Il existe, au-delà des frontières de la République, quelques domaines français historiques dispersés entre l’Europe, le Proche-Orient et l’océan Atlantique.
| Domaine national de Longwood, 2014 |
Ces domaines sont des propriétés de l’État français situées sur le territoire de pays souverains. Ils ne constituent pas des enclaves : la France n’y exerce pas de souveraineté politique pleine et entière, même si des dispositions particulières peuvent s’y appliquer en raison de leur statut spécifique.
Ces lieux, singuliers par leur histoire, témoignent d’un passé diplomatique, culturel et religieux dense. La liste qui suit n’est peut-être pas absolument exhaustive, mais elle permet de saisir l’ampleur et la diversité de ces implantations.
1 – Les Pieux Établissements de la France à Rome et à Lorette
Placés sous la tutelle de l’ambassade de France auprès du Saint-Siège, les Pieux Établissements résultent de donations anciennes.
Ils comprennent notamment :
Cinq églises et leurs dépendances :
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La Trinité-des-Monts
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Saint-Louis-des-Français et le couvent attenant
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Saint-Nicolas-des-Lorrains
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Saint-Yves-des-Bretons
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Saint-Claude-des-Francs-Comtois de Bourgogne
S’y ajoutent plusieurs immeubles à Rome ainsi que la chapellenie de l’église de Lorette et quelques hectares attenants.
2 – La Villa Médicis
Toujours à Rome, la Villa Médicis constitue l’un des symboles majeurs de la présence culturelle française à l’étranger.
L’Académie de France à Rome, créée en 1666 sous l’impulsion de Colbert, permit à des artistes tels que Boucher, Fragonard ou Houdon de parfaire leur formation. Supprimée au début de la Révolution, elle fut rétablie en 1795 par le Directoire.
Le 18 mai 1803, l’Académie quitta le Palais Mancini pour s’installer à la Villa Médicis, ancienne résidence du cardinal Ferdinand de Médicis au XVIᵉ siècle. Depuis lors, d’illustres pensionnaires — Gounod, Debussy, Berlioz ou Bizet — y ont travaillé.
La Villa Médicis demeure, en quelque sorte, l’ambassade de l’art français à Rome.
3 – Au Proche-Orient
Plusieurs domaines français sont situés en Israël et à Jérusalem :
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L’église Sainte-Anne, construite sur le site supposé de la maison des parents de la Vierge Marie et proche de la piscine de Bethesda.
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Abou-Gosh (Abu Gosh), ancienne commanderie croisée comprenant une église et une crypte, aujourd’hui abbaye bénédictine.
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L’Eleona, lieu traditionnellement identifié comme celui où le Christ aurait enseigné le Notre-Père.
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Le Tombeau des Rois, mausolée attribué à la princesse Hélène d’Adiabène.
Ces sites, à forte charge spirituelle et historique, relèvent d’un régime particulier hérité du XIXᵉ siècle.
| Domaine national de la Tombe de Napoléon |
4 – Sur l’île de Sainte-Hélène
Dans l’Atlantique Sud, trois domaines français sont situés sur le territoire britannique de Sainte-Hélène :
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Longwood House, où Napoléon passa les dernières années de son exil.
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La Vallée du Géranium (Vallée du Tombeau).
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Le Pavillon des Briars.
Longwood House et la Vallée du Tombeau furent acquis par Napoléon III auprès du gouvernement britannique. Le Pavillon des Briars fut offert à la France en 1959 par l’arrière-petite-fille de William Balcombe.
Ces propriétés constituent un cas emblématique de dissociation entre propriété domaniale française et souveraineté britannique.
| Domaine national des Briars |
5 – La forêt de l’Obermundat
La forêt de l’Obermundat, près de Wissembourg (Bas-Rhin), offre un autre exemple de domaine français situé hors du territoire national.
Initialement française, elle fut rattachée à la Bavière rhénane en 1815. Après la Seconde Guerre mondiale, elle fut provisoirement réunie à la France afin d’assurer l’approvisionnement en eau de la ville de Wissembourg.
Le 23 avril 1949, l’ordonnance 212 du général Koenig formalisa son annexion provisoire au département du Bas-Rhin.
Un accord franco-allemand du 10 mai 1984 rétablit la frontière antérieure tout en maintenant la propriété foncière française de la forêt (à l’exception des ruines du château du Guttenberg). Aujourd’hui, cette forêt domaniale française située en Allemagne est gérée par l’Office national des forêts.
Ces domaines, dispersés à travers le monde, illustrent la complexité des héritages diplomatiques et juridiques du XIXᵉ siècle.
Ils rappellent surtout que la présence d’un État ne se limite pas à la souveraineté politique. Elle peut aussi s’inscrire dans la mémoire, dans la culture et dans la propriété.
Et parfois, comme à Sainte-Hélène, dans le silence d’un plateau battu par les vents.
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