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Actualités des sites napoléoniens à Sainte-Hélène
Informations générales et journal des activités
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mercredi 14 octobre 2026
Toby's Cottage - THE STORY OF AN UNEXPECTED RESTORATION
lundi 5 octobre 2026
Longwood House — Carnet de la réforme muséale #6
Le Projet muséal de Longwood entre dans sa phase concrète
Les premières images sont encore modestes. Elles montrent des arbres abattus, des espaces dégagés, une pelleteuse au travail. Pourtant, c’est bien ici que commence, très concrètement, la mise en œuvre du Projet muséal de Longwood.
Avant de construire, d’aménager ou de restituer, il faut préparer les lieux.
Ces premiers travaux concernent les cheminements qui permettront demain d’organiser plus clairement l’entrée et la sortie des visiteurs, autour du futur espace d’accueil. Il s’agit donc, pour l’instant, de dégager les accès, de reprendre les abords, d’abattre certains arbres devenus gênants ou dangereux et de préparer les circulations nécessaires au nouveau parcours de visite.
Le projet entre ainsi dans cette période particulière où les dessins, les études et les intentions commencent à prendre corps dans le paysage.
Aujourd’hui : ouvrir les passages. Demain : y faire passer les visiteurs.
jeudi 17 septembre 2026
Longwood House — Carnet de la réforme muséale #5
Le Souvenir napoléonien s'engage aux côtés de Longwood House
Il est des nouvelles qui dépassent le simple cadre d'un projet. Celle-ci en est une.
Le Souvenir napoléonien vient de lancer officiellement une campagne nationale de souscription destinée à soutenir le projet « Longwood House 2026 », consacré à la préservation et à la mise en valeur de la dernière demeure de Napoléon à Sainte-Hélène.
Au-delà de l'appel à la générosité de ses adhérents, cette initiative revêt, à mes yeux, une signification toute particulière.
Depuis plus d'un siècle, le Souvenir napoléonien rassemble celles et ceux qui entretiennent la mémoire de Napoléon à travers la recherche historique, les publications, les conférences et les activités culturelles. De leur côté, les Domaines nationaux français de Sainte-Hélène ont pour mission, depuis 1858, de conserver les lieux mêmes où cette histoire s'est achevée.
Ces deux missions étaient naturellement complémentaires. Pourtant, elles n'avaient jamais réellement trouvé l'occasion de se rejoindre autour d'un projet commun.
C'est précisément ce que permet aujourd'hui cette campagne.
Le projet « Longwood House 2026 » ne consiste pas à transformer la maison de l'Empereur. Bien au contraire. Il vise à préserver son authenticité tout en offrant aux visiteurs du XXIᵉ siècle les moyens de mieux comprendre ce qu'a été l'exil de Napoléon : un nouvel espace d'accueil, une meilleure présentation des collections, des outils d'interprétation renouvelés et un parcours de visite enrichi, dans le respect absolu de l'esprit des lieux.
Réaliser un tel projet sur l'une des îles les plus isolées du monde représente un défi particulier. Les visiteurs sont infiniment moins nombreux que dans les grands sites historiques européens, alors même que les exigences de conservation et de qualité d'accueil sont les mêmes, sinon supérieures. C'est pourquoi le soutien de tous ceux qui sont attachés à la mémoire napoléonienne prend ici une importance toute particulière.
Je tiens à remercier très chaleureusement Guy Carrieu, président du Souvenir napoléonien, Jean-Marc Auger, qui a porté cette initiative au sein de l'association, ainsi que l'ensemble des membres de son Conseil d'administration pour la confiance qu'ils accordent à ce projet. Mes remerciements vont également à Paskalita Francheteau, dont l'engagement discret mais déterminant a permis de créer le lien entre le Souvenir napoléonien et la Saint Helena Napoleonic Heritage Ltd, porteuse du projet.
J'aime à penser que cette campagne ne marque pas seulement le début d'une souscription. Elle ouvre peut-être une nouvelle page dans les relations entre le Souvenir napoléonien et les Domaines nationaux français à Sainte-Hélène.
Car préserver Longwood House, ce n'est pas seulement entretenir une demeure historique.
C'est transmettre aux générations futures le lieu où l'Histoire est devenue mémoire.
