Le roi de Rome retrouve Longwood
Les collections des Domaines nationaux viennent de s'enrichir d'un nouveau témoignage de la captivité de Napoléon grâce à la générosité d'Éric Barthe, auquel j'adresse mes plus sincères remerciements.
Il s'agit d'une réplique du petit buste en marbre blanc du roi de Rome qui accompagna Napoléon durant son exil à Sainte-Hélène.
Cette sculpture, longtemps attribuée au sculpteur François-Joseph Bosio parce que l'Empereur lui-même était convaincu qu'il s'agissait d'un portrait commandé par Marie-Louise, n'est en réalité pas de sa main. Son auteur demeure aujourd'hui inconnu, même si l'œuvre s'inspire manifestement du célèbre portrait à l'aquarelle réalisé par Jean-Baptiste Isabey.
L'authenticité importait finalement peu à Napoléon.
Lorsqu'en juin 1817 ce buste lui fut proposé à Longwood, il savait déjà que l'histoire racontée autour de son origine était probablement embellie. Peu lui importait. Devant cette effigie de son fils, il déclara qu'il aurait payé « des millions ».
Le père parlait plus fort que l'ancien souverain.
Le buste fut immédiatement placé dans son salon, où Napoléon recevait les rares visiteurs autorisés à franchir les portes de Longwood. Il lui arrivait de le désigner d'un simple geste avant de murmurer :
« C'est mon fils. Voilà tout ce qu'ils m'en ont laissé. »
Cette phrase résume peut-être à elle seule toute la tragédie de Sainte-Hélène.
Dans les appartements de Longwood, le roi de Rome était partout. Portraits peints, miniatures, gravures, mèches de cheveux, petits bustes de plâtre ou de marbre rappelaient constamment au prisonnier celui qu'il ne reverrait jamais. Plus encore que Joséphine ou Marie-Louise, c'était l'enfant absent qui peuplait les murs de sa demeure d'exil.
L'arrivée de ce buste aux Domaines nationaux dépasse donc le simple enrichissement des collections.
Elle permet de restituer au visiteur l'une des présences les plus silencieuses et les plus émouvantes de Longwood : celle d'un fils dont le père ne conservait plus que l'image.
Je tiens à remercier très chaleureusement Éric Barthe pour ce généreux don, qui contribue une nouvelle fois à faire revivre, avec justesse et sensibilité, l'atmosphère des dernières années de Napoléon à Sainte-Hélène.
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