Translate

Instagram + site institutionnel

dimanche 28 juin 2026

L'image de Napoléon dans le répertoire traditionnel des chants populaires britanniques

Tout comme John Tyrrell dans son excellent blog, nous sommes surpris par un fait assez singulier, et pourtant largement ignoré des historiens : Napoléon est probablement la figure historique la plus présente dans le répertoire traditionnel des chants populaires britanniques. Wellington et Waterloo ne semblent pas avoir inspiré de ballades comparables ayant traversé le temps, même si Nelson et Trafalgar occupèrent incontestablement une place durable dans la mémoire populaire.



Durant les guerres de la Révolution et de l'Empire, les propagandistes du gouvernement britannique firent composer de nombreuses chansons patriotiques destinées à présenter Napoléon sous les traits de « l'ogre corse ». Curieusement, ces œuvres tombèrent rapidement dans l'oubli. Celles qui leur survécurent offrirent, au contraire, une image bien différente de l'Empereur, le présentant volontiers comme un libérateur, une victime du destin, voire un héros.



L'une d'elles, Saint Helena, exprime une profonde compassion pour le sort de Napoléon et de Marie-Louise, tout en dénonçant les « basses intrigues » et les « basses manœuvres » de ses puissants ennemis. Elle laisse également entendre que la douleur de Marie-Louise était largement partagée par l'opinion.

 

[i]Ô Bonaparte[1] a quitté ses guerres et ses combats ;
Il est parti vers une terre où plus rien ne peut le réjouir.
Là, solitaire, il peut s'asseoir et raconter
Les scènes dont il fut le témoin,
Tandis qu'il pleure, seul, sur l'île de Sainte-Hélène.

Ô Marie-Louise pleure le départ de son époux.
Elle rêve de lui pendant son sommeil
Et s'éveille le cœur brisé.
Pas un ami ne peut la consoler,
Bien que beaucoup le désireraient ;
Et elle gémit en songeant à l'île de Sainte-Hélène.

Les vagues impétueuses battent l'immense océan,
Et le fracas des flots vient se briser contre les rochers du rivage.
Il lève peut-être les yeux vers la lune
Au-dessus du grand pic de Diane,
Et son cœur se serre[2] en pensant à l'île de Sainte-Hélène.

Jamais plus on ne le verra, dans la splendeur de Saint-Cloud,
Ni conduire ses armées à la manière du grand Alexandre.
Car le jeune roi de Rome et le prince de Gehenna[3]
L'ont conduit à mourir sur l'île de Sainte-Hélène.*

Ô vous, parlements de guerre et Sainte-Alliance,
Vous pouvez désormais braver un prisonnier de guerre.
Vos basses intrigues et vos indignes manœuvres[4]
L'ont conduit à mourir sur l'île de Sainte-Hélène.

 


Une dernière strophe, d’une tonalité plus volontiers moralisatrice, semble rompre avec l’accusation véhémente de la précédente. On peut toutefois y voir un avertissement adressé aux ennemis de Napoléon : leur tour pourrait bien venir un jour. Ce couplet ne fut pas toujours chanté et, comme il en va souvent des chants populaires, il n’existe pas de version définitivement fixée. Rien ne permet donc d’affirmer avec certitude qu’il appartenait au texte d’origine ou qu’il ne fut pas ajouté ultérieurement.

[ii]Vous tous que la fortune favorise, défiez-vous de l’ambition ;
Un seul caprice du destin peut changer votre condition.
Soyez fermes tant qu’il en est temps, car nul ne connaît son lendemain ;
Autrement vos jours pourraient finir, comme les siens, à Sainte-Hélène.

 

La sympathie populaire dont Napoléon bénéficia en Grande-Bretagne s'accorde mal avec les grands récits historiographiques qui dominent encore aujourd'hui. Elle embarrasse aussi bien les historiens conservateurs, pour lesquels Wellington demeure le héros national et Waterloo le mythe fondateur d'un siècle de suprématie britannique, que nombre d'historiens issus de la tradition de gauche, qui ne voient en Napoléon qu'un contre-révolutionnaire, un dictateur et un conquérant militaire.

