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jeudi 10 septembre 2026

Maison Bertrand... retour en images sur les années 2008-2009

 Pour comprendre le dossier actuel de la maison Bertrand, il faut remonter près de vingt ans en arrière. J’avais alors commencé à suivre son devenir sur l’un de mes anciens blogs, aujourd’hui disparu. Le 6 novembre 2008, après m’être rendu sur place, je publiais deux photographies accompagnées de ce constat : « La maison Bertrand… abandonnée ».

6 novembre 2008 : une maison abandonnée

La maison avait été construite à Longwood pour le grand-maréchal Bertrand et sa famille. Cette charmante demeure de style Regency avait conservé l’essentiel de son caractère. Sa véranda, notamment, avait été ajoutée dès l’origine afin de permettre aux enfants Bertrand d’y jouer à l’abri des intempéries de Longwood.


En novembre 2008, pourtant, son état et surtout son avenir inspiraient de sérieuses inquiétudes. Le dossier relevait alors de la St Helena Development Agency (SHDA), qui expliquait depuis plusieurs années ne pouvoir véritablement intervenir dans l’attente d’une décision du gouvernement britannique. Cette attente se prolongeait déjà depuis près de six ans.




Je publiais alors ces photographies pour montrer la maison telle qu’elle se présentait, abandonnée à elle-même, mais encore remarquablement préservée dans son architecture.

Une autre inquiétude apparaissait déjà : la SHDA envisageait la construction d'un nouveau bâtiment à proximité immédiate de la maison. J’en reproduisais également le plan, avec cette simple remarque : « Je vous laisse juge. »


Ces documents de novembre 2008 constituent ainsi le premier jalon d’une histoire qui, près de vingt ans plus tard, n’est toujours pas entièrement achevée.


22 février 2009 : la dégradation se poursuit

Quelques mois plus tard, le constat était déjà plus préoccupant.

De retour d’un long voyage en Europe et en Afrique du Sud, je retrouvais Sainte-Hélène avec un plaisir qui ressemblait beaucoup à un soulagement. J’écrivais alors : « Ah ! La tranquillité de l’île. »



Mais cette tranquillité contrastait singulièrement avec ce que je retrouvais à Longwood. Je retournai voir la maison Bertrand, ou Bertrand’s Cottage, dont j’avais signalé l’abandon quelques mois auparavant.

Malgré mes appels répétés auprès des différents interlocuteurs concernés, force était de constater que rien n’avait véritablement changé. Bien au contraire : la maison s’enfonçait peu à peu dans un état de délabrement de plus en plus inquiétant.

Ne pouvant alors en montrer l’intérieur, je me contentais de publier de nouvelles photographies extérieures. Elles témoignaient, mieux que de longs commentaires, de cette lente dégradation d’un bâtiment dont personne ne contestait pourtant l’intérêt historique.


Entre les photographies de novembre 2008 et celles de février 2009, une première évidence apparaissait déjà : le temps, lui, n’attendait aucune décision administrative.





1er juillet 2009 : à l’intérieur de la maison Bertrand

Quelques mois plus tard, une circonstance particulière me permit enfin de pénétrer dans la maison.

Une équipe de journalistes travaillant pour ARTE était venue à Sainte-Hélène afin d’y réaliser un reportage. J’en profitai pour leur montrer la maison Bertrand et j’obtins du gouvernement de Sainte-Hélène les clés permettant d’en visiter l’intérieur.

Ce que nous y découvrîmes confirmait malheureusement les inquiétudes exprimées depuis plusieurs mois.

J’écrivais alors simplement : « Quelle tristesse… »




L’expression n’avait rien d’exagéré. À l’humidité qui gagnait le bâtiment s’ajoutaient les conséquences de son abandon : des oiseaux morts jusque dans la cuvette des toilettes, des dégradations provoquées par des skateurs qui avaient investi les lieux, et partout cette impression qu’une maison historique encore sauvable était lentement laissée à elle-même.

Je ne savais alors dire ce qui m’avait fait le plus de peine : les dégâts eux-mêmes ou le sentiment qu’ils auraient pu être évités.

Pour la première fois, les photographies prises ce jour-là permettaient de montrer non plus seulement l’apparence extérieure de la maison Bertrand, mais les conséquences très concrètes de son abandon.



26 août 2009 : la maison Bertrand reprend vie

Les appels lancés au cours des mois précédents finirent par être entendus.



Le gouvernement de Sainte-Hélène, qui ne disposait plus des moyens nécessaires pour entretenir l’ensemble de ses propriétés, accepta de louer la maison Bertrand au St Helena National Trust. La maison et ses jardins purent enfin commencer à être remis en état.