Les personnes qui souhaiteraient soutenir cette initiative trouveront toutes les informations utiles sur le site du Souvenir napoléonien :
https://lesouvenirnapoleonien.fr/longwood-house-2026/
Si cette campagne rencontre le succès que nous espérons, elle aura atteint un second objectif qui me tient particulièrement à cœur : avoir rapproché durablement ceux qui font vivre la mémoire de Napoléon de l'un des lieux où cette mémoire est née.
dimanche 13 septembre 2026
Longwood House — Carnet de la réforme muséale #4
Maison de Longwood : publication du projet muséal (Option C)
Cette réflexion s'est progressivement enrichie des observations recueillies sur le terrain, des échanges avec les visiteurs, des discussions menées avec les services du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, avec de nombreux historiens, conservateurs, mécènes et amis de Sainte-Hélène.
Aujourd'hui, j'ai souhaité rendre public le document présentant l'Option C, qui constitue désormais la solution retenue comme base de travail pour les années à venir.
Il ne s'agit pas d'un projet figé. Comme toute réflexion patrimoniale, il continuera d'évoluer au rythme des études, des échanges et des possibilités offertes par les futurs partenaires.
Le rendre public répond à une conviction simple : les grands projets patrimoniaux gagnent à être partagés. Ils deviennent ainsi un objet de réflexion collective avant même de devenir une réalité.
Je remercie très sincèrement toutes celles et tous ceux qui, depuis plusieurs années, contribuent, chacun à leur manière, à nourrir cette réflexion.
La suite reste à écrire.
Accéder au projet
Afin de permettre à chacun — partenaires, chercheurs, visiteurs, amis du lieu — de découvrir ce travail dans son intégralité, je mets à disposition ici le libellé complet du projet muséal, accompagné de ses documents de référence (PDF) :
👉 [Accéder au libellé du projet muséal de Longwood House]
👉 [Accéder au rapport du choix de projet – décision du 9 septembre 2026]
jeudi 10 septembre 2026
Le camélia de Madame Bertrand
Une lectrice de ce blog m’interrogeait autrefois sur le camélia de Madame Bertrand, que lui avait envoyé Lady Holland.
L’arbre original poussait à Hutt’s Gate, première résidence de la famille Bertrand à Sainte-Hélène. Il disparut malheureusement au début des années 1990, coupé par le révérend qui occupait alors la maison.
Tout ne fut cependant pas perdu. Un camélia obtenu autrefois par bouturage subsiste dans les jardins de Longwood House.
Deux siècles ont passé, l’arbre de Madame Bertrand a disparu, mais quelque chose de lui demeure encore là.
Même blancheur. Même pureté.
Un témoin de la maison Bertrand, Étienne Bouges
Le 28 août 2009, soit d
eux jours après avoir annoncé la reprise de la maison Bertrand par le St Helena National Trust, je consacrais un autre billet à l’un de ceux qui l’avaient connue lorsqu’elle était encore habitée par la famille du grand-maréchal : Étienne Bouges.
Né à Lye, dans l’Indre, le 2 juin 1795, Bouges était le fils de l’un des fermiers de la famille Bertrand. À Sainte-Hélène, le grand-maréchal éprouvait des difficultés à trouver un domestique qui lui convînt et demanda à son père de lui envoyer un homme de confiance. Le jeune Bouges se proposa. Il avait vingt-trois ans lorsqu’il débarqua sur l’île en janvier 1819.
Il entra ainsi au service des Bertrand et vécut auprès d’eux durant les dernières années de la captivité. Derrière l’architecture de la maison apparaissait donc tout un petit monde domestique dont les traces sont aujourd’hui beaucoup plus difficiles à saisir : les Bertrand et leurs enfants, bien sûr, mais aussi ceux qui les servaient et partageaient leur existence quotidienne à Longwood.
Bouges se trouvait encore à Sainte-Hélène lorsque Napoléon mourut, le 5 mai 1821. Bien des années plus tard, il racontait avoir participé à sa toilette funèbre et que Marchand lui aurait demandé de soutenir la tête de Napoléon pendant qu’on le rasait. Le docteur Fauconneau-Dufresne recueillit ce souvenir de sa bouche et le rapporta en 1881 dans une brochure consacrée au grand-maréchal Bertrand. Le témoignage doit être considéré avec prudence, mais il montre combien Bouges demeura, jusqu’à un âge avancé, dépositaire de ses souvenirs de Sainte-Hélène.
