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samedi 31 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #12 - Centre d'accueil, journal photographique, part.1

 

Longwood House : le futur centre d’accueil construit sur les anciennes dépendances des officiers anglais, prend forme

Le chantier de construction du futur centre d’accueil des visiteurs de Longwood House poursuit son chemin. Graduellement, les travaux donnent une réalité tangible à ce qui, longtemps, n’existait que sur des plans et dans nos projets.

Ces photographies permettent de suivre les différentes étapes de cette transformation, depuis les premiers travaux jusqu’à l’apparition progressive des nouveaux aménagements.

Il reste encore du chemin à parcourir avant que le centre puisse accueillir ses premiers visiteurs. Mais, chaque étape franchie nous rapproche de notre ambition : offrir à ceux qui viennent jusqu’à Sainte-Hélène un accueil digne de l’histoire de Longwood, tout en préservant le caractère singulier de la dernière demeure de Napoléon.

Voici donc le chantier en images, simplement, pour garder la mémoire de ce qui se construit aujourd’hui.













Longwood House — Carnet de la réforme muséale #11 - Vitrines

 

Longwood House : les protections vitrées prennent leur place

À Longwood House, le travail de protection des collections se poursuit, pièce après pièce, avec une ambition aussi simple à énoncer que délicate à mettre en œuvre : préserver les objets et les décors historiques tout en permettant aux visiteurs de retrouver, autant que possible, l'atmosphère des dernières années de Napoléon à Sainte-Hélène.

La salle à manger de l'Empereur à Longwood

Une nouvelle étape vient d'être franchie avec l'achèvement de l'installation des protections vitrées dans plusieurs espaces de la maison : la salle à manger, la chambre mortuaire, la salle de bains, la bibliothèque ainsi que la petite dépendance où Marchand rangeait les vêtements de Napoléon. Une partie de la salle de billard a également été équipée afin d'assurer la protection des globes.

Salle de bain  de l'Empereur à Longwood

Ces interventions, parfois discrètes au point de passer presque inaperçues, répondent à une exigence essentielle : protéger sans enfermer, rendre les collections moins vulnérables sans interposer entre elles et le visiteur un dispositif qui ferait oublier les lieux où elles se trouvent.

 Le bureau de l'Empereur à Longwood transformé en chapelle ardente



Chambre de rangement des effets personnels de l'Empereur



Il reste désormais deux espaces à traiter : la chambre à coucher et, surtout, le salon, dont la configuration rendra l'intervention particulièrement complexe. C'est là que se présenteront les difficultés les plus importantes, tant il faudra concilier les nécessités de la conservation avec le respect de l'architecture intérieure et de la perception des volumes.

Bibliothèque de l'Empereur à Longwood

La scénographie proprement dite n'interviendra qu'une fois l'ensemble de ces installations achevé. La mise à distance des objets rendra alors possible une présentation beaucoup plus vivante des intérieurs, en disposant livres, cartes, bougeoirs, encriers, plumes et autres objets familiers de manière à évoquer les occupations quotidiennes des habitants de Longwood. Il ne s'agira pas de multiplier les pièces exposées, mais de leur restituer une présence, des rapports entre elles, et cette apparence de vie qu'une présentation purement muséale peine parfois à conserver.

Peu à peu, Longwood House se prépare ainsi à accueillir ses visiteurs dans de meilleures conditions, sans rien perdre, nous l'espérons, de ce qui fait sa singularité : non pas un musée ordinaire, mais une maison où l'histoire semble encore habiter les pièces.

jeudi 29 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #10 - Le cabinet de curiosités

 

Longwood House : un cabinet de curiosités pour les objets de l’exil

Une nouvelle étape du projet muséal des Domaines nationaux à Sainte-Hélène

À Longwood House, certains objets racontent l’exil de Napoléon avec une éloquence particulière. Ce ne sont pas nécessairement les plus précieux ni les plus spectaculaires. Une carafe, un verre, une assiette, une boîte à thé ou un livre peuvent parfois nous rapprocher davantage de la vie quotidienne de l’Empereur et de ses compagnons que les grands témoignages de l’histoire.

Ces objets modestes ont traversé deux siècles. Beaucoup sont fragiles, certains ne peuvent être exposés dans les pièces historiques auxquelles ils appartiennent, et d’autres demeurent conservés à l’abri des regards. Leur présentation constitue aujourd’hui l’un des enjeux du projet de réorganisation muséale de Longwood House.

C’est pour leur offrir une place que nous envisageons de transformer l’ancien cellier de la maison en un cabinet de curiosités consacré aux objets de l’exil.


Le cellier actuellement. Présentation du Retour des Cendres


Une pièce appelée à retrouver une nouvelle vocation

Pendant les années de captivité de Napoléon, cette pièce remplissait une fonction domestique : elle servait de cellier. Elle appartenait à cet ensemble de locaux indispensables au fonctionnement quotidien d’une maison où vivaient, travaillaient et se côtoyaient l’Empereur, ses compagnons et leurs domestiques.

Aujourd’hui, elle abrite une partie des collections relatives au Retour des Cendres de 1840, présentées notamment à travers des gravures, des souvenirs et différents objets commémoratifs.

Ces collections conserveront naturellement leur place dans le futur parcours muséal. Nous envisageons toutefois de leur consacrer un autre espace, éventuellement dans l'ancien appartement du docteur O’Meara, où elles pourraient constituer la conclusion de la visite, en évoquant le passage de la mort de Napoléon à Sainte-Hélène à la construction de sa mémoire en France.

L’ancien cellier pourrait ainsi accueillir une présentation entièrement renouvelée, consacrée non plus à la postérité de l’Empereur, mais aux objets qui témoignent de sa présence et de celle de son entourage à Longwood entre 1815 et 1821.



Projet de cabinet de curiosités dans l’ancien cellier de Longwood House. Vue de synthèse du futur aménagement muséographique, destiné à présenter les objets du quotidien, les souvenirs et les reliques de l’exil de Napoléon à Sainte-Hélène. Illustration réalisée avec l’aide de l’intelligence artificielle. Les objets représentés sont fictifs et ne constituent pas un inventaire des collections des Domaines nationaux.

