le roi de Rome, y est présentée comme l’ultime
épisode d’une vaste conspiration destinée à anéantir jusqu’à l’héritage de
l’Empereur. Ainsi, dans l’imaginaire populaire britannique du premier XIX
ᵉ siècle,
l’exil de Sainte-Hélène ne marque pas seulement la chute d’un homme ; il
devient le symbole d'une lutte opposant la liberté aux puissances de la
Sainte-Alliance, où les vainqueurs du champ de bataille apparaissent parfois
comme les véritables artisans de l'injustice.
[vi]La
Grande Conversation sur Napoléon
C’est sur ce rivage battu par les vents,
Disait-on, qu’un ami de Bonaparte
Errait parmi les sables et les hautes falaises
De la côte de Sainte-Hélène.
Le vent soufflait comme un ouragan,
Les éclairs déchiraient le ciel,
Les mouettes poussaient leurs cris,
Et les vagues mugissaient tout autour.
« Apaisez-vous, vents farouches ! » s’écria
l’étranger,
« Tandis que je parcours ce lieu
Où, hélas, le vaillant héros
Ferma pour toujours ses yeux fatigués.
Si son corps repose désormais en paix,
Son nom, lui, ne tombera jamais dans l’oubli. »
Ainsi naquit cette grande conversation sur Napoléon.
« Hélas ! pourquoi, Angleterre,
As-tu persécuté ce héros magnanime ?
Mieux eût valu le voir tomber
Sur le champ de Waterloo.
Car Napoléon fut l’ami
Des braves, jeunes comme vieux.
Partout où il passait,
L’or circulait en abondance.
Tandis que, jour et nuit,
Se tramaient les complots destinés à le perdre,
Il disait :
“J’irai jusqu’à Moscou,
Là, j’apaiserai mes tourments.
Et si la fortune me sourit encore,
Le monde entier m’obéira.” »
Ainsi naquit cette grande conversation sur Napoléon.
Alors, par milliers, ses soldats se levèrent
Pour surprendre Moscou.
Il conduisit son armée
À travers les Alpes,
Sous le froid, sous la neige.
Mais lorsqu’il approcha de la terre russe,
Il ouvrit enfin les yeux :
Moscou n’était plus qu’un immense incendie,
Et les hommes couraient en tous sens.
Napoléon contempla sans faiblir
Cette plaine de désolation.
Puis, le cœur déchiré, il s’écria :
« En arrière, mes braves !
Le temps nous échappe. »
Que de milliers périrent
Durant cette retraite,
Au point que certains durent
Se nourrir de la chair de leurs chevaux.
Ainsi naquit cette grande conversation sur Napoléon.
À Waterloo,
Ils combattirent vaillamment
Sous les ordres de Bonaparte.
Mais le maréchal Ney le trahit,
Corrompu par l’or.
Et lorsque Blücher lança les Prussiens à l’assaut,
Le cœur de Napoléon se brisa.
« Mes trente mille hommes sont perdus,
Je suis vendu ! » s’écria-t-il.
Il promena son regard
Sur le champ de bataille,
Puis fit franchir la plaine
À son cheval favori.
Partout régnaient le désordre,
Le sang et les mourants.
Alors la bande des Roses
S’avança hardiment
Et pénétra en France.
Ainsi naquit cette grande conversation sur Napoléon.
On décida ensuite
Que Bonaparte serait prisonnier
Au-delà des mers,
Sur les rochers de Sainte-Hélène,
Dernière étape de son destin.
Là, il devait demeurer captif
Jusqu’à ce que la mort
Mît un terme à ses souffrances.
Son fils le suivit bientôt dans la tombe :
Quel terrible complot !
Depuis longtemps déjà,
Tous deux reposent dans la mort,
Tandis que le souffle de la guerre
Continue de parcourir le monde.
Puisse désormais notre flotte
Reprendre la mer
Pour affronter encore
Les ennemis les plus audacieux.
Et vous, mes garçons,
Quand l’honneur appellera,
Nous monterons hardiment
Sur nos murailles de bois.
Ainsi naquit cette grande conversation
sur Napoléon.