Après le retour en France, il resta au service de Bertrand jusqu’en 1830. Il mourut à Châteauroux le 20 février 1888, à l’âge de quatre-vingt-douze ans.
En retrouvant son histoire en 2009, je voulais aussi rappeler que la maison que l’on entreprenait enfin de sauver n’était pas seulement celle d’un grand personnage de l’Empire. Pendant quelques années, elle avait été une véritable maison de famille, peuplée d’enfants, de domestiques, d’allées et venues, et de toutes ces existences modestes que la grande histoire laisse généralement dans l’ombre.
Serviteur du comte Bertrand, remplaçant de Bernard, a laissé un récit de sa vie à Longwood. Voici la description de la maison qu’Etienne Bouges nous a laissée ; ce texte a été publié et annoté par le Docteur Fauconneau-Dufresne dans le Souvenir Napoléonien.
HABITATION DE
LA FAMILLE BERTRAND. SES HABITUDES
La famille
Bertrand qui, depuis l'origine, vivait à part, avait d'abord habité Hutt's
Gate. C'était une petite maison qui était sur le chemin de Jamestown à Longwood
; elle était mal distribuée et on y était très gêné. Bien qu'à vol d'oiseau,
elle fût peu distante de l'habitation de l'Empereur, on n'y parvenait que par
de longs détours[1],
mais deux ans avant mon arrivée, on avait construit pour la famille Bertrand
une maison en pierres, qui n'était séparée de la maison de l'Empereur que par
son jardin.
Voici quelle
était la disposition de cette maison devant l'entrée qui était située vers
l'habitation de l'Empereur, il y avait une petite véranda qui servait de
vestibule. De là, on entrait dans la salle à manger, puis dans le salon. La
salle à manger n'était pas grande, mais le salon avait des dimensions
convenables. Les deux pièces se commandaient. A la suite du salon, il y avait
sur le jardin, une autre véranda, beaucoup plus grande que la première ; elle
servait à la récréation des enfants, par le mauvais temps.
A gauche du
salon, était la chambre à coucher de Mme la comtesse. Cette chambre était
éclairée par deux fenêtres qui donnaient sur le camp de la garnison. Ce camp
était séparé de la maison par un profond ravin. Auprès de la chambre, se
trouvaient deux cabinets de toilette qui prenaient jour sur la cour. De l'autre
côté du salon était la chambre des enfants, de la même grandeur que celle de Mme
la comtesse ; leur gouvernante y couchait. Cette chambre avait aussi deux
cabinets de toilette donnant sur la cour. Le premier étage était une mansarde.
Le général y avait sa chambre au-dessus de celle de sa femme ; cette pièce y
communiquait par un escalier intérieur. A côté, était un cabinet où il faisait
sa toilette. Au dessus de la chambre des enfants, une pièce à cheminée servait
de décharge. Le reste de la mansarde constituait deux autres petites pièces,
l'une occupée par moi, et l'autre par les deux domestiques anglais. Le mobilier
fourni par le gouvernement anglais était très médiocre. La cuisine attenait à
la maison sans y communiquer directement, elle était sans plafond, comme une
grange. Le cuisinier, dont on pouvait avoir besoin le soir, comme pour de l'eau
chaude ou du thé, couchait sur un matelas posé sur une table. Les autres
Chinois se retiraient la nuit dans des huttes à eux.
A mon arrivée,
le jardin n'était ni terrassé ni clos, ce n'était qu'une pelouse en pente. Les
sentinelles s'approchaient le soir des fenêtres de Mme la comtesse et auraient,
pour ainsi dire, pu entendre ce qu'on disait dans la chambre. Je m'occupai de
faire rapporter des terres pour égaliser le terrain, et je fis construire une
assez jolie palissade en bois de sapin, d'un mètre de haut de manière à
circonscrire un assez grand espace en forme de carré long. Les sentinelles
furent, par la suite, obligées de rester à une certaine distance. Je fis placer
des fleurs du pays dans le jardin, des géraniums surtout. J'y fis aussi planter
des pêchers déjà en fleurs, et qui, moyennant de nombreux arrosements,
donnèrent la même année des fruits, malheureusement fort médiocres. Ces pêchers
étaient en touffes, comme ceux de nos vignes. Des plates-bandes furent établies
autour des gazons. La cour n'était pas grande ; elle était séparée du jardin de
l'Empereur par un mur, de sorte que, pour aller chez sa Majesté, il fallait sortir
dehors.