Il y aurait d’ailleurs une certaine continuité dans cette transformation : une pièce autrefois destinée à conserver les provisions de la maison deviendrait, deux siècles plus tard, le lieu où seraient rassemblés et préservés quelques-uns des témoins matériels de son histoire.




Une grande bibliothèque-vitrine sur toute la longueur du mur

Le parti pris architectural est volontairement simple.

Plutôt que de multiplier les vitrines indépendantes et les meubles d’exposition, nous souhaitons installer une seule grande bibliothèque-vitrine occupant intégralement le mur droit de la pièce, du sol au plafond.

Ses dimensions prévisionnelles sont de 7,22 mètres de longueur, 2,25 mètres de hauteur et 65 centimètres de profondeur.

Réalisé en bois brun, cet ensemble présenterait une succession de portes vitrées aux montants fins, derrière lesquelles seraient disposées des étagères en verre. Une rampe lumineuse à LED, discrètement intégrée dans la partie supérieure de chaque compartiment, permettrait de mettre les objets en valeur sans recourir à un éclairage général excessif.

Dans la partie basse, deux rangées de tiroirs en bois courraient sur toute la longueur du meuble. Elles offriraient des espaces de rangement supplémentaires pour les éléments de collection qui ne seraient pas présentés en permanence, ainsi que pour les accessoires nécessaires à leur conservation.

Le reste de la pièce demeurerait aussi proche que possible de son aspect actuel. Le vert profond des murs serait conservé, de même que les gravures et les appliques murales existantes. Les autres meubles et la vitrine actuellement installée au fond de la salle seraient retirés.

Nous souhaitons ainsi obtenir un espace dépouillé, dans lequel le regard serait naturellement attiré vers les objets, sans que l'aménagement vienne rivaliser avec eux.

Cette sobriété est essentielle. Longwood House n’a pas vocation à devenir un musée contemporain installé dans une enveloppe ancienne. Elle doit rester une maison historique, dont les transformations muséographiques se font avec mesure et respect.




Les objets du quotidien, au cœur de la présentation

La nouvelle vitrine permettrait de réunir plusieurs catégories de collections aujourd’hui dispersées ou insuffisamment visibles.

Nous pensons notamment aux pièces de verrerie et de vaisselle contemporaines de l’exil, aux carafes, aux verres, aux services de table, aux boîtes et aux petits objets domestiques. Les livres et certains accessoires personnels pourraient également trouver leur place dans cette présentation.

Nous souhaiterions y intégrer des fragments architecturaux provenant des anciens bâtiments de Longwood, ainsi que différentes reliques et objets emblématiques conservés dans nos collections.

Ces ensembles ne seraient pas présentés comme une simple accumulation de souvenirs napoléoniens. Leur disposition devrait permettre de distinguer clairement les objets dont l’utilisation à Longwood est documentée, ceux qui sont contemporains de l’exil et ceux dont la valeur réside avant tout dans leur histoire ou leur provenance.

Car il ne suffit pas qu’un objet soit ancien pour qu’il ait appartenu à Napoléon. Cette distinction, parfois négligée dans les présentations traditionnelles, nous paraît fondamentale.

L’intérêt d’un tel cabinet serait précisément de donner à chaque pièce sa juste place, en accompagnant sa présentation d’une identification rigoureuse, mais discrète.

Nous souhaitons également éviter de surcharger les étagères. Les objets devront pouvoir être regardés individuellement, sans être noyés dans une accumulation décorative. Le cabinet de curiosités que nous imaginons emprunterait à la tradition ancienne son esprit de découverte, mais non son goût pour l’entassement.

La conservation, condition indispensable du projet

La présentation de collections aussi fragiles dans le climat de Sainte-Hélène impose plusieurs précautions.

L’humidité atmosphérique, particulièrement élevée à Longwood, constitue depuis toujours une difficulté majeure pour la conservation du mobilier, des livres, des métaux et de certains matériaux composites. La ventilation de l’ancien cellier, les risques de condensation et les variations des conditions ambiantes devront être pris en compte dès la conception du meuble.

La future bibliothèque-vitrine ne pourra donc être considérée comme un simple ouvrage de menuiserie.

Elle devra intégrer des dispositions adaptées à la conservation préventive : choix de matériaux compatibles avec les collections, protection contre les rayonnements ultraviolets, limitation des poussières, contrôle des conditions d’humidité et possibilité d’assurer une surveillance régulière des objets exposés.

L’éclairage LED devra être étudié pour éviter les échauffements et limiter l’exposition lumineuse des pièces sensibles. La transparence des étagères en verre favorisera une répartition plus homogène de la lumière, tout en donnant davantage de légèreté à la présentation.

Certains objets particulièrement fragiles pourront nécessiter une exposition temporaire ou une rotation régulière.

Ces questions devront naturellement être examinées avec les professionnels chargés de la conception et de la réalisation du mobilier.

Un aménagement au service d’un projet plus vaste

Ce cabinet de curiosités ne constitue pas une opération isolée.

Il s’inscrit dans la réforme muséale engagée pour Longwood House, dont l’objectif est de concilier trois exigences : préserver l’authenticité historique des lieux, mieux protéger les collections et offrir aux visiteurs une compréhension plus sensible de la vie quotidienne pendant l’exil.

Dans les pièces où vécut Napoléon, notre priorité demeure la conservation des décors et des aménagements historiques. Les interventions doivent y être aussi discrètes que possible.

L’ancien cellier offre une liberté différente. Sa fonction historique est connue, mais son aménagement actuel ne constitue pas une reconstitution de son état de 1821. Nous pouvons donc envisager une présentation muséographique plus affirmée, sans modifier les pièces qui conservent le souvenir direct de la présence de l’Empereur.