Ainsi, dans La Formation de la classe ouvrière anglaise, E. P. Thompson ne dit pratiquement rien de l'estime que plusieurs chefs radicaux portaient à Napoléon. Ils voyaient en lui moins le despote que la victime des monarchies absolutistes et considéraient que, malgré ses fautes, il demeurait, face aux puissances de la Sainte-Alliance, du côté de la liberté, des réformes et du progrès politique. Comme plusieurs Whigs acquis aux idées réformatrices, ils trouvaient même dans la France napoléonienne bien des sujets d'admiration que l'Angleterre de leur temps ne leur offrait plus.




Parmi les chants qui traduisent le mieux cette sensibilité radicale figure A Dream of Napoleon. Cette ballade fut recueillie au tournant du XX
siècle par Ralph Vaughan Williams auprès de Charles Crist, ancien marin marchand devenu pensionnaire d'un hospice du Norfolk. Certains lui attribuent une origine américaine, en raison de l'identification des États-Unis comme la terre de la liberté. Rien n'interdit pourtant d'y voir également l'expression d'une tradition britannique, car l'Angleterre elle-même se plaisait alors à se reconnaître comme l'un des foyers historiques de cette même liberté.

 

[iii]Le Songe de Napoléon

Une nuit, triste et languissant, je gagnai mon lit.
À peine ma tête avait-elle touché l'oreiller
qu'une étrange vision s'empara de mon esprit.
Il me sembla traverser les flots.

Mon navire fendait les profondeurs de l'océan
lorsque j'aperçus un roc sauvage, escarpé et sévère,
ce rocher où le saule semblait pleurer désormais
sur la tombe de l'illustre Napoléon.

Il me sembla que mon bâtiment s'approchait du rivage.
J'y vis cette noble figure, vêtue de vert.
La trompette de la Renommée était fermement serrée dans sa main,
et son front portait encore la vaillance et la fermeté.

« Étranger, s'écria-t-il,
es-tu venu jusqu'à moi
de cette terre de tes pères
qui se glorifie d'être libre ?
Si tel est le cas,
je vais te raconter une histoire
concernant celui qui fut jadis le célèbre Napoléon.

Souviens-toi de cette année immortelle,
me dit-il,
où je franchis les Alpes,
rendues célèbres par l'Histoire,
à la tête des légions de France,
car ses soldats faisaient ma fierté,
et je les conduisis vers l'honneur et la gloire.

Sur les plaines de Marengo[5],
je renversai la tyrannie.
Partout où mes aigles déployaient leurs étendards,
ils devenaient le drapeau de la liberté
pour le monde entier,
et le signal de la renommée »,
s'écria Napoléon.

« Comme un soldat,
j'ai connu les chaleurs et les froids,
marchant au son de la trompette et des cymbales.
Mais de sombres trahisons m'ont vendu,
alors que les monarques tremblaient devant moi.

Aujourd'hui,
rois et princes déshonorent leur rang.
Semblables à des scorpions,
ils répandent leur venin et leur haine.
Mais bientôt,
la liberté sera visible sur toute la terre... »

À cet instant,
je m'éveillai de mon songe,
tandis que résonnaient encore
les paroles de Napoléon.


 Un autre chant populaire, Boney’s Lamentation, évoquait le retour des droits de la France, « si longtemps confisqués », avant de se clore sur un trait beaucoup moins indulgent envers l'impératrice Marie-Louise, que l'auteur abandonnait sans ménagement aux jugements de l'opinion.

[iv]Adieu donc, ma royale infidèle,
Et toi, grand enfant que j’adore ;
Puisses-tu relever ce trône
Qu’on m’arrache en ce même jour.
Les rois ont joué leur partie contre moi,
Et causé cette lamentation.

 


_______________________________


Une autre ballade, Napoleon's Death, rendait un hommage singulier à deux figures que tout semblait opposer : Nelson, gloire du Norfolk, et Napoléon lui-même. Fait révélateur, Waterloo n'y faisait l'objet d'aucune célébration. Là où Trafalgar et Quatre-Bras étaient exaltées, la victoire de Waterloo n'était évoquée que comme un succès « acheté », plus acquis par l'or que remporté par les armes.