Mme la
comtesse Bertrand prenait son café au lit et ne se levait que pour déjeuner.
Elle ne sortait presque pas. La gouvernante de ses enfants était pour elle une
ressource mais, un an avant la mort de l'Empereur, elle se maria avec
Saint-Denis, l'un des serviteurs de Sa Majesté, et elle fut habiter avec son
mari ; tous les deux sont revenus à Paris[2]. Mme
la comtesse avait toujours une mise soignée, même pour le déjeuner. Elle était
ordinairement habillée de blanc, avec des peignoirs tuyautés. Quelquefois, elle
allait se promener avec son mari et ses enfants du côté du camp, surtout le
dimanche. Les officiers ayant disposé un espace pour faire des courses, ils
avaient coutume de s'y rendre. Quelques personnes de la maison de l'Empereur y
assistaient aussi. Il y avait près du camp, un marchand nommé Bannister, qui
vendait de la mercerie et des étoffes. Les fils de Mme la comtesse étaient
habituellement vêtus de nankin avec des vestes courtes en drap[3].
Mme la
comtesse Bertrand allait très peu chez l'Empereur et l'Empereur ne venait que
rarement chez elle. Comme, par suite de ses nombreuses fausses couches, elle
était presque constamment souffrante, l'Empereur envoyait souvent M. Marchand,
son premier valet de chambre, savoir de ses nouvelles. Je ne me souviens
n'avoir vu venir l'Empereur que trois ou quatre fois. A sa première visite, il
me prit par l'oreille de manière à me faire mal, en me disant : « Berrichon, va
dire à la comtesse que je désire la voir ». Ses visites n'étaient jamais
longues. Jamais, il ne vint le soir[4].
Un matin,
l'Empereur se présenta vers dix heures. Il paraissait dispos et de bonne humeur
; le temps était doux et agréable. Il passa dans le jardin, frappa aux
persiennes de Mme Bertrand et fit dire qu'il voulait déjeuner avec toute sa
famille sur la pelouse. On apporta le déjeuner de chez lui. Le repas fut gai et
l'Empereur s'amusa avec les enfants. Il avait sa tenue habituelle. Je remarquai
son embonpoint, ses épaules larges et son col court. Il avait le teint basané.
Ses cheveux étaient châtains, plats, clairsemés et grisonnants. Il avait peu de
barbe qu'il faisait tous les jours avec soin. Ses mains et ses pieds étaient
d'une finesse extrême. J'ai entendu dire à un marchand que l'Empereur n'aimait
pas être gêné par un habit neuf, qu'il lui arrivait de faire retourner un habit
usé pour éviter cette gêne. Peu après le déjeuner, il se retira. Ceci eut lieu
environ 15 mois après mon arrivée dans l’île[5].
Les soirées
étaient assez longues, car la nuit venait à six heures. Quoique M"'"
la Comtesse reçut quelque-des différents docteurs[6], et
de l'abbé Vignali, elle s'ennuyait beaucoup et pleurait souvent. A ma
connaissance, le marquis de Montchenu, commissaire français ne vint jamais chez
elle. Cependant, il y est venu plusieurs fois à Paris, depuis le retour de
Sainte-Hélène. C'était un grand vieillard qui avait une abondance de cheveux
blancs[7]. Je
ne me rappelle pas, à plus forte raison, d'avoir vu venir chez elle, les
commissaires autrichien et russe, MM. de Stürmer et Balmain.
Je n'ai jamais
vu venir non plus chez Mme la comtesse Bertrand, Mme Montholon. Je crois
qu'elles n'étaient pas bien ensemble. Elle quitta Sainte-Hélène peu de mois
après mon arrivée. Je pense bien, cependant, qu'avant son départ, elle dut
venir faire ses adieux à Mme Bertrand. Elle partit avec un officier anglais et
emmena sa fille et son fils Tristan, tous les deux étaient à peu près du même
âge que les enfants de Mme Bertrand.
On dînait à 7
heures, et peu après, le général se rendait chez l'Empereur, il y passait
presque toutes les soirées. Il y restait aussi une grande partie de la journée.
L'Empereur le faisait, en outre, souvent demander et quelquefois même la nuit.
Lorsque le général s'y rendait, il était toujours en tenue, c'est-à-dire
qu'avec un habit bourgeois, un gilet de piquet blanc, une cravate noire, un
pantalon de drap bleu ou de nankin, il mettait des bottes à l’écuyère. C'était
une étiquette de l’Empire.