Cette distinction est importante. Il ne s’agit pas de moderniser indistinctement toute la maison, mais de choisir pour chaque espace la forme de présentation la plus appropriée à son histoire et à ses collections.

Un projet à financer

Les illustrations accompagnant cette présentation donnent une première idée de l’aménagement envisagé. Elles constituent des vues d’intention et non des plans d’exécution définitifs. Les détails de construction, les dispositifs de conservation et les modalités d’installation devront faire l’objet d’études complémentaires.

Nous souhaitons désormais rechercher les financements nécessaires à la réalisation de cette bibliothèque-vitrine.

La difficulté de ce type d’opération tient à la situation particulière des Domaines nationaux à Sainte-Hélène. Longwood House appartient à l’État français, mais sa situation géographique, son éloignement et les contraintes propres à l’île rendent les projets d’aménagement particulièrement complexes et coûteux.

Le concours de mécènes, de fondations, d’associations et de particuliers attachés à la préservation du patrimoine napoléonien peut donc jouer un rôle déterminant dans la réalisation de ce projet.

Les contributions recherchées permettraient de financer non seulement la fabrication et l’installation du mobilier, mais également les équipements indispensables à la protection et à la présentation des collections.

Nous espérons ainsi offrir à des objets parfois conservés depuis des décennies à l'abri des regards la possibilité de retrouver une place dans le récit de Longwood.

Car l’histoire de l’exil ne se résume ni aux décisions politiques ni aux dernières paroles de Napoléon. Elle se lit aussi dans les choses ordinaires qui l’entouraient, dans les gestes répétés de ceux qui vivaient auprès de lui, dans ces objets que l’on utilisait sans imaginer qu’ils deviendraient un jour les témoins d’une époque.

C’est à cette mémoire plus intime que nous souhaitons donner une place dans l’ancien cellier de Longwood House.

Projet en cours d’étude. Les illustrations sont des simulations destinées à présenter l’intention muséographique ; elles ne constituent pas une représentation définitive des aménagements ni un inventaire des objets qui seront exposés.

mercredi 28 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #9 - La petite table de bain de Napoléon

 

La petite table de bain de Napoléon

Longwood House : un projet de restitution muséale

Il est des objets qui, sans avoir jamais appartenu à l'apparat impérial, nous rapprochent davantage de Napoléon que bien des souvenirs de ses victoires. Sa baignoire, toujours conservée à Longwood House, est de ceux-là. Elle témoigne de ces longues heures où, dans l'intimité de sa dernière demeure, l'Empereur cherchait dans l'eau chaude un soulagement à ses douleurs, sans pour autant renoncer à ses habitudes de travail.

Cette baignoire en cuivre, enchâssée dans un coffre de bois, est demeurée sur les lieux mêmes de son exil. Elle mesure 1,77 m de longueur et 74 cm de largeur extérieure, pour une hauteur de 68 cm. Sa cuve intérieure, profonde de 56 cm, atteint 1,67 m dans sa plus grande longueur. Napoléon, qui mesurait environ 1,69 m, pouvait s'y installer confortablement en position semi-allongée, les jambes légèrement fléchies.

Mais ce qui rend cet objet particulièrement intéressant est le témoignage que nous a laissé Louis Marchand, son premier valet de chambre :

« L’Empereur ayant pris l’habitude de déjeuner très fréquemment dans son bain, j’avais fait faire une petite table d’acajou qui, retenue par des crochets aux extrémités entrait dans la baignoire à la hauteur qu’il voulait. Sur cette table, on lui servait son déjeuner, puis après, son livre ou ses papiers; il ne restait jamais moins d’une heure et demie dans son bain, dont il entretenait la chaleur en laissant couler un petit filet d’eau; l’un de ces messieurs était appelé, causait ou travaillait avec lui; souvent après avoir causé avec l’un, il en faisait demander un autre. Ces bains lui faisaient du bien et diminuaient, disait-il, une douleur sourde dans le côté, dont il commençait à se plaindre. »


Présentation actuelle de la salle de bain de Napoléon

 

Nous découvrons ainsi une scène assez inattendue. Napoléon ne se contentait pas de prendre son bain. Il y déjeunait, lisait, examinait ses papiers et recevait ses compagnons d'exil. La baignoire devenait, pour une heure et demie au moins, un cabinet de travail improvisé, où les conversations se poursuivaient au rythme d'un mince filet d'eau chaude.

Marchand nous apprend également qu'il avait fait fabriquer une petite table d'acajou spécialement adaptée à cet usage. Retenue par des crochets, elle pouvait être descendue à la hauteur souhaitée à l'intérieur de la baignoire.

Cette table a disparu. Nous en connaissons pourtant suffisamment le principe pour envisager aujourd'hui sa restitution.

Reconstitution numérique réalisée à partir du témoignage de Louis Marchand et des dimensions relevées sur la baignoire originale. Le plateau d’acajou et son système de suspension réglable constituent une proposition de restitution, dont les détails techniques restent à confirmer. Illustrations réalisées avec l’assistance de l’intelligence artificielle.





Redonner à la baignoire son usage

Dans le cadre du projet de renouvellement muséal de Longwood House, nous souhaitons restituer cet accessoire modeste, mais particulièrement révélateur de la vie quotidienne de Napoléon à Sainte-Hélène.

À partir des dimensions relevées sur la baignoire originale et des indications fournies par Marchand, une première étude propose la fabrication d'un plateau d'acajou d'environ 58 cm de largeur sur 35 cm de profondeur, suspendu à l'intérieur de la cuve par un système de crochets métalliques réglables.

Le dispositif prendrait appui sur les rebords du coffre en bois, les bords de la baignoire en cuivre étant encastrés dans celui-ci. Il serait entièrement amovible et ne nécessiterait ni percement ni modification de l'objet historique.

Le mécanisme précis utilisé à l'époque n'étant pas connu, cette proposition demeure une hypothèse de restitution. Elle devra être vérifiée et adaptée lors de l'étude technique préalable à sa fabrication.

