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mardi 10 février 2026

Les Héléniens dans l’héritage métis du Cap

Coincé au Cap, une fois encore, en attendant la réouverture de l’aéroport, je me retrouve en Afrique du Sud face à ce que Sainte-Hélène a toujours su m’enseigner : l’isolement n’est jamais seulement une contrainte logistique, il est aussi une invitation à la mémoire.

1634, Guerard.  from Carte universelle hydrographique Bibliotheque Nationale de France

 

L’île de Sainte-Hélène, dans l’Atlantique Sud, fut occupée par la Compagnie anglaise des Indes orientales à partir de 1659, avant de devenir officiellement colonie britannique en 1836. 

Dès la seconde décennie du XVIIIᵉ siècle, la population de Sainte-Hélène comptait 542 Blancs et 411 esclaves, principalement originaires d’Afrique et des Indes orientales. Dans les années 1820, on dénombrait 821 colons blancs, une garnison militaire de 820 hommes, environ 1 500 esclaves, plus de 600 travailleurs chinois sous contrat et quelque 500 Noirs libres.

Lithographie « Sandy Bay Valley in the island of St.Helena » de Henry Salt – 1809 


Après l’abolition de l’esclavage, nombre d’anciens esclaves restèrent sur l’île et s’unirent aux colons blancs ainsi qu’aux autres communautés qui formaient la société hélénienne. À cette époque, Sainte-Hélène était administrée comme une colonie de la Couronne britannique depuis le Cap, ce qui explique les liens étroits, durables et humains entre l’île et l’Afrique du Sud.

Dans la période qui suivit immédiatement l’abolition de la traite, jusque dans les années 1850, la Royal Navy captura de nombreux navires négriers en haute mer. Le Cap et Sainte-Hélène furent les deux principaux ports où débarquaient les esclaves ainsi « libérés ». Ces captifs, appelés Prize Negroes, étaient contraints à un engagement de quatorze années comme ouvriers au Cap avant de pouvoir accéder à la liberté. Ils furent connus sous le nom de Cape Prize Boys.

On estime à environ 8 000 le nombre de ces Prize Negroes débarqués au Cap, les derniers arrivant en 1856. Pour ces esclaves sous contrat, la servitude ne prit réellement fin qu’en 1870. Plus largement, on estime qu’environ 63 000 esclaves furent amenés au Cap entre 1653 et 1807. L’ajout des 8 000 Prize Negroes africains porte la proportion d’esclaves africains et malgaches à 57,2 % de l’ensemble des esclaves arrivés au Cap (24 % venant d’Inde et 18,7 % des îles indonésiennes). À cela s’ajoutèrent, très probablement, de nombreux apports illégaux.

Esclaves de confession musulmane sur le pont d'un bâtiment
 après leur libération (Collection Melliss)


À Sainte-Hélène, des Prize Slaves devinrent également des travailleurs sous contrat sur l’île, ou reçurent la possibilité de rejoindre les Antilles comme hommes libres — option de loin la plus attractive.

De nombreux insulaires de Sainte-Hélène gagnèrent aussi le Cap en tant que travailleurs engagés. Ces quelque 2 000 "Saints", comme on appelait déjà les habitants de l’île, étaient issus d’un métissage complexe mêlant Britanniques, Chinois, esclaves africains, esclaves orientaux et Noirs libres. Au Cap, ils s’intégrèrent largement à la communauté dite Coloured. Aujourd’hui encore, de nombreuses familles du Cap conservent des liens vivants avec Sainte-Hélène.

Les Saints, les Manillas, les Kroomen, les Mosbiekers, les Prize Boys, ainsi que les créoles chinois Peranakan (huan-na), constituent autant de strates méconnues de la mosaïque identitaire Coloured. Elles viennent compléter l’héritage khoï, san, xhosa, européen et afro-indo-esclave qui façonne l’histoire humaine du Cap.

dimanche 8 février 2026

Fermeture de l'aéroport de Sainte-Hélène suite à un incident majeur #2

 




Sainte-Hélène : l’aéroport obtient la certification Catégorie 4

L’St Helena Airport a annoncé avoir obtenu l’agrément réglementaire de Airport Safety Support International (ASSI) lui permettant désormais d’opérer en catégorie 4.