Le général
avait une santé parfaite, je ne l'ai jamais vu malade. La mort de son père,
arrivée en 1819, lui causa un profond chagrin[8]. Il
se tint dans la chambre pendant plusieurs jours sans recevoir personne. L'Empereur
vint le voir à cette occasion. »
[1] Inexact. La maison
d'Hutt's Gate, à la limite sud-ouest du périmètre de 4 Milles, à l'intérieur
duquel Napoléon pouvait se promener librement, était distante de Longwood de
500 mètres environ au début d'une longue ligne droite qui aboutit au corps de
garde. Il n'y avait donc aucun détour entre les deux maisons et Napoléon vint
souvent rendre visite aux Bertrand par la route directe
[2] Ce mariage d'Ali
Saint-Denis avec la jolie Irlandaise Mary Hall fit beaucoup de bruit dans le
petit univers concentrationnaire de Longwood. Le fiancé venait la nuit chez
Bertrand qui sert plaignit à Napoléon en décembre 1818 et s'attira cette
réponse : on ne peut les empêcher de se marier, mais il faut gagner du temps.
Il n'y a pas à craindre qu'elle revienne grosse. Il parait que la femme est
sage et lui n'est pas libertin». Néanmoins il fut convenu d'un commun accord
d'interdire les visites nocturnes. Le mariage fut béni clandestinement le 14
octobre 1819, Montholon et Mme. Bertrand étant témoins. L'apprenant, Napoléon
s'emporta et interdit au ménage de cohabiter. Mais finalement la chambre d'Ali,
dans les combles de Longwood, fut agrandie pour héberger Mary. Le 31 juillet
1820 elle accouchait d'une fille nommée Clémence. Napoléon, sans rancune, passa
au cou du bébé la plus belle chaîne d'or de l'une de ses montres. (Cf. Guy
Godlewski, chapitre les compagnons de la captivité, in Sainte-Hélène terre
d'exil, Hachette, 1971).
[3] Les courses de
chevaux du camp de Deadwood étaient l'occasion de tromper l'ennui mortel de
Sainte-Hélène, mais surtout prétexte à se renseigner auprès des commissaires
étrangers, le Français Montchenu, le Russe Balmain, l'Autrichien Stürmer. De
petites intrigues inspirées par Napoléon s'y nouaient, à la fureur d'Hudson
Lowe, qui exigeait de la part des intéressés des rapports circonstanciés sur
les propos tenus par les Français.
[4] Sur les origines du
refroidissement des rapports entre Napoléon et les Bertrand, Cf . la même
étude. Quant aux fausses couches de Mme Bertrand, elles étaient la fable de
l'île. J'en ai dénombré, dans les cahiers de son mari, trois avant la naissance
d'Arthur Bertrand et trois après. Soit sept grossesses, dont une menée à terme,
en cinq ans ! . . .
[5] Cette anecdote est
inédite. Située par Bouges an printemps de 1820, en pleine fièvre de création
des jardins, elle n'a suscité aucun écho dans les Cahiers de Bertrand qui, par
lassitude, n'a rien noté cette année-là.
[6] Avant tout
Antommarchi, à qui Napoléon reprocha injustement son intimité avec Fanny
Bertrand. Egalement le Dr Livingstone, son médecin attitré et le Dr Verling qui
donna occasionnellement des soins aux enfants.
[7] Les rapports de ce
personnage ridicule ont été publiés par Firmin-Didot (La captivité de
Sainte-Hélène, 1894) . Ceux de Stürmer, par St Cère et Schlitter (Napoléon à
Sainte-Hélène, 1887). Ceux de Balmain, le plus intelligent des trois, dans la
Revue Bleue (avril-octobre 1897). Tous fustigent les tracasseries inquisitrices
d'Hudson Lowe.
[8]
Maison Bertrand... retour en images sur les années 2008-2009
Pour comprendre le dossier actuel de la maison Bertrand, il faut remonter près de vingt ans en arrière. J’avais alors commencé à suivre son devenir sur l’un de mes anciens blogs, aujourd’hui disparu. Le 6 novembre 2008, après m’être rendu sur place, je publiais deux photographies accompagnées de ce constat : « La maison Bertrand… abandonnée ».
