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Affichage des articles dont le libellé est Regiments britanniques à Sainte-Hélène. Afficher tous les articles
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dimanche 23 août 2026

Une livrée impériale arrive à Sainte-Hélène

 Grâce à la générosité de Jean-Paul Mayeux, les collections des Domaines nationaux viennent de s'enrichir d'une remarquable réplique d'une livrée impériale de valet de chambre, réalisée en 2022 par l'atelier Antikcostume Atsuko (Dinard).



Cette tenue sera prochainement présentée dans la salle à manger de Longwood House.



 
Le choix de cet emplacement n'est pas le fruit du hasard.

C'est précisément dans cette pièce que les repas étaient servis à Napoléon… non plus par des valets de chambre français revêtus de la livrée impériale, mais par des soldats britanniques spécialement affectés à ce service.



Le contraste est saisissant. Sous la Restauration, la simple évocation de l'Empire ou de Napoléon était devenue politiquement suspecte. En France, les manifestations publiques de fidélité à l'Empereur pouvaient conduire à des poursuites, à l'emprisonnement, voire, dans certains cas, à la déportation. À Longwood, jusque dans les derniers détails du quotidien, tout rappel visible de l'Empire avait disparu.

Réintroduire aujourd'hui cette livrée dans les appartements de Longwood ne consiste donc pas à recréer artificiellement un décor disparu. C'est redonner au visiteur une clé de compréhension de ce qu'était réellement la Maison de Longwood avant la chute de l'Empire, mais également mesurer l'ampleur des ruptures imposées par l'exil.

J'adresse mes plus sincères remerciements à Jean-Paul Mayeux pour ce nouveau don, qui vient enrichir encore les collections des Domaines nationaux, ainsi qu'à l'atelier Antikcostume Atsuko pour la qualité exceptionnelle de cette réalisation.

Une pièce de tissu peut parfois raconter autant d'histoires qu'un monument.




samedi 4 juillet 2026

Bury, le XXe régiment et la mémoire oubliée de Sainte-Hélène

 Il est parfois des visites qui obligent à revoir son propre regard.

Hier, j'ai eu le privilège d'être reçu par Ria Bagshaw, conservatrice du Fusilier Museum de Bury, près de Manchester, ainsi que par toute son équipe. L'accueil fut d'une rare générosité. Mais plus encore que l'accueil, c'est la place accordée à Sainte-Hélène dans ce musée qui m'a profondément marqué.

Car ici, dans le musée des héritiers du XXe régiment d'infanterie britannique — celui-là même qui monta la garde à Longwood durant les derniers mois de Napoléon — Sainte-Hélène est toujours présente.

Dès l'entrée, on est capable de situer Sainte-Hélène sur une mappemonde

On y découvre naturellement les trois célèbres volumes de la Life of Marlborough de William Coxe, offerts par Napoléon aux officiers du régiment quelques semaines avant sa mort. Trois ouvrages qui déclenchèrent la colère de Hudson Lowe pour trois simples mots inscrits en tête de page de chacun des volumes : « L'Empereur Napoléon ». Trois mots qui coûtèrent pratiquement sa carrière au capitaine Lutyens.

Le musée conserve également la tunique du docteur Archibald Arnott, dernier médecin britannique à avoir soigné Napoléon, ainsi que ses décorations et plusieurs souvenirs liés à cette ultime période de Longwood.



Autre officier britannique mis en valeur dans le musée : William Crokat, celui-là même qui eût l'honneur d'apporter la nouvelle de la mort de Napoléon en Grande-Bretagne.



En parcourant les vitrines, je ne pouvais m'empêcher d'éprouver un sentiment mêlé d'admiration... et d'embarras.

Car cette mémoire est aujourd'hui davantage expliquée à Bury qu'à Sainte-Hélène elle-même.


Aujourd'hui, emplacement du camp de Deadwood

À Deadwood, où le XXe régiment avait installé son camp, rien ou presque ne rappelle aujourd'hui cette présence militaire pourtant essentielle à l'histoire napoléonienne de l'île. Les panneaux d'interprétation l'ignorent. Les visiteurs passent sans imaginer que plusieurs centaines de soldats britanniques vécurent ici pendant près de six années afin de surveiller un seul homme.

Pourtant, raconter Sainte-Hélène, ce n'est pas seulement raconter Napoléon.

C'est aussi raconter ceux qui l'entouraient.

Les officiers britanniques. Les soldats des régiments successifs. Les médecins militaires. Les ingénieurs. Les jardiniers. Les esclaves affranchis. Les habitants de Jamestown. Tous participèrent, souvent malgré eux, à cette extraordinaire histoire humaine.

Toute la carrière militaire listée sur le ruban de sa médaille militaire


Depuis quelques années, l'Office du tourisme de Sainte-Hélène accomplit un travail remarquable pour promouvoir les paysages, la randonnée et le patrimoine naturel de l'île. Mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il reste un immense chantier à ouvrir : celui de l'interprétation historique.

Sainte-Hélène possède un patrimoine exceptionnel. Encore faut-il le raconter.

Peut-être est-il paradoxal qu'il m'ait fallu parcourir près de dix mille kilomètres jusqu'au nord de l'Angleterre pour mesurer combien une partie de l'histoire napoléonienne de Sainte-Hélène vue du côté britannique est aujourd'hui mieux conservée... loin de Sainte-Hélène pourtant dépendance britannique.




Et c'est précisément cette prise de conscience qui donne encore davantage de sens au travail quotidien mené aux Domaines nationaux : préserver les lieux, certes, mais surtout transmettre leur histoire dans toute sa richesse, y compris lorsqu'elle est britannique.