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mardi 14 avril 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #2

Une escale, ou les limites d’un système - Importance de la réforme muséale proposée

Il est des journées où les chiffres parlent mieux que les discours.
L’escale du MV Amera, le 14 avril 2026, en fut une.




Les escales de paquebots rappellent avec une particulière netteté les limites du dispositif actuel. Lors de l’arrivée du MV Amera à Sainte-Hélène, le mardi 14 avril 2026, le navire transportait environ 684 passagers. Or, sur cet ensemble, seuls 320 visiteurs ont effectivement acheté un billet d’entrée. Parmi les autres, environ 120 passagers, après avoir loué un taxi depuis Jamestown et s’être rendus jusqu’aux portes de la Tombe ou de Longwood, ont refusé d’acquitter le droit d’entrée, certains allant jusqu’à invectiver bruyamment le personnel afin d’influencer ceux qui s’apprêtaient à payer. Les autres, rebutés par le coût jugé trop élevé, ont préféré demeurer en ville. Cette situation a des conséquences à la fois humaines, symboliques et économiques : elle dégrade les conditions d’accueil, expose les équipes à des tensions inutiles, et conduit désormais à fermer le Pavillon des Briars lors de ces journées, afin d’éviter que ces comportements ne s’y reproduisent.

D’un point de vue strictement financier, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avec un billet fixé à £12, la vente de 320 billets représente une recette brute de £3,840. Mais, dans le système actuel, où les objets et le mobilier demeurent trop directement à portée des visiteurs, la seule ouverture de Longwood et de la Tombe à un flux exceptionnel impose le recrutement de 14 gardiens supplémentaires, soit une surcharge de £2,357. Il ne reste donc, avant même de prendre en compte les autres frais de fonctionnement, que £1,483. Autrement dit, la recette générée par une telle escale ne produit qu’une marge extrêmement faible, sans commune mesure avec la pression exercée sur les lieux, les collections et les équipes. Le seul surcoût de surveillance absorbe ainsi plus de 61 % de la billetterie de la journée. Rapporté aux seuls visiteurs payants, ce dispositif représente environ £7.37 de surveillance supplémentaire par billet vendu, laissant à peine £4.63 par entrée pour couvrir tout le reste.

Il faut ajouter à cela le manque à gagner provoqué par les refus de paiement observés sur place. Les 120 passagers descendus en taxi jusqu’aux sites mais n’ayant finalement pas pris de billet représentent, à eux seuls, une perte potentielle de £1,440 de recettes supplémentaires. Cette réalité démontre que le modèle actuel atteint sa limite : il exige une présence humaine coûteuse, sans offrir à la fois la sérénité de visite, la protection suffisante des collections, ni l’équilibre économique minimal auquel la Saint Helena Napoleonic Heritage Ltd pourrait légitimement prétendre.

Ces chiffres confirment donc, de manière très concrète, la nécessité des aménagements proposés dans le présent projet muséal. La mise en place de protections vitrées discrètes, combinée à un système de vidéosurveillance et à une réorganisation de l’accueil en amont grâce à la réplique de Longwood Gate, répond précisément à cette difficulté structurelle : protéger sans dénaturer, réduire le recours à une surveillance humaine massive, permettre une visite plus autonome et plus apaisée, et rendre enfin soutenable l’ouverture du site lors des journées de forte affluence. Le projet ne relève donc pas seulement d’une ambition muséographique ; il constitue aussi une réponse pratique, économique et humaine à des dysfonctionnements désormais parfaitement identifiés. Le projet lui-même souligne déjà que les parois vitrées doivent permettre une visite autonome et réduire le coût humain et financier de la surveillance permanente, tandis que la vidéosurveillance doit diminuer le nombre de gardiens permanents et les coûts de fonctionnement à long terme.