Les
dernières lignes, peut-être ajoutées dans un élan de patriotisme, semblent
établir une distinction entre les guerres que Napoléon mena sur le continent,
lesquelles concernaient finalement assez peu le peuple britannique, et la
menace d'une invasion des îles, qui relevait d'un tout autre registre.
Enfin,
une chanson, The Bonny Bunch of Roses, laisse percer une
véritable compassion pour le destin de Napoléon II, privé de l'héritage de son
père et incapable de reconquérir son trône. Elle qualifie également Napoléon de
« brave », épithète que les adversaires du gouvernement britannique employaient
volontiers durant les années de la captivité à Sainte-Hélène. Si cette ballade
recourt aux symboles patriotiques de la rose et du Heart of Oak, emblème
traditionnel de la Royal Navy, elle s'achève pourtant sur une image ambiguë :
les exploits de Napoléon continueront, malgré tout, à laisser leur aiguillon
dans « le beau bouquet de roses ».
[vii]Le beau
bouquet de roses
Au bord de l'océan, un matin,
au mois de juin,
Quand les oiseaux chanteurs faisaient entendre
leurs plus douces mélodies,
J'aperçus une femme
accablée de tristesse et de douleur,
Qui s'entretenait avec le jeune Bonaparte
du beau bouquet de roses.
Alors le jeune Napoléon,
assis près des genoux de sa mère,
prit la parole :
« Ô ma chère mère, prenez patience ;
attendez encore, et vous verrez.
Je lèverai une puissante armée ;
je traverserai les plus grands périls,
Et, malgré l'univers tout entier,
je vaincrai le beau bouquet de roses. »
« Mon fils, ne parle pas avec tant d'audace.
L'Angleterre est le cœur de chêne.
L'Angleterre, l'Irlande et l'Écosse :
jamais leur union ne fut rompue.
Mon fils, songe à ton père :
son corps repose à Sainte-Hélène.
Tu pourrais suivre son destin ;
prends donc garde au beau bouquet de roses. »
Car il avait rassemblé trois cent mille
hommes,
des rois et des princes autour de lui.
Il était si puissamment préparé
qu'il semblait pouvoir entraîner le monde entier.
Mais lorsqu'il arriva devant Moscou,
la neige impitoyable eut raison de son armée.
Moscou était livrée aux flammes,
et il perdit le beau bouquet de roses.
« À présent, ma mère, adieu pour toujours,
car me voici sur mon lit de mort.
Si j'avais vécu, peut-être serais-je devenu un grand homme ;
mais désormais je baisse la tête.
Et lorsque mes os tomberont en poussière,
sous les saules pleureurs qui croîtront au-dessus de moi,
Les hauts faits du brave Napoléon
continueront de piquer le beau bouquet de roses. » 
Où et
comment naquirent ces chansons, nul ne saurait probablement plus le dire. Les
unes vinrent peut-être d'Amérique, d'autres d'Irlande ; toutes finirent
pourtant par trouver en Angleterre leur véritable patrie. À force d'être
transmises de bouche en bouche, elles cessèrent d'appartenir à ceux qui les
avaient composées pour entrer dans ce domaine plus vaste où les auteurs
s'effacent devant le peuple qui les chante. Pendant près d'un siècle après
Waterloo, elles accompagnèrent ainsi la vie quotidienne des Anglais, jusqu'à
devenir moins des chansons sur Napoléon que des fragments de leur propre
mémoire.

Le vers « the young king of Rome
and the prince of Gehenna » est volontairement obscur. Le «
prince of Gehenna » est une image biblique désignant le prince de l'Enfer
(Satan). Beaucoup pensent qu'il s'agit ici d'une corruption du texte transmise
oralement, car cette juxtaposition avec le Roi de Rome est difficile à
interpréter. Je conserverais donc cette étrangeté, qui fait partie de l'intérêt
de la ballade, en l'accompagnant d'une note explicative plutôt que d'une
tentative de rationalisation.
Pour base
misdemeanours, « indignes manœuvres » me paraît préférable à «
méfaits », car le texte dénonce davantage des agissements politiques que des
crimes au sens juridique.
[i] Oh, Boney's away from his wars and
his fightings,
He is gone to a land where naught can delight him.
And there he may sit down and tell
the scenes he's seen, oh,
While alone he does mourn on the Isle of
Saint Helena.