Notre intention n'est pas de créer un décor artificiel, mais de rendre intelligible un usage aujourd'hui oublié. Il suffirait de replacer cette petite table au-dessus de la cuve pour que le visiteur comprenne aussitôt comment Napoléon pouvait y prendre son déjeuner, poursuivre une lecture ou travailler avec ses compagnons.

C'est précisément dans ces détails, parfois presque domestiques, que l'histoire retrouve sa dimension humaine.



Un projet à financer

Cette restitution constitue l'une des interventions envisagées dans le cadre du renouvellement muséal de Longwood House.

D'une réalisation relativement simple, elle nécessitera néanmoins le savoir-faire d'un artisan qualifié pour la fabrication du plateau en acajou et de son système de suspension réglable, ainsi que les précautions indispensables à la préservation de la baignoire originale.

Nous souhaitons proposer aux personnes ou institutions désireuses de soutenir ce projet deux possibilités de mécénat.

La première consisterait à financer la réalisation de cette petite table par un artisan de Sainte-Hélène, sous la supervision des Domaines nationaux, à partir des plans et des dimensions définitives qui auront été établis.

La seconde permettrait à un mécène de prendre directement en charge sa fabrication, en faisant réaliser l'ensemble par un artisan ou un atelier de son choix, conformément aux spécifications techniques que nous lui communiquerions, puis en organisant son expédition jusqu'à Sainte-Hélène.

Dans les deux cas, les Domaines nationaux veilleraient à la conformité de la restitution avec les exigences historiques et patrimoniales du projet, ainsi qu'à son installation sans altération de la baignoire originale.

Budget prévisionnel : à établir.

Les personnes ou institutions intéressées par l'une ou l'autre de ces formules sont invitées à prendre contact avec les Domaines nationaux à Sainte-Hélène afin d'en examiner les modalités.

Par leur soutien, elles contribueraient à faire revivre un détail singulier de la vie quotidienne de Napoléon, tout en participant à une ambition plus vaste : rendre à Longwood House, au-delà de sa valeur de lieu de mémoire, cette présence humaine qui permet aux visiteurs de mieux comprendre la vie de ceux qui l'habitèrent.

Baignoire originale sortie de son coffre en bois


lundi 26 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #8 - Le « tape-cul » de Longwood

 

La bascule de Napoléon à Longwood : de l’exercice et un peu de distraction

Pour prendre de l’exercice sans sortir de la maison, Napoléon fit installer à Longwood une bascule, appelée aussi « tape-cul ». Plusieurs témoins évoquent cet appareil, qui devait entretenir ses forces et lui procurait parfois, avec son entourage, un moment de distraction.

Leurs descriptions permettent d’en proposer une évocation dessinée, tout en distinguant les éléments rapportés par les textes des détails imaginés pour la restitution.

Une pièce de bois, deux selles et des poignées en fer

Ali, le serviteur de Napoléon, donne la description la plus précise de sa construction. L’appareil, installé selon lui dans le parloir, consistait en une longue pièce de bois supportée en son milieu par un poteau entaillé. Les deux extrémités étaient façonnées en « selles bien rembourrées ». Un T en fer, placé devant le cavalier, lui permettait de se tenir pendant le mouvement.

Napoléon occupait une extrémité. Son poids étant assez important, du plomb avait été ajouté du côté opposé pour équilibrer l’ensemble. Montholon était, selon Ali, celui qui montait habituellement avec lui. Le récit mentionne donc à la fois un lest et un partenaire, sans préciser la quantité de plomb ni son emplacement exact.

Arthur Bertrand apporte une indication complémentaire sur le support : la bascule reposait au centre sur un pivot élevé de « trois ou quatre pieds au-dessus du plancher ». Il décrit Napoléon à une extrémité du levier et un officier à l’autre.

Entretenir ses forces

Ali explique l’intention de l’Empereur : ne souhaitant pas aller se promener dehors, il espérait que le mouvement de montée et de descente entretiendrait ses forces.

Le Grand Maréchal Bertrand rapporte également ce projet d’exercice. Napoléon envisageait de monter sur la bascule une demi-heure par jour ; cela devait le faire transpirer. Mais une intention ne constitue pas une pratique régulière attestée. Dans une entrée du 22 janvier 1821, Bertrand note que l’Empereur avait utilisé l’appareil un quart d’heure le matin et « ne s’en [était] pas mieux trouvé ».

Ce même jour, Arthur vint voir Napoléon, qui lui montra sa bascule en lui disant que c’était un canon. L’Empereur y monta ensuite avec le Grand Maréchal pour amuser l’enfant. Il descendit parce qu’il venait de dîner et craignait que le mouvement ne lui fît mal.

Une distraction avec les enfants Bertrand

Dans ses souvenirs, Arthur Bertrand raconte que les enfants prenaient eux aussi place sur l’appareil :

« Souvent il faisait placer ma sœur et deux de mes frères ou moi à l’autre extrémité de la bascule, et s’amusait à nous donner de fortes secousses qui parfois nous jetaient à bas. C’était en même temps de l’exercice, et une petite distraction à ses peines. »

La bascule devenait ainsi un jeu partagé. Elle inspira même à Mme Bertrand l’idée d’une caricature : l’Empereur d’un côté, tous les souverains de l’autre, incapables de le soulever, avec cette épigramme : « remède pour l’hépatite ».



Une expérience de courte durée

Selon Ali, cet exercice convint à Napoléon pendant une quinzaine de jours environ, puis il l’abandonna. Avant qu’il ne fût sérieusement malade, la machine avait été démontée et le plancher remis dans son état antérieur.

Le dessin : une proposition, non un relevé

L’illustration s’appuie principalement sur les descriptions d’Ali et d’Arthur Bertrand. Elle représente Napoléon et Montholon aux deux extrémités d’un balancier, sur des selles rembourrées munies de poignées en T. Le poteau central entaillé et le lest de plomb viennent du récit d’Ali ; l’indication de hauteur du pivot est donnée par Arthur.