Pour mémoire, le document de projet indique en effet que les protections vitrées ont pour objet de rendre possible une visite libre, puis autonome, et que cette première phase est estimée à £52,000, tandis que le futur centre d’accueil de type Longwood Gate est évalué entre £120,000 et £150,000.

Et, pour aller à l’essentiel, les chiffres bruts de votre exemple sont les suivants :

  • 684 passagers à bord
  • 320 billets vendus
  • recette brute : 320 × £12 = £3,840
  • surcharge gardiens : £2,357
  • solde après seule surcharge de surveillance : £1,483
  • part de la billetterie absorbée par cette seule surcharge : 61.4 %
  • coût additionnel de surveillance par billet vendu : £7.37
  • reste théorique par billet après cette seule charge : £4.63
  • manque à gagner des 120 visiteurs venus en taxi puis refusant de payer : 120 × £12 = £1,440

jeudi 9 avril 2026

Johannes Ludwig Léopold Mund : un diplomate prussien... dans "la paresse et la gaieté au Cap"

 L’absurde mission du commissaire prussien...

Afin de prendre « les mesures les plus propres à rendre impossible toute entreprise de la part de Napoléon Bonaparte contre le repos de l'Europe », le 2 août 1815, à Paris, un traité entre la Grande-Bretagne et l'Autriche, la Grande-Bretagne, la Russie et la Prusse fut signé.


1816 - Cape Town by Latrobe


CONVENTION ENTRE LA GRANDE-BRETAGNE, L’AUTRICHE, LA RUSSIE ET LA PRUSSE.

Le 2 août 1815, la convention suivante entre la Grande Bretagne, l'Autriche, la Russie et la Prusse, touchant

Bonaparte, fut signée à Paris :

« Napoléon Bonaparte étant au pouvoir des souverains alliés, LL. MM. le roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, l'empereur d'Autriche, l'empereur de Russie et le roi de Prusse ont statué, en vertu des stipulations du traité du 25 mars 1815, sur les mesures les plus propres à rendre impossible toute entreprise de sa part contre le repos de l'Europe :

» ARTICLE PREMIER. Napoléon est considéré par les puissances qui ont signé le traité du 25 mars dernier comme

leur prisonnier.

» ART. 2. Sa garde est spécialement confiée au gouvernement britannique.

» Le choix de la place et des mesures qui peuvent le mieux assurer l'objet de la présente stipulation est réservé

à Sa Majesté Britannique.

» ART. 3. Les cours impériales d'Autriche et de Russie et la cour royale de Prusse nommeront des commissaires

pour se rendre et habiter dans la place que le gouvernement britannique aura assignée pour la résidence de Napoléon Bonaparte, et qui, sans être responsables de sa garde, s'assureront de sa présence.

» ART. 4. Sa Majesté Très-Chrétienne est invitée, au nom des quatre cours ci-dessus mentionnées, à envoyer pareillement un commissaire français au lieu de la détention de Napoléon Bonaparte.

» ART. 5. Sa Majesté, le roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande s'oblige à remplir les engagements qui lui sont assignés par la présente convention.

» ART. 6. La présente convention sera ratifiée, et la ratification en sera échangée dans quinze jours, ou plus tôt,

s'il est possible.

» En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs ont signé la présente convention, et y ont apposé le sceau de

leurs armes.

Fait à Paris, le 2 août de l'année 1815.

» Signé : Le prince DE METTERNICH,

Le comte DE NESSELRODE,

Lord ABERDEEN,

Le prince HARDENBERG. »

Après différentes nominations avortées, ces quatre nations communiquèrent les noms de leurs « Commissaires » à Sainte-Hélène.