Cette certification autorise l’utilisation de l’aéroport par des aéronefs légers, notamment pour des évacuations médicales, offrant ainsi une garantie supplémentaire à la population en cas d’urgence sanitaire. Elle ouvre également une voie aérienne alternative pour l’acheminement de pièces détachées essentielles et de personnels techniques spécialisés, jusqu’ici fortement dépendants du transport maritime.

Pour rappel, la catégorie de sauvetage et de lutte contre l’incendie aéronautique détermine les types d’appareils qu’un aéroport peut accueillir en toute sécurité, en fonction de ses moyens opérationnels. L’accession à la catégorie 4 a été rendue possible grâce au soutien du service hélénien des pompiers et du secours et à un programme de formation complémentaire dispensé au personnel aéroportuaire.

⚠️ Important : cette évolution ne permet pas la reprise des vols commerciaux réguliers d’Airlink, lesquels nécessitent une catégorie 6.


🛫 Situation opérationnelle et informations pratiques

Le Gold Command continue de se réunir quotidiennement et travaille activement, en lien avec les agences locales et les partenaires internationaux, au retour progressif à une exploitation normale de l’aéroport (catégorie 6), dans les meilleures conditions de sécurité.


Fermeture de l'aéroport de Sainte-Hélène suite à un incident majeur #1



 L’aéroport de Sainte‑Hélène est actuellement partiellement fermé aux vols commerciaux en raison d’un problème de sécurité lié aux véhicules de lutte contre l’incendie, ce qui a conduit à l’annulation de tous les vols Airlink au moins jusqu’au 20 février 2026.

Nature du problème

  • Les autorités ont constaté un manque de fiabilité des véhicules de secours incendie (« fire tenders »), essentiels pour la sécurité des opérations aériennes.

  • Le régulateur aérien doit donc rétrograder l’aéroport en‑dessous de la catégorie 6, le niveau requis pour les vols réguliers d’Airlink.

Conséquences sur les vols

  • Airlink a suspendu tous ses vols vers et depuis Sainte‑Hélène « avec effet immédiat », en parlant de « difficultés opérationnelles » à l’aéroport.

  • Le gouvernement de Sainte‑Hélène indique que ces annulations devraient concerner tous les vols au moins jusqu’au 20 février 2026, avec une réévaluation ensuite.

Situation locale et gestion de crise

  • Le « St Helena Resilience Forum » a déclaré un « Major Incident » (incident majeur), ce qui donne la conduite des opérations au Chief Secretary avec une cellule de crise dédiée.

  • Les autorités étudient si les évacuations médicales (medevacs) pourront continuer et affirment que aucun avion ne volera tant que les normes de sécurité ne seront pas pleinement respectées.

Si vous avez un vol réservé

  • Les passagers sont invités à contacter Solomons (l’agent local) ou Airlink pour les modifications de réservation et l’assistance.

  • Airlink redirige les clients vers son service de réservation téléphonique ou leurs agences de voyage habituelles.

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    The St Helena Government regrets to inform the public that St Helena Airport is currently unable to operate as normal. Following technical assessments, the aviation regulator is expected to confirm that the airport must be downgraded from Category 6. This decision is based on fixed international safety requirements and a lack of confidence in the operational readiness of the fire tenders, meaning the airport cannot safely support standard flight operations at this time.

    A downgrading from Category 6 means Airlink will not operate. As such Airlink flights will be cancelled until the issue can be resolved. We believe at this stage that this will affect all flights until at least 20 February. We will keep future flights under review until we can give certainty around the resumption of business as usual. We are working to confirm whether medical evacuation flights will be affected.