[v]Vous, les hé
ros d'aujourd'hui,
Heureux, joyeux, l'esprit léger,
Souvenez-vous donc des champions
De la terre et de la mer.

Toute la fierté de la France,
Sous ses aigles s'avança.
Ce héros venu de Corse
Voulait montrer ce qu'il valait.

Des rois, il en fit tomber plus d'un,
Des milliers d'hommes il fit pleurer.
Pourtant chacun tremblait encore
Devant l'empereur déchu,
Napoléon.

Mais voici ce héros du Norfolk,
Jamais acheté par l'or.
Gloire à lord Nelson,
Mort depuis bien des années.

À Copenhague, puis sur le Nil,
Il mena ses rangs au combat.
Puis vint le grand Trafalgar,
Où il tomba,
Où il versa son sang.

Mais le vaillant Boney, lui,
Se battait sur la terre ferme,
Tel un empereur magnifique,
Et ses soldats criaient :
« Longue vie au grand Napoléon ! »

Quand Moscou parut enfin,
Les trompettes sonnèrent bien haut.
Mais bientôt la joie fit place au deuil,
Et le deuil devint souffrance.

Car Boney, frappé de stupeur,
Vit Moscou livrée aux flammes.
Et sa brave armée fondit
Comme neige au soleil.

Revenu en France, accablé,
Il leva pourtant une autre armée.
« À la mort ou à la gloire ! »
S'écria Napoléon.

Puis il marcha vers le nord,
À la tête de ses soldats.
Devant lui Hollandais et Allemands
Fuyaient à toute allure.

Quand vint Quatre-Bras,
Il lâcha les chiens de la guerre.
Des milliers de Prussiens
Y tombèrent,
Et y laissèrent la vie.

Mais, si vaillamment qu'il combattît,
Waterloo fut achetée.
Et c'est à Sainte-Hélène
Que mourut le grand Napoléon.

Longtemps son corps reposa là,
Jusqu'au jour où des Français vinrent
Réclamer les os de Bonaparte,
La fierté de la France.

« Ramenez-le parmi les siens !
Vous apaiserez leur douleur.
Dans un tombeau de marbre
Nous déposerons son corps.

Nous couvrirons sa tombe
De toute la gloire qu'il a conquise,
Et, en lettres d'or éclatantes,
Nous y graverons ce seul nom :
NAPOLÉON.



Une vision analogue de l’histoire s’exprime dans The Grand Conversation on Napoleon. Cette ballade populaire reprend les thèmes déjà rencontrés dans d’autres chants radicaux de l’époque. Waterloo n’y apparaît plus comme une défaite militaire, mais comme une victoire achetée. Plus remarquable encore, la mort prématurée de Napoléon II, le roi de Rome, y est présentée comme l’ultime épisode d’une vaste conspiration destinée à anéantir jusqu’à l’héritage de l’Empereur. Ainsi, dans l’imaginaire populaire britannique du premier XIX siècle, l’exil de Sainte-Hélène ne marque pas seulement la chute d’un homme ; il devient le symbole d'une lutte opposant la liberté aux puissances de la Sainte-Alliance, où les vainqueurs du champ de bataille apparaissent parfois comme les véritables artisans de l'injustice.


[vi]La Grande Conversation sur Napoléon

C’est sur ce rivage battu par les vents,
Disait-on, qu’un ami de Bonaparte
Errait parmi les sables et les hautes falaises
De la côte de Sainte-Hélène.
Le vent soufflait comme un ouragan,
Les éclairs déchiraient le ciel,
Les mouettes poussaient leurs cris,
Et les vagues mugissaient tout autour.

« Apaisez-vous, vents farouches ! » s’écria l’étranger,
« Tandis que je parcours ce lieu
Où, hélas, le vaillant héros
Ferma pour toujours ses yeux fatigués.
Si son corps repose désormais en paix,
Son nom, lui, ne tombera jamais dans l’oubli. »
Ainsi naquit cette grande conversation sur Napoléon.