Pour la France, ce fut Montchenu ; pour la Russie Alexandre [Antonovitch] Ramsay de Balmain ; pour l’Autriche, Barthélémy Stürmer et enfin, pour la Prusse, Johannes Ludwig Léopold Mund 

 Les trois premiers commissaires arrivèrent à Sainte-Hélène le 17 juin 1816 à bord du Newcastle: le comte de Balmain, pour la Russie voyagea avec son serviteur Heinrich Peyle ; le baron Stürmer pour l'Autriche fut accompagné de son épouse et de Philippe Welle, un botaniste qui fut aussi son secrétaire, et le marquis de Montchenu, pour la France, avec le capitaine Gors, son aide de camp. 

 

Quant au dernier, le Prussien, faute de place à bord du Newcastle, il resta en rade en Grande Bretagne avec son secrétaire-botaniste Louis Maire. Londres s’excusa en ces termes: « Il regrette bien sincèrement de n’avoir pu remplir, pour le moment, les intentions de Sa Majesté le roi de Prusse à l’égard de ces messieurs »

Passionné de botanique dont c’était d’ailleurs le métier, Johannes Mund exprima alors le désir d’aller à Sainte-Hélène avec son adjoint en passant par le Cap de Bonne-Espérance où ils pourraient faire des recherches scientifiques avant d’embarquer pour Sainte-Hélène. La cour de Berlin accepta « que ces Messieurs se rendissent de Sainte-Hélène par le cap de Bonne-Espérance ».

 

Les deux botanistes arrivèrent donc au Cap de Bonne-Espérance au mois d’août 1816 en ne devaient y passer qu’une seule année. Toutefois, les deux hommes se plurent tant en Afrique du sud qu’ils oublièrent leur mission de Commissaire du Roi de Prusse à Sainte-Hélène dont ils touchaient cependant les émoluments.

 

Ce ne fut qu’à la fin de 1818 que la cour de Prusse commença à s’interroger sur ces diplomates d’un genre un peu particulier… par l’entremise du Gouverneur de la Colonie du Cap, Lord Somerset, on parvint à les retrouver (grâce, précisément aux versements de leurs salaires que la banque Rothschild à Paris leur envoyait). Ils demandèrent – et obtinrent – quelques mois de plus en Afrique du sud pour accomplir leur mission botanique.  

Ils réussirent le tour de force de repousser sans cesse leur départ pour Sainte-Hélène en « oubliant » même d’envoyer à Berlin les résultats de leurs recherches sud-africaines et autres collectes d’échantillons et herbiers. Ce ne fut cependant qu’en 1821, avec la mort de Napoléon, que la cour de Berlin rompit leurs contrats.  



Scolopia mundii ou Mountain Saffron _ RedPear tree

Protea mundii

Leucospermum mundii


En attendant, les deux hommes auront bien profité des cinq années d’exil de Napoléon à Sainte-Hélène : George Thom, dans ses descriptions de la Colonie sud-africaine, va même jusqu’à nous dire que « les collectionneurs de la Prusse passent leur temps dans la paresse et la gaieté au Cap, et sont désormais tombés encore plus bas que tout autre colon ».


Mund a laissé une trace jusque dans la botanique : son nom a été donné au genre Mundia (aujourd’hui réuni avec Acanthocladus et Nylandtia), ainsi qu’à plusieurs espèces — Protea mundii, Helichrysum mundtii, Bupleurum mundtii, Scolopia mundii, Thaminophyllum mundii, Leucospermum mundii, Otholobium mundianum, Phoberos mundii et Afrocanthium mundianum.

Une manière, en somme, de s’enraciner définitivement au Cap… bien plus sûrement qu’un poste officiel.

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #1

Longwood House : une maison, un silence, un projet


Maison de Longwood, 2026 ©Bruno Dell'aquila 

Il est des lieux qui ne se visitent pas — ils se traversent.

Longwood House appartient à cette catégorie rare. Depuis deux siècles, ceux qui en franchissent le seuil n’y viennent pas seulement pour voir, mais pour éprouver. Il ne s’agit pas d’un musée au sens ordinaire du terme, mais d’une demeure habitée par l’absence, où chaque objet, chaque lumière, chaque silence semble retenir quelque chose d’un destin achevé.

