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mardi 10 février 2026

Le cottage de l'esclave Toby - Journal d'une restauration #12

En 2025, alors que l’on célébrait le bicentenaire du Mémorial de Sainte-Hélène, j’ai été invité à l’Institut, en France, à revenir sur une figure souvent reléguée à la marge du récit : Toby. À cette occasion, et non sans un léger sourire, il fut francisé en Tobbie, comme pour mieux l’inscrire, le temps d’une conférence, dans notre langue et notre mémoire.

À travers lui, il s’agissait moins de retracer une biographie que d’interroger un lien : celui, discret mais profondément humain, qui se tisse entre les lieux de l’exil, ceux qui les habitent, et ceux qui, deux siècles plus tard, continuent d’en porter la mémoire.

Cette présentation, donnée à Paris mais nourrie par Sainte-Hélène, peut aujourd’hui être écoutée dans son intégralité sur YouTube.



Napoleonica® la chaîne, de la Fondation Napoléon 

 https://youtu.be/H6eOO9GSuaU?si=hJOOhFhtjVMo0Us-


Les Héléniens dans l’héritage métis du Cap

Coincé au Cap, une fois encore, en attendant la réouverture de l’aéroport, je me retrouve en Afrique du Sud face à ce que Sainte-Hélène a toujours su m’enseigner : l’isolement n’est jamais seulement une contrainte logistique, il est aussi une invitation à la mémoire.

1634, Guerard.  from Carte universelle hydrographique Bibliotheque Nationale de France

 

L’île de Sainte-Hélène, dans l’Atlantique Sud, fut occupée par la Compagnie anglaise des Indes orientales à partir de 1659, avant de devenir officiellement colonie britannique en 1836. 

Dès la seconde décennie du XVIIIᵉ siècle, la population de Sainte-Hélène comptait 542 Blancs et 411 esclaves, principalement originaires d’Afrique et des Indes orientales. Dans les années 1820, on dénombrait 821 colons blancs, une garnison militaire de 820 hommes, environ 1 500 esclaves, plus de 600 travailleurs chinois sous contrat et quelque 500 Noirs libres.

Lithographie « Sandy Bay Valley in the island of St.Helena » de Henry Salt – 1809 


Après l’abolition de l’esclavage, nombre d’anciens esclaves restèrent sur l’île et s’unirent aux colons blancs ainsi qu’aux autres communautés qui formaient la société hélénienne. À cette époque, Sainte-Hélène était administrée comme une colonie de la Couronne britannique depuis le Cap, ce qui explique les liens étroits, durables et humains entre l’île et l’Afrique du Sud.

Dans la période qui suivit immédiatement l’abolition de la traite, jusque dans les années 1850, la Royal Navy captura de nombreux navires négriers en haute mer. Le Cap et Sainte-Hélène furent les deux principaux ports où débarquaient les esclaves ainsi « libérés ». Ces captifs, appelés Prize Negroes, étaient contraints à un engagement de quatorze années comme ouvriers au Cap avant de pouvoir accéder à la liberté. Ils furent connus sous le nom de Cape Prize Boys.

On estime à environ 8 000 le nombre de ces Prize Negroes débarqués au Cap, les derniers arrivant en 1856. Pour ces esclaves sous contrat, la servitude ne prit réellement fin qu’en 1870. Plus largement, on estime qu’environ 63 000 esclaves furent amenés au Cap entre 1653 et 1807. L’ajout des 8 000 Prize Negroes africains porte la proportion d’esclaves africains et malgaches à 57,2 % de l’ensemble des esclaves arrivés au Cap (24 % venant d’Inde et 18,7 % des îles indonésiennes). À cela s’ajoutèrent, très probablement, de nombreux apports illégaux.

Esclaves de confession musulmane sur le pont d'un bâtiment
 après leur libération (Collection Melliss)


À Sainte-Hélène, des Prize Slaves devinrent également des travailleurs sous contrat sur l’île, ou reçurent la possibilité de rejoindre les Antilles comme hommes libres — option de loin la plus attractive.

De nombreux insulaires de Sainte-Hélène gagnèrent aussi le Cap en tant que travailleurs engagés. Ces quelque 2 000 "Saints", comme on appelait déjà les habitants de l’île, étaient issus d’un métissage complexe mêlant Britanniques, Chinois, esclaves africains, esclaves orientaux et Noirs libres. Au Cap, ils s’intégrèrent largement à la communauté dite Coloured. Aujourd’hui encore, de nombreuses familles du Cap conservent des liens vivants avec Sainte-Hélène.

Les Saints, les Manillas, les Kroomen, les Mosbiekers, les Prize Boys, ainsi que les créoles chinois Peranakan (huan-na), constituent autant de strates méconnues de la mosaïque identitaire Coloured. Elles viennent compléter l’héritage khoï, san, xhosa, européen et afro-indo-esclave qui façonne l’histoire humaine du Cap.

lundi 13 octobre 2025

Le cottage de l'esclave Toby - Journal d'une restauration #08

Voici enfin achevé le gros œuvre de la restauration du cottage de l’esclave Toby.
Longtemps enseveli sous les herbes et l’oubli, l’humble demeure a retrouvé sa silhouette première.
Les mains patientes des artisans, sous la direction de John I Isaac, ont redonné souffle à ses murs, et le chaume, tel un voile ancien, est revenu coiffer la toiture.

Mieux que des mots, ces photographies racontent la résurrection d’un lieu de mémoire — simple, fragile, mais infiniment vivant.

Prochaines étapes : redonner vie aux jardins alentour et recréer, à l’intérieur, l’esprit des modestes foyers d’autrefois.



















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En supplément, quelques photographies de la collecte des herbes, celles-là mêmes qu’on coupait jadis pour en faire le chaume des toitures, et de leur pose, selon les gestes transmis d’une génération à l’autre.

Ces images témoignent d’un savoir-faire ancestral, ressuscité le temps d’un chantier où chaque brin d’herbe a retrouvé sa place dans l’histoire.





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Et premiers éléments de mobiliers présents dans les maisons des Héléniens jusqu'au milieu des années 1950.









mercredi 4 juin 2025

Le cottage de l'esclave Toby - Journal d'une restauration #07

 Les travaux ont bien repris... Le foyer est achevé. 


Les murs ont été enduits de chaux vive comme autrefois et un tronc de pin a été apporté pour être posé tel quel...







lundi 19 mai 2025

Le cottage de l'esclave Toby - Journal d'une restauration #06

Lentement, mais sûrement…

Pierre après pierre, main après main, la case de l’esclave Toby renaît, patiemment, dans le respect des savoir-faire d’autrefois. Les murs sont désormais dressés, solides et silencieux, comme s’ils attendaient depuis toujours de retrouver leur place. La cheminée, elle aussi, a retrouvé sa forme, et le foyer son creux, prêt à accueillir les premières braises.

Prochaine étape : la toiture. Et avec elle, une étape décisive.

Heureusement, Basil est de retour. Le meilleur artisan de l’île, maître dans l’art des constructions traditionnelles, a repris le fil de son ouvrage. Sa présence redonne souffle au chantier, comme si chaque geste, sous ses mains, retrouvait une mémoire oubliée.

Voici, à travers quelques images, la trace visible de ces trois derniers mois de travail, discrets mais constants. Le passé avance… à pas sûrs.