La bascule de Napoléon à Longwood, évocation d’après les récits d’Ali et d’Arthur Bertrand. Napoléon et Montholon occupent les selles rembourrées et se tiennent aux poignées en T ; un lest de plomb contribue à équilibrer le côté opposé à l’Empereur. Les coussins au sol sont un ajout hypothétique. Illustration sans échelle, générée par intelligence artificielle ; assemblages et disposition du lest proposés.


Nous avons recherché une silhouette relativement basse, en retenant le bas de la fourchette de trois à quatre pieds mentionnée par Arthur. L’image reste néanmoins une évocation sans échelle, et non un dessin technique permettant de vérifier les dimensions.

Des coussins ont été ajoutés au sol, sous les extrémités, pour suggérer un amortissement à l’arrivée du balancier en position basse. Leur présence n’est mentionnée par aucun des témoins cités : ils constituent un ajout hypothétique, et non un équipement attesté.

La forme exacte du support, les assemblages, la disposition du plomb et les détails des selles restent également proposés pour rendre le fonctionnement de l’appareil compréhensible.

Ali précise qu’après le démontage de la bascule, le plancher fut « remis dans son état antérieur ». L’installation avait donc nécessité une intervention sur celui-ci, dont le serviteur ne détaille pas la nature. Des lames avaient-elles été retirées pour ancrer le support central, ou pour dégager une partie du sol sous l’appareil ? Le texte laisse la question ouverte. D'où les coussins qui, quoiqu'ils ne soient pas mentionné dans les témoignages, ont été ajoutés.

Sources

  • Ali, souvenirs : description de la bascule installée dans le parloir.
  • Arthur Bertrand, souvenirs : description du pivot central et des jeux avec les enfants.
  • Grand Maréchal Bertrand, journal : passages relatifs à l’installation de la bascule et à son utilisation le 22 janvier 1821.
  • Docteur Verling, journal : description indirecte de l’appareil, rapportée sous réserve.


jeudi 15 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #7

 

Longwood House : protéger les témoins de l'exil pour mieux les faire découvrir

Les premières parois vitrées viennent de prendre place dans les appartements de Longwood House. Leur installation marque une nouvelle étape dans le travail de conservation et de présentation des collections que nous poursuivons depuis plusieurs années, avec le soutien conjoint de la Fondation Napoléon et du Fonds de Dotation Brousse Dell’Aquila.




À première vue, il ne s'agit que de quelques surfaces transparentes, presque invisibles, destinées à séparer les visiteurs des objets et des meubles exposés. Mais leur rôle dépasse largement cette simple fonction protectrice.

Longwood possède en effet une particularité que peu de demeures historiques peuvent revendiquer : sur les 122 pièces de mobilier fournies par l'administration britannique pour les besoins de Napoléon et de son entourage durant la captivité, 82 sont aujourd'hui conservées dans nos collections, avec une provenance qui peut être retracée depuis leur dispersion lors des ventes aux enchères organisées sur l'île en 1822.



Ces meubles ne sont donc pas de simples évocations d'un décor disparu. Ils sont les témoins matériels de la vie quotidienne à Longwood, ceux-là mêmes qui ont accompagné les dernières années de Napoléon et dont l'histoire nous est parvenue avec une continuité documentaire exceptionnelle.

Pendant longtemps, la visite de la maison a permis une proximité presque familière avec ce mobilier. On pouvait s'en approcher, parfois le toucher, et cette liberté contribuait certainement au sentiment particulier qu'éprouvaient les visiteurs en parcourant les pièces de la captivité. Je comprends l'attachement que certains peuvent conserver à cette manière de découvrir Longwood, et je le partage même, dans une certaine mesure.

Mais les années passent, les objets vieillissent, et les responsabilités de ceux qui en ont la garde demeurent.

Un meuble ancien ne se détériore pas seulement à la suite d'un accident spectaculaire. Il souffre aussi de l'accumulation de gestes anodins, d'une main posée sur un dossier, d'un appui sur une table, d'un frottement répété. Ce qui paraît insignifiant à l'échelle d'une visite devient, au fil des décennies, une altération irréversible.

Notre responsabilité n'est pas seulement de permettre aux visiteurs d'aujourd'hui de découvrir Longwood, mais de transmettre ses collections à ceux qui viendront après nous.


Première pièce protégée : la salle à manger

Les nouvelles parois vitrées répondent également à une ambition muséographique. Leur disposition permettra de mieux mettre en évidence les petits objets, souvent difficiles à distinguer jusqu'à présent, tout en restituant plus clairement les espaces de la captivité et les relations entre le mobilier, les pièces et leurs occupants.

Il ne s'agit donc pas de transformer Longwood en un musée impersonnel, encore moins d'effacer cette atmosphère domestique qui constitue une part essentielle de son caractère. Au contraire, nous cherchons à préserver ce qui fait sa singularité : une maison historique dont les pièces, les meubles et les objets continuent de raconter, ensemble, une histoire humaine.

Certains regretteront peut-être de ne plus pouvoir approcher les meubles comme autrefois. Je peux comprendre cette nostalgie. Mais je ne crois pas que l'émotion suscitée par un objet dépende de la possibilité de le toucher. Elle naît bien davantage de ce que nous savons de lui, de ceux qui l'ont possédé, utilisé ou simplement côtoyé.

À Longwood, une chaise, une table ou un petit objet familier prennent toute leur signification lorsqu'on les replace dans la vie de ceux qui habitèrent ces lieux entre 1815 et 1821.

Les photographies qui accompagnent ce billet montrent les premières étapes de cette installation. Il reste encore du travail avant que l'ensemble trouve son équilibre définitif.

Je tiens enfin à remercier très chaleureusement la Fondation Napoléon et le Fonds de Dotation Brousse Dell’Aquila, dont le soutien conjoint permet de poursuivre cette entreprise de conservation et de valorisation d'un patrimoine qui appartient à l'État français, mais dont la portée historique dépasse largement nos frontières.