Et pourtant, cette fidélité au passé, si scrupuleusement préservée, atteint aujourd’hui ses limites.

La maison souffre. L’humidité constante, la lumière, l’usure lente des matériaux rappellent chaque jour que rien ici n’avait été conçu pour durer deux siècles. Dans le même temps, le visiteur, souvent profondément ému, se trouve parfois démuni face à une lecture fragmentée du lieu, comme si le récit lui échappait au moment même où il croyait le saisir.

C’est de cette tension qu’est né le projet que je propose aujourd’hui.

Non pas transformer Longwood — ce serait la trahir — mais en retrouver l’équilibre.

Retrouver la clarté d’un parcours, la cohérence d’un récit, la justesse d’un regard. Faire en sorte que la maison continue de parler, mais d’une voix plus lisible, sans rien perdre de sa densité ni de sa pudeur. Préserver l’émotion sans renoncer à l’intelligence.

Ce projet repose sur une conviction simple :
la mission d’un lieu comme Longwood n’est pas de montrer davantage, mais de rendre perceptible ce qui se dérobe.

Le quotidien de l’exil.
La communauté humaine autour de Napoléon.
La lente naissance de la légende.

Tout est déjà là. Il ne s’agit que de réordonner le regard.

Le parcours proposé ne modifie rien dans son principe. Il accompagne le visiteur comme on accompagne une mémoire : avec retenue, avec précision, avec respect. Chaque pièce devient un moment, chaque objet une présence silencieuse, chaque transition une respiration.

À l’extérieur, les jardins prolongent cette expérience. À l’intérieur, la lumière, le silence, et la mise à distance discrète des œuvres permettent enfin à la maison de retrouver ce qu’elle n’aurait jamais dû perdre : sa qualité d’espace vécu.

Car Longwood n’est pas un décor.

C’est une maison fragile, tenue debout par une vigilance quotidienne — presque domestique — qui est déjà une forme de fidélité.


Accéder au projet

Afin de permettre à chacun — partenaires, chercheurs, visiteurs, amis du lieu — de découvrir ce travail dans son intégralité, je mets à disposition ici le libellé complet du projet muséal, accompagné de ses documents de référence (PDF) :

👉 [Accéder au libellé du projet muséal de Longwood House]

👉 [Access the project in English]


Avec, en complément, le téléchargement des documents suivants : 

Concernant le parcours muséal à l'intérieur des appartements de Napoléon:  

- Plan de la Maison de Longwood en 1821

- Plan de la Maison de Longwood en 2026


Concernant la construction du centre d'accueil proposé : 

Sheet 1. Longwood House Site Plan

- Sheet 2. Longwood House Site Plan

- Sheet 3. Longwood House Site Plan

- Sheet 4. Longwood House Site Plan

- Sheet 5. Longwood House - Section Detail

- Photographie du poste de garde existant "Longwood Gate" #1

- Photographie du poste de garde existant "Longwood Gate" #2



Ce projet n’est ni une fin, ni une rupture.

Il s’inscrit dans une continuité — celle des dix années écoulées depuis la création de la Saint Helena Napoleonic Heritage Ltd, marquées par la persévérance, les contraintes, et une même volonté de préserver sans figer.

Il est, au fond, une tentative de plus pour rester fidèle à ce que ce lieu exige de nous.

Rien d’autre.

Protéger une parole qui ne nous appartient pas,
et permettre qu’elle continue, encore, à être entendue.

_________

Soutiens de ce projet : 

 Projets - FDBDA - Fonds de dotation Brousse dell’Aquila

jeudi 2 avril 2026

La Grotte de Longwood

 À Longwood, la grotte n’est pas une fantaisie. Elle apparaît tardivement, à un moment où tout change de nature. Vers 1819, Napoléon cesse peu à peu de penser son retour pour se consacrer à un espace plus restreint, mais qu’il peut encore ordonner : celui du jardin.