Après les images d’abandon de novembre 2008, la dégradation constatée en février puis la découverte, en juillet, de l’état préoccupant de l’intérieur, c’était le premier véritable changement dans cette histoire. Pour la première fois, il devenait possible d’espérer que la maison serait sauvée.



À cette occasion, j’avais souhaité rappeler ce que représentait ce bâtiment dans l’histoire de Longwood.

Le 20 octobre 1816, le grand-maréchal Bertrand, son épouse et leurs enfants vinrent s’installer dans cette maison nouvellement construite à proximité de celle de Napoléon. Bertrand le note dans ses Cahiers de Sainte-Hélène et Gourgaud consigne le même jour dans son journal : « Bertrand et sa femme viennent habiter leur nouvelle maison. »



Quelques jours plus tard, Gourgaud la visite et écrit qu’elle « a l’air d’une prison ». Napoléon lui-même paraît pourtant regretter qu’une seconde construction ne lui fasse pas pendant, car elle aurait contribué à soustraire Longwood House aux regards des factionnaires.

Mais le témoignage le plus vivant sur la naissance de la maison est sans doute celui du lieutenant-colonel Basil Jackson, chargé d’en surveiller l’achèvement. Dans Waterloo et Sainte-Hélène, il raconte comment la comtesse Bertrand profita avec une certaine habileté des instructions qui lui avaient été données :

« Celle-ci ne perdit pas son temps, et, se prévalant de l'autorité qui m'était déléguée, elle me demanda d'ajouter une véranda. »

Jackson consulta le gouverneur, qui l’autorisa à satisfaire cette demande dans la mesure du possible. Restait à en déterminer les dimensions. La réponse de Fanny Bertrand fut sans ambiguïté :

« Vous devez la faire grande, me dit-elle, pour que mes enfants puissent y jouer. »


 

Et Jackson de conclure avec amusement :

« Bref, de fil en aiguille, la véranda devint une chambre de bonne dimension, et j'avais l'habitude de complimenter la comtesse sur son habileté à dresser les plans d'une véranda. »

Cette véranda que montrent encore les photographies n’est donc pas une transformation tardive de la maison. Elle appartient à sa construction même et conserve, derrière son architecture, quelque chose de la vie quotidienne de la famille Bertrand : l’espace réclamé par une mère pour que ses enfants puissent jouer à l’abri du climat de Longwood.

C’était cette maison, demeurée étonnamment lisible près de deux siècles plus tard, que le National Trust entreprenait de faire revivre en août 2009.



29 août 2009 : « Faithful »

Le vendredi 28 août 2009, la prise en charge de la maison Bertrand par le St Helena National Trust fut officiellement marquée par une petite cérémonie organisée sur place. Après un rappel de l’histoire de la maison et de ceux qui l’avaient habitée, le National Trust m’avait demandé de prononcer quelques mots.


On m’avait accordé cinq minutes. Je répondis qu’un seul mot suffisait : « Faithful », fidèle.

Fidèle, d’abord, comme Bertrand l’avait été à Napoléon, à une idée, à une conviction et à une certaine vision du monde.


Fidèle ensuite comme Fanny Bertrand l’avait été à son mari, qu’elle avait suivi dans les bouleversements successifs de leur existence, des Provinces illyriennes à l’île d’Elbe, puis de Sainte-Hélène jusqu’au retour à Châteauroux.

Mais ce mot devait aussi s’appliquer à la maison elle-même et à ce que j’espérais alors pour son avenir. Je disais :

« Faithful to a dream: Bertrand’s Cottage must be preserved for, and by, St Helena Island to allow St Helena and France to work together. In my dream it is important the Napoleonic heritage of the island should be shared. From day one, I am faithful to this idea and Bertrand’s Cottage is the key. »

J’insistais aussi sur la fragilité du bâtiment. La politique d’attente qui avait précédé sa reprise par le National Trust avait laissé des traces et, sous le climat humide de Longwood, une maison que l’on croit solide peut se dégrader avec une rapidité redoutable.

L’arrivée du National Trust me semblait alors ouvrir une possibilité nouvelle : préserver le passé sans pour autant refuser l’avenir. C’était précisément ce que cette maison pouvait symboliser. Son histoire n’avait pas à s’opposer au développement de Sainte-Hélène ; elle pouvait au contraire en devenir l’un des éléments.

Je terminais mon intervention par des mots que je relis aujourd’hui avec un sentiment particulier :

« This house is no judge. This House is a patient, a silent witness. May she look upon us kindly tomorrow for what we do today. Together. »

Dix-sept ans plus tard, cette dernière phrase donne peut-être à cette cérémonie de 2009 une résonance que je ne pouvais évidemment pas prévoir alors. La maison Bertrand avait été sauvée une première fois. Restait à savoir ce que les années suivantes allaient faire de cette promesse.

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