Après tout, préserver Longwood ne consiste pas à immobiliser le passé, mais à lui donner les moyens de traverser l'avenir.

lundi 5 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #6

Le Projet muséal de Longwood entre dans sa phase concrète

Les premières images sont encore modestes. Elles montrent des arbres abattus, des espaces dégagés, une pelleteuse au travail. Pourtant, c’est bien ici que commence, très concrètement, la mise en œuvre du Projet muséal de Longwood.

Avant de construire, d’aménager ou de restituer, il faut préparer les lieux.


Ces premiers travaux concernent les cheminements qui permettront demain d’organiser plus clairement l’entrée et la sortie des visiteurs, autour du futur espace d’accueil. Il s’agit donc, pour l’instant, de dégager les accès, de reprendre les abords, d’abattre certains arbres devenus gênants ou dangereux et de préparer les circulations nécessaires au nouveau parcours de visite.




Cette étape peut sembler éloignée de la muséographie proprement dite. Elle en constitue pourtant l’un des fondements. Le projet prévoit en effet que le visiteur soit accueilli avant son entrée dans la Maison de Longwood, puis qu’il rejoigne celle-ci à pied, par les jardins et les cheminements extérieurs. Cette approche fait partie intégrante du récit : quelques minutes durant lesquelles le paysage, le vent et la végétation préparent déjà à la découverte de la maison. Projet muséal pour la Maison de…

Le projet entre ainsi dans cette période particulière où les dessins, les études et les intentions commencent à prendre corps dans le paysage.


Nous suivrons ici, au fil des semaines et des mois, l’évolution du chantier : non pas comme un grand récit institutionnel, mais simplement depuis Longwood, au plus près des travaux, des difficultés, des transformations et des solutions trouvées sur place.

Aujourd’hui : ouvrir les passages. Demain : y faire passer les visiteurs.


jeudi 17 septembre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #5

Le Souvenir napoléonien s'engage aux côtés de Longwood House

Il est des nouvelles qui dépassent le simple cadre d'un projet. Celle-ci en est une.

Le Souvenir napoléonien vient de lancer officiellement une campagne nationale de souscription destinée à soutenir le projet « Longwood House 2026 », consacré à la préservation et à la mise en valeur de la dernière demeure de Napoléon à Sainte-Hélène.

Au-delà de l'appel à la générosité de ses adhérents, cette initiative revêt, à mes yeux, une signification toute particulière.



Depuis plus d'un siècle, le Souvenir napoléonien rassemble celles et ceux qui entretiennent la mémoire de Napoléon à travers la recherche historique, les publications, les conférences et les activités culturelles. De leur côté, les Domaines nationaux français de Sainte-Hélène ont pour mission, depuis 1858, de conserver les lieux mêmes où cette histoire s'est achevée.

Ces deux missions étaient naturellement complémentaires. Pourtant, elles n'avaient jamais réellement trouvé l'occasion de se rejoindre autour d'un projet commun.

C'est précisément ce que permet aujourd'hui cette campagne.

Le projet « Longwood House 2026 » ne consiste pas à transformer la maison de l'Empereur. Bien au contraire. Il vise à préserver son authenticité tout en offrant aux visiteurs du XXIᵉ siècle les moyens de mieux comprendre ce qu'a été l'exil de Napoléon : un nouvel espace d'accueil, une meilleure présentation des collections, des outils d'interprétation renouvelés et un parcours de visite enrichi, dans le respect absolu de l'esprit des lieux.

Réaliser un tel projet sur l'une des îles les plus isolées du monde représente un défi particulier. Les visiteurs sont infiniment moins nombreux que dans les grands sites historiques européens, alors même que les exigences de conservation et de qualité d'accueil sont les mêmes, sinon supérieures. C'est pourquoi le soutien de tous ceux qui sont attachés à la mémoire napoléonienne prend ici une importance toute particulière.

Je tiens à remercier très chaleureusement Guy Carrieu, président du Souvenir napoléonien, Jean-Marc Auger, qui a porté cette initiative au sein de l'association, ainsi que l'ensemble des membres de son Conseil d'administration pour la confiance qu'ils accordent à ce projet. Mes remerciements vont également à Paskalita Francheteau, dont l'engagement discret mais déterminant a permis de créer le lien entre le Souvenir napoléonien et la Saint Helena Napoleonic Heritage Ltd, porteuse du projet.

J'aime à penser que cette campagne ne marque pas seulement le début d'une souscription. Elle ouvre peut-être une nouvelle page dans les relations entre le Souvenir napoléonien et les Domaines nationaux français à Sainte-Hélène.

Car préserver Longwood House, ce n'est pas seulement entretenir une demeure historique.

C'est transmettre aux générations futures le lieu où l'Histoire est devenue mémoire.

Les personnes qui souhaiteraient soutenir cette initiative trouveront toutes les informations utiles sur le site du Souvenir napoléonien :

https://lesouvenirnapoleonien.fr/longwood-house-2026/

Si cette campagne rencontre le succès que nous espérons, elle aura atteint un second objectif qui me tient particulièrement à cœur : avoir rapproché durablement ceux qui font vivre la mémoire de Napoléon de l'un des lieux où cette mémoire est née.



dimanche 13 septembre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #4

 Maison de Longwood : publication du projet muséal (Option C)

Depuis plusieurs années, les Domaines nationaux conduisent une réflexion de fond sur l'avenir de Longwood House et sur la manière de mieux raconter aux visiteurs l'histoire de Napoléon à Sainte-Hélène.

Cette réflexion s'est progressivement enrichie des observations recueillies sur le terrain, des échanges avec les visiteurs, des discussions menées avec les services du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, avec de nombreux historiens, conservateurs, mécènes et amis de Sainte-Hélène.


Aujourd'hui, j'ai souhaité rendre public le document présentant l'Option C, qui constitue désormais la solution retenue comme base de travail pour les années à venir.

Il ne s'agit pas d'un projet figé. Comme toute réflexion patrimoniale, il continuera d'évoluer au rythme des études, des échanges et des possibilités offertes par les futurs partenaires.