Le projet naît d’un excès. Sur l’emplacement du Grand Bassin, il fait d’abord élever un massif de gazon presque vertical, haut de trois mètres, composé de la terre extraite des bassins et des allées creuses. Disposé en gradins plantés de rosiers, l’ensemble dessine un arc de cercle dont la forme évoque, de manière presque inconsciente, celle de son chapeau. Mais une fois l’ouvrage achevé, il le juge trop imposant, presque oppressant.

C’est alors qu’intervient le geste décisif : il fait percer cette masse en son centre, à hauteur d’homme, pour y creuser une grotte.




L’espace ainsi ménagé est soigneusement construit. La cavité, parfaitement circulaire, est revêtue de planches peintes à l’huile, ornées de motifs chinois. À l’intérieur, quelques bancs de gazon, une table ronde, des chaises. L’ensemble est simple, mais ordonné. Très vite, la grotte devient un lieu d’usage quotidien : on s’y installe pour prendre le café, à l’ombre, à l’abri du vent. Des portes-fenêtres sont même ajoutées pour couper les courants d’air qu’il redoute.

Ce qui frappe, c’est la nature même de ce lieu. La grotte ne domine pas le jardin, elle s’y enfouit. Elle n’ouvre pas sur le paysage, elle s’en protège. Là où le regard portait auparavant sur une masse construite, il rencontre désormais un vide habitable.

Dans le même temps, Napoléon fait édifier, face au bassin, une grande volière de bois et de bambou, construite sans clous ni vis par l’un des ouvriers chinois de Longwood. L’ouvrage est remarquable, mais il restera presque inutile : exposée en plein soleil, la cage ne peut accueillir durablement aucun oiseau et demeure ouverte, vide, comme un dispositif sans fonction.




Entre la grotte et la volière s’établit un contraste silencieux. D’un côté, un espace fermé, ombragé, protecteur ; de l’autre, une structure ouverte, offerte à la lumière, mais inhabitable. Deux formes, deux intentions, dont une seule trouve sa place dans le quotidien de l’exil.

La grotte, elle, s’impose comme un refuge. Elle marque un moment précis : celui où Napoléon ne cherche plus à transformer le monde, mais à se ménager des espaces de retrait. Il ne construit plus pour être vu, mais pour s’y tenir, quelques instants, à l’écart.



Dans ce jardin qu’il façonne avec une attention presque obstinée, la grotte devient ainsi le point le plus intime. Non un lieu de représentation, mais un lieu de présence réduite, presque silencieuse. Un espace où, face au vent de Longwood et à l’effacement progressif de toute perspective, il continue simplement d’habiter le temps.

La folie Sainte-Hélène de Jean-Christophe Rufin

 Vient de paraître le dernier Jean-Christophe Rufin... apparemment mon emploi n'est pas de tout repos 🤫😎



À Sainte-Hélène, territoire britannique perdu dans l’Atlantique Sud, c’est la consternation. Le consul qui administre l’enclave française de Longwood, où est mort Napoléon, a disparu.
 
Comment peut-on se volatiliser sur une île reliée à l’Afrique du Sud par un avion chaque semaine et où tout le monde se connaît ? C’est ce qu’Aurel va être chargé de découvrir.




 
Il va vite comprendre que représenter la France à Sainte-Hélène n’est pas de tout repos. Car Napoléon rend fou. Son souvenir déchaîne encore des passions violentes. Le consul disparu ne manquait pas d’ennemis parmi les fondus de l’Empereur qui viennent visiter le lieu de son exil. Mais qui a pu lui en vouloir au point de l’éliminer ?
 
Sans l’aide d’une jeune Française venue dans cette contrée du bout du monde pour exorciser ses fantômes, Aurel aurait eu du mal à le découvrir.
 