« Hélas ! pourquoi, Angleterre,
As-tu persécuté ce héros magnanime ?
Mieux eût valu le voir tomber
Sur le champ de Waterloo.
Car Napoléon fut l’ami
Des braves, jeunes comme vieux.
Partout où il passait,
L’or circulait en abondance.

Tandis que, jour et nuit,
Se tramaient les complots destinés à le perdre,
Il disait :
“J’irai jusqu’à Moscou,
Là, j’apaiserai mes tourments.
Et si la fortune me sourit encore,
Le monde entier m’obéira.” »
Ainsi naquit cette grande conversation sur Napoléon.

Alors, par milliers, ses soldats se levèrent
Pour surprendre Moscou.
Il conduisit son armée
À travers les Alpes,
Sous le froid, sous la neige.
Mais lorsqu’il approcha de la terre russe,
Il ouvrit enfin les yeux :
Moscou n’était plus qu’un immense incendie,
Et les hommes couraient en tous sens.

Napoléon contempla sans faiblir
Cette plaine de désolation.
Puis, le cœur déchiré, il s’écria :
« En arrière, mes braves !
Le temps nous échappe. »
Que de milliers périrent
Durant cette retraite,
Au point que certains durent
Se nourrir de la chair de leurs chevaux.
Ainsi naquit cette grande conversation sur Napoléon.

À Waterloo,
Ils combattirent vaillamment
Sous les ordres de Bonaparte.
Mais le maréchal Ney le trahit,
Corrompu par l’or.
Et lorsque Blücher lança les Prussiens à l’assaut,
Le cœur de Napoléon se brisa.

« Mes trente mille hommes sont perdus,
Je suis vendu ! » s’écria-t-il.

Il promena son regard
Sur le champ de bataille,
Puis fit franchir la plaine
À son cheval favori.
Partout régnaient le désordre,
Le sang et les mourants.

Alors la bande des Roses
S’avança hardiment
Et pénétra en France.
Ainsi naquit cette grande conversation sur Napoléon.

On décida ensuite
Que Bonaparte serait prisonnier
Au-delà des mers,
Sur les rochers de Sainte-Hélène,
Dernière étape de son destin.
Là, il devait demeurer captif
Jusqu’à ce que la mort
Mît un terme à ses souffrances.

Son fils le suivit bientôt dans la tombe :
Quel terrible complot !

Depuis longtemps déjà,
Tous deux reposent dans la mort,
Tandis que le souffle de la guerre
Continue de parcourir le monde.

Puisse désormais notre flotte
Reprendre la mer
Pour affronter encore
Les ennemis les plus audacieux.

Et vous, mes garçons,
Quand l’honneur appellera,
Nous monterons hardiment
Sur nos murailles de bois.

Ainsi naquit cette grande conversation sur Napoléon.

 Les dernières lignes, peut-être ajoutées dans un élan de patriotisme, semblent établir une distinction entre les guerres que Napoléon mena sur le continent, lesquelles concernaient finalement assez peu le peuple britannique, et la menace d'une invasion des îles, qui relevait d'un tout autre registre.



Enfin, une chanson, The Bonny Bunch of Roses, laisse percer une véritable compassion pour le destin de Napoléon II, privé de l'héritage de son père et incapable de reconquérir son trône. Elle qualifie également Napoléon de « brave », épithète que les adversaires du gouvernement britannique employaient volontiers durant les années de la captivité à Sainte-Hélène. Si cette ballade recourt aux symboles patriotiques de la rose et du Heart of Oak, emblème traditionnel de la Royal Navy, elle s'achève pourtant sur une image ambiguë : les exploits de Napoléon continueront, malgré tout, à laisser leur aiguillon dans « le beau bouquet de roses ».


[vii]Le beau bouquet de roses

Au bord de l'océan, un matin,
au mois de juin,
Quand les oiseaux chanteurs faisaient entendre
leurs plus douces mélodies,
J'aperçus une femme
accablée de tristesse et de douleur,
Qui s'entretenait avec le jeune Bonaparte
du beau bouquet de roses.