    We recognise that this will affect many people, including those with upcoming travel plans, those expecting visitors and individuals with urgent medical needs that require travel off-Island. We know this will cause concern and we are deeply aware of the disruption this situation creates for families, businesses and the wider community.

    We are working urgently with all stakeholders to understand the full impact. This includes close cooperation with Airlink, Solomons and other partners so that we can address questions, provide clarity where possible and ensure that advice and updates are consistent and timely.

    Our priority is to restore normal operations as quickly and safely as possible. We are assessing all available options. No aircraft will operate until we are fully confident that the airport meets the safety standards required to keep passengers, crew and staff safe.

    In response to this situation, a Major Incident has been declared. This means that the Chief Secretary has assumed control as Gold Commander and is directing the response to this incident through a Gold Command group comprising key stakeholders. The Chief Secretary will keep Executive Council informed and ensure public messaging is updated. Operational contact points will be shared as soon as possible.

    As we receive further information we will share it with the public and will continue to work with partners to explore all possible solutions for those affected.

    We thank everyone for their patience and understanding while we work to resolve this situation.

    For those with flight bookings, please contact Solomons or Airlink:

    Solomons phone: 22523

    Solomons email: flights@solomons.co.sh

     

jeudi 8 janvier 2026

Autre exil: celui de Dinuzulu kaCetshwayo

L’histoire de Dinuzulu kaCetshwayo croise celle de Sainte-Hélène de manière plus profonde et plus humaine qu’on ne l’imagine souvent. Fils du roi Cetshwayo, dernier souverain zoulou officiellement reconnu par les Britanniques, Dinuzulu naît en 1868 dans un monde déjà fragilisé par la défaite et la fragmentation du royaume zoulou à l’issue de la guerre anglo-zouloue. Son destin est celui d’un héritier menacé, déplacé, puis progressivement enfermé dans les logiques coloniales de l’exil.


Dinuzulu kaCetshwayo


Trop jeune pour succéder à son père à la mort de celui-ci, Dinuzulu est d’abord soustrait au danger et mis à l’abri dans le Transvaal. Autour de lui, alliances, rivalités et calculs politiques redessinent une géographie instable du pouvoir. Reconnu roi après la victoire d’Etshaneni en 1884, il demeure néanmoins sous surveillance constante, soupçonné d’incarner une continuité dynastique que l’autorité coloniale souhaite précisément dissoudre.

C’est dans ce contexte que s’inscrit son exil à Sainte-Hélène, prononcé après les troubles zoulous de la fin des années 1880. En mars 1890, Dinuzulu débarque à Jamestown avec ses oncles, des membres de leur entourage, des épouses, des serviteurs et quelques effets personnels qui disent déjà la singularité de cette relégation : des animaux, des instruments de musique, des objets de la vie quotidienne. L’exil n’est pas ici une cellule, mais un éloignement total, une mise à distance du monde d’origine.

À Sainte-Hélène, Dinuzulu n’est ni enfermé ni isolé. Il circule, rencontre, se mêle à la population locale. Il devient même une figure populaire. Des mariages ont lieu entre membres de sa suite et des habitantes de l’île ; des enfants naissent. Deux d’entre eux, morts en bas âge, reposent encore aujourd’hui dans le cimetière de St Paul’s, inscrivant matériellement la mémoire zouloue dans le sol hélénien. Peu de destins illustrent avec autant de force la manière dont Sainte-Hélène devient, au fil du XIXᵉ siècle, une île-archive des empires.

L’exil dure près de huit ans. Lorsqu’il quitte finalement l’île en décembre 1897, son entourage s’est agrandi, et l’expérience l’a profondément transformé. Les témoignages contemporains, parfois marqués par un regard colonial condescendant, soulignent néanmoins l’empreinte durable de ce séjour. Sainte-Hélène n’a pas été une parenthèse neutre : elle fut un temps de recomposition personnelle, familiale et politique.