Oh, Louisa she weeps for her husband's departing.
She dreams when she sleeps
and she wakes broken-hearted.
Not a friend to console her,
though there's many would be with her,
And she mourns when she thinks on the Isle of
Saint Helena.
Oh the rude rushing waves o'er the ocean
are beating,
And the loud billows' roar on the shore's rocks are
beating.
He may look to the moon o'er the great Mount Diana
And he grieves as he thinks on the Isle of
Saint Helena.
No more in Saint Cloud he'll be seen in such splendour
Or go on with his wars like the great Alexander,
For the young king of Rome and the prince of Gehenna
Have caused him to die on the isle of
Saint Helena.*
Oh you parliaments of war and your Holy Alliance,
To a prisoner of war you may now bid defiance,
For your base intrigues and your base misdemeanors
Have caused him to die on the Isle of Saint Helena.
[ii] All you who have wealth, beware of
ambition,
For a small cast of fate could soon change your
condition.
Be steadfast in time,for what's to come you know not,
Or your days they may end, like his, on Saint Helena.
One
night sad and languid I went to my bed
But
I scarce had reclined on my pillow
When
a vision surprising came into my head;
Methought
I was traversing the billow.
One
night as my vessel dashed over the deep
I
beheld a rude rock that was craggy and steep,
The
rock where the willow now seemèd to weep
O'er
the grave of the once famed Napoleon.
Methought
that my vessel drew near to the land;
I
beheld clad in green this bold figure.
With
the trumpet of fame claspèd firm in his hand,
On
his brow there was valour and rigour.
“O
stranger,” he cried, “hast thou ventured to me
From
that land of thy fathers
who
boast they are free?
If
so a tale I'll tell unto thee
Concerning
the once famed Napoleon.”
“Remember
that year so immortal,” he cried,
“When
I crossed the rude Alps famed in story
With
the legions of France,
for
her sons were my pride,
As
I led them to honour and glory.
On
the plains of Marengo I tyranny hurled
And
wherever my banners the eagle unfurled
'Twas
the standard of freedom all over the world
And
a signal of fame,” cried Napoleon.
“Like
a soldier I've been in the heat and the cold,
As
I marched to the trumpet and cymbal,
But
by dark deeds of treachery I have been sold,
While
monarchs before me have trembled.
Now
rulers and princes their station demean,
And
like scorpions spit forth their venom and spleen,
But
liberty soon o'er the world shall be seen,”
As
I woke from my dream, cried Napoleon.
[iv] So fare thee well my royal whore,
And
offspring great that I adore,
May
you reinstate that throne,
That's
torn away this very day,
Kings
with me have had their play,
And
caused this Lamentation.
[v] You heroes of the day
Who
are happy, blithe and gay,
Only
think of former champions
By
land and sea.
The
total pride of France
With
his eagles did advance,
This
hero come from Corsica
To
prove himself a don.
Many
kings he did dethrown
And
some thousands caused to mourn,
Yet
winced that long lost emperor,
Napoleon.
Now
this Norfolk hero bold
Who
was never bribed with gold,
All
glory to Lord Nelson,
Now
a long time dead.
To
Copenhagen, and the Nile,
He
advanced in rank and file,
He
fought at great Trafalgar
Where
he fell and where he bled.
But
bold Boney fought on land
Like
an emperor so grand,
And
his soldiers cried, “Long life
To
Great Napoleon.”
When
Moscow came in view
Then
their trumpets loudly blew,
But
soon it turned their joy to grief
And
turned their grief to pain.
For
Boney in a daze
Beheld
all Moscow in a blaze,
And
his gallant army melted
Just
like snow before the sun.
Back
to France he went amazed
And
another army raised,
And
it's “Oh, for death and glory,”
Cried
Napoleon.
Then
northward out of France
With
his army he advanced,
He
made the Dutch and German
Fast
before him fly.
And
when at Quatre Bras,
He
let loose the dogs of war,
Many
thousand Prussians there did fall
And
there did die.
But
though bravely there he fought
Waterloo
was bought,
And
he died on St Helena,
Great
Napoleon.
Long
time his body lay
Till
some Frenchmen came that way
To
beg the bones of Bonaparte,
The
Frenchmen's pride.
