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jeudi 8 janvier 2026

Autre exil: celui de Dinuzulu kaCetshwayo

L’histoire de Dinuzulu kaCetshwayo croise celle de Sainte-Hélène de manière plus profonde et plus humaine qu’on ne l’imagine souvent. Fils du roi Cetshwayo, dernier souverain zoulou officiellement reconnu par les Britanniques, Dinuzulu naît en 1868 dans un monde déjà fragilisé par la défaite et la fragmentation du royaume zoulou à l’issue de la guerre anglo-zouloue. Son destin est celui d’un héritier menacé, déplacé, puis progressivement enfermé dans les logiques coloniales de l’exil.


Dinuzulu kaCetshwayo


Trop jeune pour succéder à son père à la mort de celui-ci, Dinuzulu est d’abord soustrait au danger et mis à l’abri dans le Transvaal. Autour de lui, alliances, rivalités et calculs politiques redessinent une géographie instable du pouvoir. Reconnu roi après la victoire d’Etshaneni en 1884, il demeure néanmoins sous surveillance constante, soupçonné d’incarner une continuité dynastique que l’autorité coloniale souhaite précisément dissoudre.

C’est dans ce contexte que s’inscrit son exil à Sainte-Hélène, prononcé après les troubles zoulous de la fin des années 1880. En mars 1890, Dinuzulu débarque à Jamestown avec ses oncles, des membres de leur entourage, des épouses, des serviteurs et quelques effets personnels qui disent déjà la singularité de cette relégation : des animaux, des instruments de musique, des objets de la vie quotidienne. L’exil n’est pas ici une cellule, mais un éloignement total, une mise à distance du monde d’origine.

À Sainte-Hélène, Dinuzulu n’est ni enfermé ni isolé. Il circule, rencontre, se mêle à la population locale. Il devient même une figure populaire. Des mariages ont lieu entre membres de sa suite et des habitantes de l’île ; des enfants naissent. Deux d’entre eux, morts en bas âge, reposent encore aujourd’hui dans le cimetière de St Paul’s, inscrivant matériellement la mémoire zouloue dans le sol hélénien. Peu de destins illustrent avec autant de force la manière dont Sainte-Hélène devient, au fil du XIXᵉ siècle, une île-archive des empires.

L’exil dure près de huit ans. Lorsqu’il quitte finalement l’île en décembre 1897, son entourage s’est agrandi, et l’expérience l’a profondément transformé. Les témoignages contemporains, parfois marqués par un regard colonial condescendant, soulignent néanmoins l’empreinte durable de ce séjour. Sainte-Hélène n’a pas été une parenthèse neutre : elle fut un temps de recomposition personnelle, familiale et politique.

De retour en Afrique australe, Dinuzulu ne retrouvera jamais pleinement sa place. Accusé d’avoir soutenu indirectement la révolte de Bambatha en 1906, jugé, condamné puis partiellement gracié, il meurt en 1913, à quarante-cinq ans seulement. Son fils Solomon, né à Sainte-Hélène en 1891, lui succède symboliquement, rappelant que l’exil hélénien ne fut pas un simple épisode, mais un moment fondateur de la continuité dynastique zouloue.

À travers Dinuzulu, Sainte-Hélène apparaît une fois encore comme un lieu d’exil, de mémoire et de transmission, où se croisent les trajectoires de souverains déchus, d’empires en recomposition et de familles déplacées. L’île ne conserve pas seulement les traces de Napoléon : elle garde aussi celles d’un roi africain, dont le destin, arraché à son territoire, s’est inscrit durablement dans le paysage humain et funéraire hélénien.

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Ce collier, dont subsistent aujourd’hui quelques perles de bois, appartenait à Dinuzulu kaCetshwayo, roi zoulou et ancien exilé de Sainte-Hélène. Objet modeste en apparence, il condense pourtant une histoire complexe de pouvoir, de dépossession et de transmission.

Dans les années 1920, Baden-Powell remit à son adjoint, Sir Percy Everett, un ensemble de six perles de bois provenant du collier originel de Dinuzulu. Il s’agissait d’un geste symbolique fort : ces perles répondaient à celles portées par le Chief Scout lui-même, inscrivant un héritage africain, arraché à son contexte royal, dans une nouvelle chaîne de commandement et de rites.

En 1949, Percy Everett transmit à son tour ces six perles à John Thurman, alors Camp Chief, avec pour consigne qu’elles soient remises, le moment venu, à son successeur. Depuis lors, ces fragments circulent comme une relique discrète, détachée de leur origine première mais toujours chargée de mémoire.

À travers ces perles, c’est une part de l’histoire de Dinuzulu qui continue de voyager : celle d’un roi vaincu, déplacé, exilé à Sainte-Hélène, puis progressivement absorbé par les récits et les institutions de l’Empire. Comme souvent, l’objet survit à l’homme — et, silencieusement, il témoigne.



Les Domaines nationaux français de Sainte-Hélène conservent par ailleurs un autre témoignage matériel de cet exil : le fauteuil sur lequel Dinuzulu prenait place durant son séjour sur l’île. Cet objet, d’une grande force symbolique, est aujourd’hui présenté en dépôt au musée de Jamestown, où il rappelle silencieusement la présence du souverain zoulou à Sainte-Hélène et l’inscription durable de son histoire dans le paysage hélénien.

À travers ces objets — perles de bois et fauteuil d’exil — c’est une part de l’histoire de Dinuzulu qui continue de voyager : celle d’un roi déplacé, observé, puis peu à peu absorbé par les récits de l’Empire. Comme souvent, l’objet survit à l’homme. Et, sans bruit, il témoigne.



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