6 novembre 2008 : une maison abandonnée
La maison avait été construite à Longwood pour le grand-maréchal Bertrand et sa famille. Cette charmante demeure de style Regency avait conservé l’essentiel de son caractère. Sa véranda, notamment, avait été ajoutée dès l’origine afin de permettre aux enfants Bertrand d’y jouer à l’abri des intempéries de Longwood.
En novembre 2008, pourtant, son état et surtout son avenir inspiraient de sérieuses inquiétudes. Le dossier relevait alors de la St Helena Development Agency (SHDA), qui expliquait depuis plusieurs années ne pouvoir véritablement intervenir dans l’attente d’une décision du gouvernement britannique. Cette attente se prolongeait déjà depuis près de six ans.
Je publiais alors ces photographies pour montrer la maison telle qu’elle se présentait, abandonnée à elle-même, mais encore remarquablement préservée dans son architecture.
Une autre inquiétude apparaissait déjà : la SHDA envisageait la construction d'un nouveau bâtiment à proximité immédiate de la maison. J’en reproduisais également le plan, avec cette simple remarque : « Je vous laisse juge. »
Ces documents de novembre 2008 constituent ainsi le premier jalon d’une histoire qui, près de vingt ans plus tard, n’est toujours pas entièrement achevée.
22 février 2009 : la dégradation se poursuit
Quelques mois plus tard, le constat était déjà plus préoccupant.
De retour d’un long voyage en Europe et en Afrique du Sud, je retrouvais Sainte-Hélène avec un plaisir qui ressemblait beaucoup à un soulagement. J’écrivais alors : « Ah ! La tranquillité de l’île. »
Malgré mes appels répétés auprès des différents interlocuteurs concernés, force était de constater que rien n’avait véritablement changé. Bien au contraire : la maison s’enfonçait peu à peu dans un état de délabrement de plus en plus inquiétant.
Ne pouvant alors en montrer l’intérieur, je me contentais de publier de nouvelles photographies extérieures. Elles témoignaient, mieux que de longs commentaires, de cette lente dégradation d’un bâtiment dont personne ne contestait pourtant l’intérêt historique.
Entre les photographies de novembre 2008 et celles de février 2009, une première évidence apparaissait déjà : le temps, lui, n’attendait aucune décision administrative.
1er juillet 2009 : à l’intérieur de la maison Bertrand
Quelques mois plus tard, une circonstance particulière me permit enfin de pénétrer dans la maison.
Une équipe de journalistes travaillant pour ARTE était venue à Sainte-Hélène afin d’y réaliser un reportage. J’en profitai pour leur montrer la maison Bertrand et j’obtins du gouvernement de Sainte-Hélène les clés permettant d’en visiter l’intérieur.
Ce que nous y découvrîmes confirmait malheureusement les inquiétudes exprimées depuis plusieurs mois.
J’écrivais alors simplement : « Quelle tristesse… »
L’expression n’avait rien d’exagéré. À l’humidité qui gagnait le bâtiment s’ajoutaient les conséquences de son abandon : des oiseaux morts jusque dans la cuvette des toilettes, des dégradations provoquées par des skateurs qui avaient investi les lieux, et partout cette impression qu’une maison historique encore sauvable était lentement laissée à elle-même.
Je ne savais alors dire ce qui m’avait fait le plus de peine : les dégâts eux-mêmes ou le sentiment qu’ils auraient pu être évités.
Pour la première fois, les photographies prises ce jour-là permettaient de montrer non plus seulement l’apparence extérieure de la maison Bertrand, mais les conséquences très concrètes de son abandon.
26 août 2009 : la maison Bertrand reprend vie
Les appels lancés au cours des mois précédents finirent par être entendus.
Le gouvernement de Sainte-Hélène, qui ne disposait plus des moyens nécessaires pour entretenir l’ensemble de ses propriétés, accepta de louer la maison Bertrand au St Helena National Trust. La maison et ses jardins purent enfin commencer à être remis en état.
Après les images d’abandon de novembre 2008, la dégradation constatée en février puis la découverte, en juillet, de l’état préoccupant de l’intérieur, c’était le premier véritable changement dans cette histoire. Pour la première fois, il devenait possible d’espérer que la maison serait sauvée.
À cette occasion, j’avais souhaité rappeler ce que représentait ce bâtiment dans l’histoire de Longwood.