Le rendre public répond à une conviction simple : les grands projets patrimoniaux gagnent à être partagés. Ils deviennent ainsi un objet de réflexion collective avant même de devenir une réalité.

Je remercie très sincèrement toutes celles et tous ceux qui, depuis plusieurs années, contribuent, chacun à leur manière, à nourrir cette réflexion.

La suite reste à écrire.


Accéder au projet

Afin de permettre à chacun — partenaires, chercheurs, visiteurs, amis du lieu — de découvrir ce travail dans son intégralité, je mets à disposition ici le libellé complet du projet muséal, accompagné de ses documents de référence (PDF) :

👉 [Accéder au libellé du projet muséal de Longwood House]

👉 [Accéder au rapport du choix de projet – décision du 9 septembre 2026]

jeudi 27 août 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #3

 Le projet muséal de Longwood House repose sur un principe auquel je tiens particulièrement : améliorer l’accueil et la compréhension du site sans ajouter au paysage un bâtiment qui viendrait rivaliser, même discrètement, avec la maison historique.

Parmi les différentes hypothèses actuellement étudiées, l’une d’elles nous ramène curieusement à l’histoire même de Longwood.

Un plan dressé à partir des relevés effectués par le général Bertrand, aujourd’hui conservé dans les collections du musée national du château de Malmaison, fait apparaître, à quelque distance de la maison, un bâtiment rectangulaire désigné comme les « Dépendances de l’officier d’ordonnance anglais ».


Ce bâtiment a depuis longtemps disparu. Son emplacement, en revanche, n’a jamais véritablement cessé d’être occupé.



C’est en effet sur cette partie du domaine qu’un réservoir fut construit en 1955. Soixante-dix ans plus tard, l’ouvrage est toujours là. En retrait du parcours principal et largement dissimulé par les arbres, il est si peu présent dans le paysage que nombre de visiteurs de Longwood passent à proximité sans même soupçonner son existence.

Cette discrétion constitue précisément son principal intérêt.

L’une des options désormais envisagées consisterait donc non pas à construire ailleurs un nouveau bâtiment, mais à transformer les surfaces déjà bâties du réservoir afin d’y installer le futur centre d’accueil et d’interprétation de Longwood House, ainsi que la billetterie et la boutique.



Cette solution présenterait plusieurs avantages. Elle réutiliserait une emprise existante, préserverait le caractère paysager des abords de Longwood et permettrait de maintenir à distance de la maison historique les fonctions indispensables à l’accueil du public. Le réservoir et son environnement arboré constituent déjà aujourd’hui un ensemble très discret dans le site. fileciteturn0file2

Il ne s’agit encore que d’une hypothèse de travail. Les études devront en préciser la faisabilité, les adaptations architecturales nécessaires et le financement. Mais elle répond assez exactement à la philosophie générale de la réforme muséale : intervenir là où cela est nécessaire, tout en laissant Longwood House demeurer le véritable centre du paysage et du récit.


Il y aurait enfin quelque chose d’assez juste à voir un lieu autrefois occupé par une dépendance du domaine retrouver, deux siècles plus tard, une fonction au service de Longwood.

Parfois, l’histoire ne nous fournit pas seulement les raisons de préserver un lieu. Elle peut aussi nous indiquer où poursuivre son histoire.

mardi 14 avril 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #2

Une escale, ou les limites d’un système - Importance de la réforme muséale proposée

Les escales de paquebots rappellent avec une particulière netteté les limites du dispositif actuel. Lors de l’arrivée du MV Amera à Sainte-Hélène, le mardi 14 avril 2026, le navire transportait environ 684 passagers. Or, sur cet ensemble, seuls 133 visiteurs ont effectivement acheté un billet d’entrée.

Les autres, pour une part non négligeable, ont préféré demeurer en ville, jugeant les coûts trop élevés, tandis que certains, après avoir pourtant loué un taxi pour se rendre jusqu’aux portes de la Tombe ou de Longwood, ont refusé d’acquitter le droit d’entrée. Ces situations, désormais récurrentes, dégradent les conditions d’accueil et exposent les équipes à des tensions inutiles. Elles conduisent également, par précaution, à fermer le Pavillon des Briars lors de ces journées, afin d’éviter que ces comportements ne s’y reproduisent.



D’un point de vue strictement financier, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avec un billet fixé à £12, la vente de 133 billets représente une recette brute de £1,596. Mais, dans le système actuel, où les objets et le mobilier demeurent trop directement à portée des visiteurs, la seule ouverture de Longwood et de la Tombe à un flux exceptionnel impose le recrutement de gardiens supplémentaires, soit une surcharge de £1,466.

Il ne reste donc, avant même de prendre en compte les autres frais de fonctionnement, que £130. Autrement dit, la recette générée par une telle escale ne produit qu’un résultat quasi nul, sans commune mesure avec la pression exercée sur les lieux, les collections et les équipes.

Le seul surcoût de surveillance absorbe ainsi plus de 91 % de la billetterie de la journée. Rapporté aux seuls visiteurs payants, ce dispositif représente environ £11 de surveillance par billet vendu, laissant à peine £1 par entrée pour couvrir l’ensemble des autres charges.




Ces chiffres, à eux seuls, suffisent à éclairer la situation : le modèle actuel ne permet plus d’assurer simultanément l’ouverture des sites, leur protection et un fonctionnement économiquement soutenable.

Il ne s’agit plus ici d’un déséquilibre marginal, mais d’un système qui, à chaque afflux, s’approche de son point de rupture. Ouvrir revient presque à s’exposer ; accueillir, à consentir un effort disproportionné ; protéger, à mobiliser des moyens que la billetterie ne peut plus couvrir.

C’est précisément à cet endroit que se situe le projet muséal. Non comme une transformation de principe, mais comme une réponse nécessaire à une réalité désormais mesurable : protéger sans multiplier indéfiniment la présence humaine, organiser la visite sans en altérer le silence, et redonner au lieu les conditions d’un équilibre à la fois humain, patrimonial et économique.

jeudi 9 avril 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #1

Longwood House : une maison, un silence, un projet


Maison de Longwood, 2026 ©Bruno Dell'aquila 

Il est des lieux qui ne se visitent pas : ils se traversent.