Cette enquête hors norme va nous faire rencontrer des personnages extraordinaires. Cette fois, Aurel, pour notre plus grand plaisir, trouve plus original que lui…




mercredi 25 mars 2026

Le meilleur film sur Napoléon à Sainte-Hélène : The Man on the Rock (1975)

 S’il ne fallait retenir qu’un seul film consacré à Napoléon à Sainte-Hélène, ce serait pour moi The Man on the Rock (1975).



Réalisé par Michael Pierce et interprété par Kenneth Griffith, ce film a été tourné sur l’île même. Ce détail n’est pas anodin : le plateau, les vents, la lumière, la topographie — tout est authentique. Sainte-Hélène n’y est pas un décor reconstitué, elle est le théâtre réel de l’action.



Je n’avais vu ce film qu’une seule fois. C’était en 1985, lors de mon premier voyage à Sainte-Hélène. Mon anglais était encore hésitant ; je n’avais sans doute pas saisi toutes les nuances du texte. Mais les images m’avaient profondément marqué.



Le revoir quarante-deux ans plus tard ne change rien à cette première impression. Il demeure, à mes yeux, le meilleur film-reportage consacré à Napoléon à Sainte-Hélène.

Certains pourront le juger sévère à l’égard de l’Empire britannique. Il faut rappeler que l’équipe était en grande partie galloise — et Kenneth Griffith lui-même n’a jamais caché ses convictions. Mais au-delà de toute lecture politique, ce qui frappe, c’est la force théâtrale de l’ensemble.



Tourné sans costumes d’époque, avec la participation des habitants de l’île, le film repose presque entièrement sur le jeu d’acteur. Kenneth Griffith, immense comédien, interprète tour à tour le gouverneur Sir Hudson Lowe et Napoléon. Cette dualité crée une tension remarquable. La scène de l’entrevue entre Napoléon et Lowe est d’une intensité rare, presque étouffante.



Ce n’est pas un film spectaculaire.
C’est un film habité.

Pour ceux qui aiment le théâtre, la parole incarnée, et les grandes interprétations, The Man on the Rock reste une référence.

À Sainte-Hélène, certains récits ne vieillissent pas. Celui-ci en fait partie.


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Carte postale envoyée par Kenneth Griffith à Tony Whittome depuis Sainte-Hélène.
Elle porte le cachet de Longwood House.

mercredi 18 mars 2026

Napoléon à Sainte-Hélène – Le regard de James Sant

Parmi les centaines de représentations de Napoléon à Sainte-Hélène, l’une des plus saisissantes demeure celle exécutée par James Sant.




Ce n’est ni le conquérant, ni l’Empereur des champs de bataille que l’on découvre ici, mais un homme déjà retiré du tumulte du monde. Le visage est fermé, le regard intérieur, presque absent. Rien d’héroïque. Rien d’oratoire. Seulement une gravité nue.

James Sant (1820-1916), peintre britannique, portraitiste recherché de l’époque victorienne et futur peintre officiel de la reine Victoria, appartenait à une génération pour laquelle Napoléon était déjà devenu une figure historique. Son approche n’est pas celle d’un témoin, mais celle d’un artiste du souvenir, façonnant une image méditative plutôt qu’un document.

Les domaines nationaux conservent une copie en tirage photographique sépia datée de 1935, inscrite aux inventaires sous le numéro STH0034 (collection privée), d’un format de 0,485 x 0,39 m.

Nous avons choisi de la placer à Longwood House, entre les deux fenêtres de l’une des chambres à coucher.

La lumière du plateau, filtrée par les volets, vient parfois effleurer ce visage immobile.
Le regard semble alors se perdre au-delà des murs, vers l’horizon invisible.

Cette image n’est pas une scène historique.
Elle est une méditation.

À Sainte-Hélène, certaines représentations parlent moins de pouvoir que de solitude.
Et celle-ci, peut-être plus que toute autre, fixe l’instant où le destin s’est refermé sur un homme.