De retour en Afrique australe, Dinuzulu ne retrouvera jamais pleinement sa place. Accusé d’avoir soutenu indirectement la révolte de Bambatha en 1906, jugé, condamné puis partiellement gracié, il meurt en 1913, à quarante-cinq ans seulement. Son fils Solomon, né à Sainte-Hélène en 1891, lui succède symboliquement, rappelant que l’exil hélénien ne fut pas un simple épisode, mais un moment fondateur de la continuité dynastique zouloue.

À travers Dinuzulu, Sainte-Hélène apparaît une fois encore comme un lieu d’exil, de mémoire et de transmission, où se croisent les trajectoires de souverains déchus, d’empires en recomposition et de familles déplacées. L’île ne conserve pas seulement les traces de Napoléon : elle garde aussi celles d’un roi africain, dont le destin, arraché à son territoire, s’est inscrit durablement dans le paysage humain et funéraire hélénien.

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Ce collier, dont subsistent aujourd’hui quelques perles de bois, appartenait à Dinuzulu kaCetshwayo, roi zoulou et ancien exilé de Sainte-Hélène. Objet modeste en apparence, il condense pourtant une histoire complexe de pouvoir, de dépossession et de transmission.

Dans les années 1920, Baden-Powell remit à son adjoint, Sir Percy Everett, un ensemble de six perles de bois provenant du collier originel de Dinuzulu. Il s’agissait d’un geste symbolique fort : ces perles répondaient à celles portées par le Chief Scout lui-même, inscrivant un héritage africain, arraché à son contexte royal, dans une nouvelle chaîne de commandement et de rites.

En 1949, Percy Everett transmit à son tour ces six perles à John Thurman, alors Camp Chief, avec pour consigne qu’elles soient remises, le moment venu, à son successeur. Depuis lors, ces fragments circulent comme une relique discrète, détachée de leur origine première mais toujours chargée de mémoire.

À travers ces perles, c’est une part de l’histoire de Dinuzulu qui continue de voyager : celle d’un roi vaincu, déplacé, exilé à Sainte-Hélène, puis progressivement absorbé par les récits et les institutions de l’Empire. Comme souvent, l’objet survit à l’homme — et, silencieusement, il témoigne.



Les Domaines nationaux français de Sainte-Hélène conservent par ailleurs un autre témoignage matériel de cet exil : le fauteuil sur lequel Dinuzulu prenait place durant son séjour sur l’île. Cet objet, d’une grande force symbolique, est aujourd’hui présenté en dépôt au musée de Jamestown, où il rappelle silencieusement la présence du souverain zoulou à Sainte-Hélène et l’inscription durable de son histoire dans le paysage hélénien.

À travers ces objets — perles de bois et fauteuil d’exil — c’est une part de l’histoire de Dinuzulu qui continue de voyager : celle d’un roi déplacé, observé, puis peu à peu absorbé par les récits de l’Empire. Comme souvent, l’objet survit à l’homme. Et, sans bruit, il témoigne.



jeudi 27 novembre 2025

Le cottage de l'esclave Toby - Journal d'une restauration #11

Ce mercredi 26 novembre, nous avons offert un déjeuner à toutes les personnes ayant contribué aux travaux de rétablissement du cottage. Au menu figuraient quelques-uns des plats les plus emblématiques et traditionnels de la cuisine de Sainte-Hélène préparés par le chef Julian, parmi lesquels le fameux plow et, surtout, le porc salé.

Tout a été préparé au cottage, sur le grill de la cuisine bien entendu, mais aussi — comme toujours sur l’île — dans un bidon converti en braii, fidèle compagnon de toutes les fêtes héléniennes.










Comme il fallait s’y attendre, plusieurs convives ont partagé sur leurs réseaux sociaux quelques photographies de ce moment chaleureux. C’est à la suite de ces publications qu’un article a été rédigé sur le site sthelenaonline.org