Longwood House appartient à cette catégorie rare. Depuis deux siècles, ceux qui en franchissent le seuil n’y viennent certes pour voir, mais pour éprouver. Il ne s’agit pas d’un musée au sens ordinaire du terme, mais d’une demeure habitée par l’absence, où chaque objet, chaque lumière, chaque silence semble retenir quelque chose d’un destin achevé.

Pourtant, cette fidélité au passé, si scrupuleusement préservée, atteint aujourd’hui ses limites.

La maison souffre. L’humidité constante, la lumière, l’usure lente des matériaux rappellent chaque jour que rien ici n’avait été conçu pour durer deux siècles. Dans le même temps, le visiteur, souvent profondément ému, se trouve parfois démuni face à une lecture fragmentée du lieu, comme si le récit lui échappait au moment même où il croyait le saisir.

C’est de cette tension qu’est né le projet que je propose aujourd’hui.

Non pas transformer Longwood — ce serait la trahir — mais en retrouver l’équilibre.

Retrouver la clarté d’un parcours, la cohérence d’un récit, la justesse d’un regard. Agir pour que la maison continue de parler, mais d’une voix plus lisible, sans rien perdre de sa densité ni de sa pudeur. Préserver l’émotion sans renoncer à l’intelligence.

Ce projet repose sur une conviction simple : la mission d’un lieu comme Longwood n’est pas de montrer davantage, mais de rendre perceptible ce qui se dérobe.

Le quotidien de l’exil.
La communauté humaine autour de Napoléon.
La lente naissance de la légende.

Tout est déjà là. Il ne s’agit que de réordonner le regard.

Le parcours proposé ne modifie rien dans son principe. Il accompagne le visiteur comme on accompagne une mémoire : avec retenue, avec précision, avec respect. Chaque pièce devient un moment, chaque objet une présence silencieuse, chaque transition une respiration.

À l’extérieur, les jardins prolongent cette expérience. À l’intérieur, la lumière, le silence, et la mise à distance discrète des œuvres permettent enfin à la maison de retrouver ce qu’elle n’aurait jamais dû perdre : sa qualité d’espace vécu.

Car Longwood n’est pas un décor.

C’est une maison fragile, tenue debout par une vigilance quotidienne — presque domestique — qui est déjà une forme de fidélité.


Accéder au projet

Afin de permettre à chacun — partenaires, chercheurs, visiteurs, amis du lieu — de découvrir ce travail dans son intégralité, je mets à disposition ici le libellé complet du projet muséal, accompagné de ses documents de référence (PDF) :

👉 [Accéder au libellé du projet muséal de Longwood House]

👉 [Accéder au rapport du choix de projet – décision du 9 septembre 2026]

👉 [Access the project in English]


Avec, en complément, le téléchargement des documents suivants : 

Concernant le parcours muséal à l'intérieur des appartements de Napoléon:  

– Plan de la Maison de Longwood en 1821

– Plan de la Maison de Longwood en 2026




Ce projet n’est ni une fin, ni une rupture.

Il s’inscrit dans une continuité — celle des dix années écoulées depuis la création de la Saint Helena Napoleonic Heritage Ltd, marquées par la persévérance, les contraintes, et une même volonté de préserver sans figer.

Il est, au fond, une tentative de plus pour rester fidèle à ce que ce lieu exige de nous.

Rien d’autre.

Protéger une parole qui ne nous appartient pas,
et permettre qu’elle continue, encore, à être entendue.

_________

Soutiens de ce projet : 

Projets – FDBDA – Fonds de dotation Brousse dell’Aquila

vendredi 13 décembre 2024

Une équipe de la Direction des immeubles et de la logistique (DIL) a visité "Notre musée du bout du Monde"

 "Notre musée du bout du Monde" par Stéphanie Celle


Une mission de la Direction des immeubles et de la logistique (DIL) du Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères s'est déroulée du 30 novembre au 8 décembre 2024 à Sainte-Hélène où le MEAE à la charge de la conservation et valorisation des Domaines nationaux de Sainte-Hélène depuis 1857. 

Maison de Longwood


Ces lieux de mémoire des dernières années de Napoléon sont le pavillon des Briars, la maison de Longwood et le tombeau avant le transfert des Cendres.

La dernière mission de la DIL date de 2001 et il était nécessaire de faire un point général en appui des actions de Michel Dancoisne-Martineau, directeur et conservateur des Domaines, consul honoraire de France à Sainte-Hélène.

La mission avec toute l'équipe

Jehanne Lazaj, cheffe du bureau du patrimoine et de la décoration, Anaïs Silvain, régisseuse des œuvres d'art et Stéphanie Celle, cheffe du secteur étranger 2 avaient pour objectifs principaux d'étudier les conditions de la restauration de la toiture de la maison de l'Empereur, de réaliser un bilan sanitaire des collections et de proposer une muséographie sécurisant mieux les œuvres et objets témoins de la vie de Napoléon.

Les échanges avec les 8 membres de l'équipe du site leur ont permis de mieux saisir les "incontournables" de l'ile : humidité constante, exposition aux forts vents Sud-Est, lutte permanente contre les nuisibles notamment les termites, rareté des ressources matérielles, complexité opérationnelle...

La Chambre à coucher de l'Empereur

A la suite des observations et relevés ainsi que des échanges avec des institutions et professionnels locaux, des propositions seront formulées pour renouveler le parcours de visite et améliorer les conditions de conservation de ce patrimoine unique.

Stéphanie Celle : "La mission à Sainte Hélène a permis de toucher du doigt la singularité de ce contexte insulaire et de revenir avec une connaissance partagée des sites et des acteurs. Des propositions sont à mettre sur pied à présent !"

L'équipe de la DIL avec le conservateur sur place