Oh,
bring him back again,
It
will ease the Frenchmen's pain,
And
in a tomb of marble
We
will lay his body low.
We
will decorate his tomb
With
the glory he has won,
And
in letters of bright gold
Inscribed
“Napoleon.”
[vi] It was over that wild beaten track
'twas
said a friend of Bonaparte's
Did
pace the sands and the lofty rocks
of St Helena's shore,
And
the wind it blew a hurricane,
the
lightning fierce around did dart,
The
seagulls were a-shrieking
and
the waves around did roar.
Ah
hush, rude winds, the stranger cried,
while I range the spot
Where
alas the gallant hero
did
his weary eyelids close.
And
though at peace his limbs do rest,
his
name will never be forgot.
This
grand conversation on Napoleon arose.
Oh
alas, he cried, why England
did
you persecute that hero bold?
Much
better had you slain him
on
the plains of Waterloo.
For
Napoleon he was a friend
to
heroes all, both young and old,
He
caused the money for to
fly
wherever he did go.
When
plans were forming night and day,
the
bold commander to betray,
He
said, I'll go to Moscow
and
there I'll ease my woes.
And
if fortune smiles on me that day,
then
all the world shall me obey,
This
grand conversation on Napoleon arose.
Oh
his men in thousands then did rise
to conquer Moscow by surprise,
He
led his troops across the Alps
oppressed by frost and snow,
And
being near the Russian land,
he
then began to open his eyes,
For
Moscow was a-blazing
and
the men drove to and fro.
Napoleon
dauntless viewed the plain
and
then in anguish at the same,
He
cried, Retreat me gallant men,
for time so swiftly goes.
Ah
what thousands died in that retreat,
some
forced their horses for to eat.
This
grand conversation on Napoleon arose.
At
Waterloo they bravely fought,
commanded by this Bonaparte,
Field
Marshall Ney did him betray,
but
he was bribed by gold.
And
when Blucher led the Prussians,
it
nearly broke Napoleon's heart.
He
cried, my thirty thousand men are lost,
and
I am sold.
He
viewed the plain and cried, all's lost,
and
then his favourite charger crossed,
The
plain was in confusion with blood and dying woes.
And
the bunch of roses did advance
and
boldly entered into France.
This
grand conversation on Napoleon arose.
Oh,
this Bonaparte was plann'd
to be a prisoner across the sea,
The
rocks of St Helena, oh,
it was his final spot.
And
as a prisoner there to be
till
death did end his misery.
His
son soon followed to the tomb:
it
was an awful plot.
And
long enough have they been dead,
the
blast of war around us spread,
And
may our shipping float again
to
face the daring foes.
And
now my boys when honour calls
we'll
boldly mount those wooden walls.
This
grand conversation on Napoleon arose.
[vii] By the margins of the Ocean, one
morning
in
the month of June,
Where
feathered, warbling, songsters,
their
charming notes did sweetly tune.
There
I beheld a female, she seemed to be
in
great grief and woe,
Conversing
with young Bonaparte,
Concerning
the bonny bunch of roses, O.
Then
up and spoke young Napoleon, as he was seated all by his mother's knee,
O
mother dear have patience, just wait and
you
will surely see.
I
will raise a mighty army, and
through
tremendous dangers I will go,
And
in spite of all the universe
I
will conquer the bonny bunch of roses, O.
O
son don't speak so venturesome, for England
she
is the heart of oak.
And
England, Ireland and Scotland, their unity
has
ne'er been broke.
O
son think on your father, in St Helena his body lies Low,
And
you might follow after,
So
beware the bonny bunch of roses, O.
For
he took three hundred thousand men and kings
and
princes to join his throng
He
was so well provided, he might have
carried
the world along.
But
when he came to Moscow, they were overpowered
by
driving snow,
And
Moscow was a-blazing
And
he lost the bonny bunch of roses, O.
Now
it's mother adieu for ever, for now
I'm
on my dying bed,
If
I'd lived sure I might have been clever, but
now
I hang my drooping head,
And
whilst my bones lie mouldering and weeping willows
all
over me do grow,
The
deeds of brave Napoleon
Will
sting the bonny bunch of roses, O.