Alors le jeune Napoléon,
assis près des genoux de sa mère,
prit la parole :

« Ô ma chère mère, prenez patience ;
attendez encore, et vous verrez.
Je lèverai une puissante armée ;
je traverserai les plus grands périls,
Et, malgré l'univers tout entier,
je vaincrai le beau bouquet de roses. »

« Mon fils, ne parle pas avec tant d'audace.
L'Angleterre est le cœur de chêne.
L'Angleterre, l'Irlande et l'Écosse :
jamais leur union ne fut rompue.
Mon fils, songe à ton père :
son corps repose à Sainte-Hélène.
Tu pourrais suivre son destin ;
prends donc garde au beau bouquet de roses. »

Car il avait rassemblé trois cent mille hommes,
des rois et des princes autour de lui.
Il était si puissamment préparé
qu'il semblait pouvoir entraîner le monde entier.
Mais lorsqu'il arriva devant Moscou,
la neige impitoyable eut raison de son armée.
Moscou était livrée aux flammes,
et il perdit le beau bouquet de roses.

« À présent, ma mère, adieu pour toujours,
car me voici sur mon lit de mort.
Si j'avais vécu, peut-être serais-je devenu un grand homme ;
mais désormais je baisse la tête.
Et lorsque mes os tomberont en poussière,
sous les saules pleureurs qui croîtront au-dessus de moi,
Les hauts faits du brave Napoléon
continueront de piquer le beau bouquet de roses. »[6]



 Où et comment naquirent ces chansons, nul ne saurait probablement plus le dire. Les unes vinrent peut-être d'Amérique, d'autres d'Irlande ; toutes finirent pourtant par trouver en Angleterre leur véritable patrie. À force d'être transmises de bouche en bouche, elles cessèrent d'appartenir à ceux qui les avaient composées pour entrer dans ce domaine plus vaste où les auteurs s'effacent devant le peuple qui les chante. Pendant près d'un siècle après Waterloo, elles accompagnèrent ainsi la vie quotidienne des Anglais, jusqu'à devenir moins des chansons sur Napoléon que des fragments de leur propre mémoire.




[1] J'ai conservé « Bonaparte » dans le premier vers, car Boney est le diminutif populaire britannique de Bonaparte. Le traduire par « Napoléon » ferait perdre cette coloration populaire.

 

[2] J'ai traduit grieves par « son cœur se serre », plus poétique que « il s'afflige ».

 

[3] Le vers « the young king of Rome and the prince of Gehenna » est volontairement obscur. Le « prince of Gehenna » est une image biblique désignant le prince de l'Enfer (Satan). Beaucoup pensent qu'il s'agit ici d'une corruption du texte transmise oralement, car cette juxtaposition avec le Roi de Rome est difficile à interpréter. Je conserverais donc cette étrangeté, qui fait partie de l'intérêt de la ballade, en l'accompagnant d'une note explicative plutôt que d'une tentative de rationalisation.

 

[4] Pour base misdemeanours, « indignes manœuvres » me paraît préférable à « méfaits », car le texte dénonce davantage des agissements politiques que des crimes au sens juridique.

 

[5] « On the plains of Marengo I tyranny hurled » est volontairement propagandiste. L'auteur radical anglais reprend ici le discours napoléonien lui-même : Marengo n'est plus seulement une victoire militaire, mais la défaite symbolique de la tyrannie et le triomphe de la liberté. C'est précisément cette interprétation politique qui rend cette chanson si précieuse pour démontrer combien une partie des milieux populaires et radicaux britanniques associait encore Napoléon à la cause de la liberté, malgré Waterloo et Sainte-Hélène.

[6] Je trouve particulièrement remarquable la dernière strophe. Malgré son apparence patriotique, elle s'achève sur une forme de victoire posthume de Napoléon : mort, il ne reconquerra plus aucun royaume, mais sa mémoire demeurera une épine dans la conscience britannique. Cette conclusion est beaucoup plus subtile qu'elle n'en a l'air et explique pourquoi cette chanson a pu être reprise aussi bien par des chanteurs patriotes que par des sympathisants de la cause napoléonienne.



[i] Oh, Boney's away from his wars and his fightings,

He is gone to a land where naught can delight him.