Le 20 octobre 1816, le grand-maréchal Bertrand, son épouse et leurs enfants vinrent s’installer dans cette maison nouvellement construite à proximité de celle de Napoléon. Bertrand le note dans ses Cahiers de Sainte-Hélène et Gourgaud consigne le même jour dans son journal : « Bertrand et sa femme viennent habiter leur nouvelle maison. »
Quelques jours plus tard, Gourgaud la visite et écrit qu’elle « a l’air d’une prison ». Napoléon lui-même paraît pourtant regretter qu’une seconde construction ne lui fasse pas pendant, car elle aurait contribué à soustraire Longwood House aux regards des factionnaires.
Mais le témoignage le plus vivant sur la naissance de la maison est sans doute celui du lieutenant-colonel Basil Jackson, chargé d’en surveiller l’achèvement. Dans Waterloo et Sainte-Hélène, il raconte comment la comtesse Bertrand profita avec une certaine habileté des instructions qui lui avaient été données :
« Celle-ci ne perdit pas son temps, et, se prévalant de l'autorité qui m'était déléguée, elle me demanda d'ajouter une véranda. »
Jackson consulta le gouverneur, qui l’autorisa à satisfaire cette demande dans la mesure du possible. Restait à en déterminer les dimensions. La réponse de Fanny Bertrand fut sans ambiguïté :
« Vous devez la faire grande, me dit-elle, pour que mes enfants puissent y jouer. »
Et Jackson de conclure avec amusement :
« Bref, de fil en aiguille, la véranda devint une chambre de bonne dimension, et j'avais l'habitude de complimenter la comtesse sur son habileté à dresser les plans d'une véranda. »
Cette véranda que montrent encore les photographies n’est donc pas une transformation tardive de la maison. Elle appartient à sa construction même et conserve, derrière son architecture, quelque chose de la vie quotidienne de la famille Bertrand : l’espace réclamé par une mère pour que ses enfants puissent jouer à l’abri du climat de Longwood.
C’était cette maison, demeurée étonnamment lisible près de deux siècles plus tard, que le National Trust entreprenait de faire revivre en août 2009.
29 août 2009 : « Faithful »
Le vendredi 28 août 2009, la prise en charge de la maison Bertrand par le St Helena National Trust fut officiellement marquée par une petite cérémonie organisée sur place. Après un rappel de l’histoire de la maison et de ceux qui l’avaient habitée, le National Trust m’avait demandé de prononcer quelques mots.
On m’avait accordé cinq minutes. Je répondis qu’un seul mot suffisait : « Faithful », fidèle.
Fidèle, d’abord, comme Bertrand l’avait été à Napoléon, à une idée, à une conviction et à une certaine vision du monde.
Fidèle ensuite comme Fanny Bertrand l’avait été à son mari, qu’elle avait suivi dans les bouleversements successifs de leur existence, des Provinces illyriennes à l’île d’Elbe, puis de Sainte-Hélène jusqu’au retour à Châteauroux.
Mais ce mot devait aussi s’appliquer à la maison elle-même et à ce que j’espérais alors pour son avenir. Je disais :
« Faithful to a dream: Bertrand’s Cottage must be preserved for, and by, St Helena Island to allow St Helena and France to work together. In my dream it is important the Napoleonic heritage of the island should be shared. From day one, I am faithful to this idea and Bertrand’s Cottage is the key. »
J’insistais aussi sur la fragilité du bâtiment. La politique d’attente qui avait précédé sa reprise par le National Trust avait laissé des traces et, sous le climat humide de Longwood, une maison que l’on croit solide peut se dégrader avec une rapidité redoutable.
L’arrivée du National Trust me semblait alors ouvrir une possibilité nouvelle : préserver le passé sans pour autant refuser l’avenir. C’était précisément ce que cette maison pouvait symboliser. Son histoire n’avait pas à s’opposer au développement de Sainte-Hélène ; elle pouvait au contraire en devenir l’un des éléments.
Je terminais mon intervention par des mots que je relis aujourd’hui avec un sentiment particulier :
« This house is no judge. This House is a patient, a silent witness. May she look upon us kindly tomorrow for what we do today. Together. »
Dix-sept ans plus tard, cette dernière phrase donne peut-être à cette cérémonie de 2009 une résonance que je ne pouvais évidemment pas prévoir alors. La maison Bertrand avait été sauvée une première fois. Restait à savoir ce que les années suivantes allaient faire de cette promesse.

