Sainte-Hélène est l’une des dernières possessions héritées de l’Empire britannique.
Confetti volcanique posé au milieu de l’Atlantique Sud, elle pourrait n’être qu’un point discret sur les cartes. Pourtant, pour le monde entier — et même pour les Anglo-Saxons eux-mêmes — son nom demeure indissociable de celui de l’empereur des Français.
| Parloir, Longwood House |
Ainsi, cette île lointaine est devenue un trait d’union paradoxal entre deux grandes et anciennes nations, longtemps rivales, souvent ennemies, mais toujours liées.
En 1815, lorsque Napoléon fut relégué à Sainte-Hélène, l’Europe sortait exsangue de plus de vingt années de bouleversements. Monarchies absolues et régimes libéraux coexistaient dans un équilibre fragile ; conservatisme et libéralisme s’observaient, s’opposaient ; les mouvements nationaux commençaient à s’affirmer.
Comme l’écrivait Gilbert Martineau :
« En 1815, Napoléon mis sous clé à Sainte-Hélène, l'Angleterre et la France s'étaient retrouvées comme après Picquigny mais dans une Europe en ébullition, où monarchies absolues et régimes libéraux coexistaient, conservatisme et libéralisme allaient s'affronter et les mouvements de nationalités s'affirmer. Les deux nations, qui faisaient figure de directeurs de conscience, n'avaient d'autre choix que d'esquisser un rapprochement. »
— Gilbert Martineau, L’Entente cordiale, Éditions France-Empire, 1984
L’épisode de Sainte-Hélène marque une césure.
Depuis l’installation de Napoléon sur le rocher atlantique, la France et la Grande-Bretagne ne se sont plus jamais affrontées directement sur un champ de bataille. Les rivalités ont subsisté, les divergences ont perduré, quelques esclandres ont ponctué l’histoire. Mais la guerre ouverte entre les deux nations s’est tue.
Sainte-Hélène est ainsi devenue, presque malgré elle, un monument naturel que l’histoire s’est approprié. Lieu d’exil, lieu de captivité, elle s’est transformée en symbole discret d’une réconciliation progressive.
Entre mémoire française et souveraineté britannique, l’île incarne aujourd’hui cette entente devenue structurelle.
Sur ce plateau battu par les vents, l’histoire des conflits s’est muée en mémoire partagée.
Et lorsque le soir descend sur Longwood, il ne distingue plus les anciennes frontières : il enveloppe simplement un lieu où deux nations ont appris, lentement, à se reconnaître autrement.
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