And there he may sit down and tell

the scenes he's seen, oh,

While alone he does mourn on the Isle of

Saint Helena.

 

Oh, Louisa she weeps for her husband's departing.

She dreams when she sleeps

and she wakes broken-hearted.

Not a friend to console her,

though there's many would be with her,

And she mourns when she thinks on the Isle of

Saint Helena.

 

Oh the rude rushing waves o'er the ocean

are beating,

And the loud billows' roar on the shore's rocks are beating.

He may look to the moon o'er the great Mount Diana

And he grieves as he thinks on the Isle of

Saint Helena.

 

No more in Saint Cloud he'll be seen in such splendour

Or go on with his wars like the great Alexander,

For the young king of Rome and the prince of Gehenna

Have caused him to die on the isle of

Saint Helena.*

 

Oh you parliaments of war and your Holy Alliance,

To a prisoner of war you may now bid defiance,

For your base intrigues and your base misdemeanors

Have caused him to die on the Isle of Saint Helena. 

[ii] All you who have wealth, beware of ambition,

For a small cast of fate could soon change your condition.

Be steadfast in time,for what's to come you know not,

Or your days they may end, like his, on Saint Helena.



 

[ii] A Dream of Napoleon

One night sad and languid I went to my bed

But I scarce had reclined on my pillow

When a vision surprising came into my head;

Methought I was traversing the billow.

One night as my vessel dashed over the deep

I beheld a rude rock that was craggy and steep,

The rock where the willow now seemèd to weep

O'er the grave of the once famed Napoleon.

 

Methought that my vessel drew near to the land;

I beheld clad in green this bold figure.

With the trumpet of fame claspèd firm in his hand,

On his brow there was valour and rigour.

“O stranger,” he cried, “hast thou ventured to me

From that land of thy fathers

who boast they are free?

If so a tale I'll tell unto thee

Concerning the once famed Napoleon.”

 

“Remember that year so immortal,” he cried,

“When I crossed the rude Alps famed in story

With the legions of France,

for her sons were my pride,

As I led them to honour and glory.

On the plains of Marengo I tyranny hurled

And wherever my banners the eagle unfurled

'Twas the standard of freedom all over the world

And a signal of fame,” cried Napoleon.

 

“Like a soldier I've been in the heat and the cold,

As I marched to the trumpet and cymbal,

But by dark deeds of treachery I have been sold,

While monarchs before me have trembled.

Now rulers and princes their station demean,

And like scorpions spit forth their venom and spleen,

But liberty soon o'er the world shall be seen,”

As I woke from my dream, cried Napoleon.

 

 

 

[iv] So fare thee well my royal whore,

And offspring great that I adore,

May you reinstate that throne,

That's torn away this very day,

Kings with me have had their play,

And caused this Lamentation.

 

[v] You heroes of the day

Who are happy, blithe and gay,

Only think of former champions

By land and sea.

 

The total pride of France

With his eagles did advance,

This hero come from Corsica

To prove himself a don.

 

Many kings he did dethrown

And some thousands caused to mourn,

Yet winced that long lost emperor,

Napoleon.

 

Now this Norfolk hero bold

Who was never bribed with gold,

All glory to Lord Nelson,

Now a long time dead.

 

To Copenhagen, and the Nile,

He advanced in rank and file,

He fought at great Trafalgar

Where he fell and where he bled.

 

But bold Boney fought on land

Like an emperor so grand,

And his soldiers cried, “Long life

To Great Napoleon.”

 

When Moscow came in view

Then their trumpets loudly blew,

But soon it turned their joy to grief

And turned their grief to pain.

 

For Boney in a daze

Beheld all Moscow in a blaze,

And his gallant army melted

Just like snow before the sun.

 

Back to France he went amazed

And another army raised,

And it's “Oh, for death and glory,”

Cried Napoleon.

 

Then northward out of France

With his army he advanced,

He made the Dutch and German

Fast before him fly.

 

And when at Quatre Bras,

He let loose the dogs of war,

Many thousand Prussians there did fall

And there did die.

 

But though bravely there he fought

Waterloo was bought,

And he died on St Helena,

Great Napoleon.

 

Long time his body lay

Till some Frenchmen came that way

To beg the bones of Bonaparte,

The Frenchmen's pride.

 

Oh, bring him back again,

It will ease the Frenchmen's pain,

And in a tomb of marble

We will lay his body low.

 

We will decorate his tomb

With the glory he has won,

And in letters of bright gold

Inscribed “Napoleon.”

 

[vi] It was over that wild beaten track

'twas said a friend of Bonaparte's

Did pace the sands and the lofty rocks

 of St Helena's shore,

And the wind it blew a hurricane,

the lightning fierce around did dart,

The seagulls were a-shrieking

and the waves around did roar.

Ah hush, rude winds, the stranger cried,

 while I range the spot

Where alas the gallant hero

did his weary eyelids close.

And though at peace his limbs do rest,

his name will never be forgot.

This grand conversation on Napoleon arose.

 

Oh alas, he cried, why England

did you persecute that hero bold?

Much better had you slain him

on the plains of Waterloo.

For Napoleon he was a friend

to heroes all, both young and old,

He caused the money for to

fly wherever he did go.

When plans were forming night and day,

the bold commander to betray,

He said, I'll go to Moscow

and there I'll ease my woes.

And if fortune smiles on me that day,

then all the world shall me obey,

This grand conversation on Napoleon arose.

 

Oh his men in thousands then did rise

 to conquer Moscow by surprise,

He led his troops across the Alps

 oppressed by frost and snow,

And being near the Russian land,

he then began to open his eyes,

For Moscow was a-blazing

and the men drove to and fro.

Napoleon dauntless viewed the plain

and then in anguish at the same,

He cried, Retreat me gallant men,

 for time so swiftly goes.

Ah what thousands died in that retreat,

some forced their horses for to eat.

This grand conversation on Napoleon arose.

 

At Waterloo they bravely fought,

 commanded by this Bonaparte,

Field Marshall Ney did him betray,

but he was bribed by gold.

And when Blucher led the Prussians,

it nearly broke Napoleon's heart.

He cried, my thirty thousand men are lost,

and I am sold.

He viewed the plain and cried, all's lost,

and then his favourite charger crossed,

The plain was in confusion with blood and dying woes.

And the bunch of roses did advance

and boldly entered into France.

This grand conversation on Napoleon arose.

 

Oh, this Bonaparte was plann'd

 to be a prisoner across the sea,

The rocks of St Helena, oh,

 it was his final spot.

And as a prisoner there to be

till death did end his misery.

His son soon followed to the tomb:

it was an awful plot.

And long enough have they been dead,

the blast of war around us spread,

And may our shipping float again

to face the daring foes.

And now my boys when honour calls

we'll boldly mount those wooden walls.

This grand conversation on Napoleon arose.

 

[vii] By the margins of the Ocean, one morning

in the month of June,

Where feathered, warbling, songsters,

their charming notes did sweetly tune.

There I beheld a female, she seemed to be

in great grief and woe,

Conversing with young Bonaparte,

Concerning the bonny bunch of roses, O.

Then up and spoke young Napoleon, as he was seated all by his mother's knee,

O mother dear have patience, just wait and

you will surely see.

I will raise a mighty army, and

through tremendous dangers I will go,

And in spite of all the universe

I will conquer the bonny bunch of roses, O.

 

O son don't speak so venturesome, for England

she is the heart of oak.

And England, Ireland and Scotland, their unity

has ne'er been broke.

O son think on your father, in St Helena his body lies Low,

And you might follow after,

So beware the bonny bunch of roses, O.

 

For he took three hundred thousand men and kings

and princes to join his throng

He was so well provided, he might have

carried the world along.

But when he came to Moscow, they were overpowered

by driving snow,

And Moscow was a-blazing

And he lost the bonny bunch of roses, O.

 

Now it's mother adieu for ever, for now

I'm on my dying bed,

If I'd lived sure I might have been clever, but

now I hang my drooping head,

And whilst my bones lie mouldering and weeping willows

all over me do grow,

The deeds of brave Napoleon

Will sting the bonny bunch of roses, O.

 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire