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dimanche 1 novembre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #13 - Création d'un Centre d'archives et de documentation dédié.

 

Longwood House

Projet de création d'un Centre d'archives et de documentation

L'argenterie depuis la cour intérieure

Emplacement sur le plan de Longwood House



1. Présentation et origine du projet

La réorganisation muséale de Longwood House, actuellement à l'étude, prévoit notamment le transfert de la billetterie et de la boutique vers un nouveau centre d'accueil des visiteurs. Cette évolution permettra de restituer à plusieurs pièces de la maison leurs fonctions historiques, tout en libérant des espaces susceptibles d'être affectés à de nouvelles missions patrimoniales.

Parmi ceux-ci figure l'ancienne argenterie de la maison de Napoléon, aujourd'hui utilisée comme réserve de la boutique.

Vues de l'argenterie aujourd'hui 


Cette pièce, d'une superficie de 24,8 m², conserve une grande partie de son caractère architectural, notamment ses murs anciens, ses fenêtres, sa cheminée et son plafond à poutres apparentes. Son sol a été refait en 2015.

Sa réaffectation offre l'occasion de créer, au sein même de Longwood House, un Centre d'archives et de documentation, destiné à accueillir des fonds documentaires et, selon les possibilités techniques qui seront retenues, certaines collections patrimoniales nécessitant des conditions particulières de conservation.

Ce projet s'inscrit dans une démarche plus générale visant à renforcer les fonctions scientifiques et patrimoniales des Domaines nationaux à Sainte-Hélène, parallèlement à l'amélioration de l'accueil des visiteurs et de la présentation muséale des lieux.


2. Objectifs du Centre d'archives et de documentation



Projections illustratives de différentes possibilités d’aménagement de l’ancienne argenterie de Napoléon (24,8 m²), destinée à devenir le Centre d’archives et de documentation de Longwood House. Ces propositions, sans caractère définitif, visent à illustrer le potentiel de cet espace historique. Le choix des aménagements et des équipements sera déterminé à l’issue d’études conduites par un architecte et un spécialiste de la conservation préventive.





Le futur centre aurait pour vocation de réunir, conserver, classer et inventorier les archives et la documentation relatives à l'histoire des Domaines nationaux, à la conservation de leurs bâtiments et de leurs collections, ainsi qu'à la présence napoléonienne à Sainte-Hélène.

Il pourrait notamment accueillir des archives administratives et historiques, des dossiers de restauration, des documents iconographiques, des photographies, des plans, des ouvrages de référence et divers ensembles documentaires actuellement dispersés ou conservés dans des conditions qui mériteraient d'être améliorées.

À ces fonds existants pourraient progressivement s'ajouter de nouvelles acquisitions, donations ou legs, permettant d'enrichir les ressources documentaires mises à la disposition des Domaines nationaux et des chercheurs.

Le centre serait principalement un espace de conservation, de classement, d'inventaire et de travail documentaire. Il pourrait également permettre la consultation ponctuelle de certains fonds par des historiens et chercheurs, sur rendez-vous, après autorisation et sous surveillance.

Il ne s'agirait donc ni d'une bibliothèque publique ni d'un nouvel espace du parcours muséal, mais d'un équipement de travail et de conservation, dont l'utilité se mesurerait d'abord à la qualité des services rendus à la gestion des collections, à la connaissance historique et à la recherche.

3. Deux orientations possibles pour l'aménagement

Les premières études et projections visuelles ont permis d'explorer deux grandes orientations, qui pourraient être retenues séparément ou combinées.

Option 1 : un centre d'archives et de documentation doté de mobilier de conservation traditionnel



Cette première proposition privilégie l'installation de bibliothèques et d'armoires de rangement, adaptées à la conservation de documents, d'ouvrages, de dossiers et de boîtes d'archives.

Le mobilier pourrait être conçu pour s'intégrer discrètement à l'architecture de la pièce, notamment par l'emploi de boiseries et de teintes compatibles avec son caractère historique.

Une table de travail de dimensions modestes, accompagnée de deux chaises, permettrait les opérations d'inventaire, de classement et la consultation occasionnelle de documents.

Cette solution présenterait l'avantage d'une grande simplicité d'utilisation, d'une bonne intégration architecturale et d'une certaine polyvalence dans l'organisation des fonds.

Elle devrait toutefois être adaptée aux exigences réelles de conservation. L'apparence traditionnelle du mobilier ne saurait, à elle seule, garantir son aptitude à recevoir des documents patrimoniaux fragiles. Le choix des matériaux, des systèmes de fermeture, des dispositifs de ventilation et des contenants devrait être validé par un spécialiste.

Option 2 : un espace associant documentation et stockage spécialisé des collections iconographiques



Une seconde orientation consisterait à réserver une partie de la pièce à des équipements professionnels destinés au rangement de collections graphiques et picturales.

Les projections réalisées illustrent notamment la possibilité d'installer des systèmes de stockage pour œuvres encadrées, comparables aux équipements proposés par des fabricants spécialisés tels que Rackline.

Ces dispositifs, constitués de panneaux grillagés mobiles ou coulissants, permettraient, sous réserve de leur adaptation aux dimensions et aux contraintes de la pièce, de conserver des peintures, dessins encadrés, gravures et autres œuvres pouvant être suspendues sur des supports appropriés.

Cette solution offrirait un moyen de mieux organiser et protéger certaines collections aujourd'hui difficiles à entreposer, tout en facilitant leur identification et leur accès pour les besoins de l'inventaire, de l'étude ou de la conservation.

Elle impliquerait néanmoins des contraintes techniques particulières : encombrement des équipements, capacité portante du sol, fixation des rails, sécurité des œuvres, stabilité climatique et conditions de manipulation.

Le recours à un tel dispositif ne pourrait donc être envisagé qu'après une étude spécialisée.

Ces deux orientations ne constituent pas des solutions définitives. Elles servent à illustrer les possibilités offertes par la réaffectation de la pièce. L'étude pourrait également conclure à l'intérêt d'un aménagement mixte, associant des armoires documentaires et un espace de stockage spécialisé, ou recommander une autre organisation répondant mieux aux besoins réels des collections.

4. Une condition essentielle : l'expertise en conservation préventive

La création de ce centre ne peut être envisagée comme une simple opération d'aménagement intérieur.

Longwood House est un bâtiment historique situé dans un environnement climatique particulièrement humide. La conservation durable d'archives, d'ouvrages anciens, de documents graphiques ou d'œuvres encadrées exige des conditions adaptées à la nature et à la fragilité de chaque catégorie de biens.

Le projet devra donc impérativement bénéficier de l'intervention d'un spécialiste de la conservation préventive des archives et des collections patrimoniales.

Sa mission consisterait d'abord à examiner la nature, le volume et l'état des fonds susceptibles d'être accueillis, afin d'en déterminer les besoins spécifiques et les éventuelles incompatibilités de conservation.

Il lui appartiendrait ensuite d'évaluer les conditions offertes par la pièce, notamment les variations de température et d'humidité relative, les risques de condensation, les effets de la lumière naturelle, les possibilités de ventilation, les risques biologiques et les exigences de sécurité.

Cette expertise permettrait de déterminer les conditions préalables à l'installation des collections, les équipements réellement nécessaires et les solutions de rangement les plus appropriées.

Elle devrait également préciser les modalités de surveillance et d'entretien permettant d'assurer durablement la conservation des fonds, en tenant compte des moyens humains et techniques dont disposent les Domaines nationaux à Sainte-Hélène.

La recherche d'un équilibre entre les exigences scientifiques de conservation, la simplicité de fonctionnement et les contraintes propres à l'île constituera l'un des principaux enjeux de cette étude.

5. Travaux préparatoires et intervention architecturale

Avant tout aménagement, il conviendra de procéder à une étude de l'état sanitaire de la pièce.

Une attention particulière devra être portée à la reprise de l'étanchéité des fenêtres et des murs, afin de limiter les infiltrations et les risques liés à l'humidité. Les travaux envisagés devront respecter les caractéristiques historiques du bâtiment et préserver la capacité des maçonneries anciennes à gérer les échanges d'humidité.

Le sol, refait en 2015, pourra être conservé si son état et ses caractéristiques techniques se révèlent compatibles avec les aménagements projetés.

La cheminée historique, bien qu'encore fonctionnelle, sera maintenue comme élément architectural et décoratif. Sa remise en service ne présente aucun intérêt pour le fonctionnement du futur centre et introduirait des risques et des contraintes inutiles.

La hauteur disponible sous les poutres, d'environ 2,05 mètres, devra également être prise en considération dans le choix et le dimensionnement du mobilier.

L'intervention d'un architecte sera indispensable pour examiner les différentes possibilités d'aménagement, organiser les circulations, assurer l'intégration des équipements et définir les travaux nécessaires.

Cette mission devra être conduite en étroite concertation avec le spécialiste de la conservation préventive, afin que les choix architecturaux et les exigences de conservation ne soient pas traités indépendamment les uns des autres.

Le projet devra enfin prendre en compte les contraintes d'approvisionnement, de transport, d'installation et de maintenance propres à Sainte-Hélène.

6. Portée et limites des projections visuelles

Les images réalisées pour illustrer ce projet présentent différentes hypothèses d'aménagement, depuis une bibliothèque d'archives traditionnelle jusqu'à une solution intégrant des équipements professionnels de stockage des œuvres.

Elles ont pour objet de rendre perceptible le potentiel de transformation de l'ancienne argenterie et de faciliter les échanges avec les partenaires institutionnels et les mécènes susceptibles d'accompagner cette opération.

Ces représentations sont exclusivement des projections d'intention. Elles ne constituent ni des plans d'exécution, ni des prescriptions techniques, ni une décision quant au choix du mobilier ou des équipements.

Leur réalisation éventuelle restera subordonnée aux conclusions des études architecturales et de conservation, ainsi qu'aux financements disponibles.

7. Objet du financement recherché

Le financement recherché doit permettre de conduire le projet dans son ensemble, depuis les études préalables jusqu'à la mise en service du centre.

Il devra notamment couvrir :

  • L'expertise préalable des fonds et des conditions de conservation, confiée à un spécialiste qualifié.

  • Les études architecturales et techniques nécessaires à la définition du projet.

  • Les investigations et travaux d'assainissement, d'étanchéité et d'adaptation de la pièce.

  • L'acquisition ou la fabrication du mobilier de conservation et, le cas échéant, des équipements spécialisés de stockage.

  • L'installation des dispositifs nécessaires au contrôle et à la surveillance des conditions de conservation.

  • L'équipement du poste de travail documentaire, notamment pour l'inventaire, le catalogage et la numérisation.

  • Les frais de transport, d'installation et de mise en service à Sainte-Hélène.

Le budget définitif ne pourra être établi qu'à l'issue des études préalables, lorsque les solutions techniques auront été définies et que leur faisabilité aura été vérifiée.

Il serait donc prématuré de retenir aujourd'hui un montant fondé sur une disposition particulière du mobilier ou sur le choix d'un fabricant.

L'ambition est au contraire de réunir les moyens nécessaires pour faire étudier, sélectionner et financer la solution la mieux adaptée, plutôt que d'imposer un aménagement dont la pertinence scientifique et technique n'aurait pas encore été démontrée.

8. Conclusion : donner une nouvelle vocation patrimoniale à un espace historique

La création d'un Centre d'archives et de documentation dans l'ancienne argenterie de Longwood House offrirait à cette pièce une nouvelle vocation, directement liée aux missions de conservation et de transmission des Domaines nationaux.

Au-delà de l'aménagement d'une salle de travail, il s'agirait de constituer progressivement un lieu de référence pour la conservation des archives et de la documentation relatives à Longwood House, aux autres sites napoléoniens de Sainte-Hélène et à leur histoire.

Cette initiative permettrait également d'envisager l'accueil de nouveaux fonds documentaires, de favoriser leur étude et de mieux préparer leur transmission aux générations futures.

La réussite de ce projet reposera sur une collaboration étroite entre les Domaines nationaux, un architecte et un spécialiste de la conservation préventive, afin de concilier le respect du bâtiment historique, les exigences scientifiques et les réalités matérielles de son fonctionnement.

Le financement recherché n'a donc pas pour objet de reproduire l'une des images proposées, mais de permettre la conception et la réalisation d'un équipement patrimonial durable, dont la forme définitive sera déterminée par les besoins des collections et les conclusions des études spécialisées.

jeudi 29 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #10 - Le cabinet de curiosités

 

Longwood House : un cabinet de curiosités pour les objets de l’exil

Une nouvelle étape du projet muséal des Domaines nationaux à Sainte-Hélène

À Longwood House, certains objets racontent l’exil de Napoléon avec une éloquence particulière. Ce ne sont pas nécessairement les plus précieux ni les plus spectaculaires. Une carafe, un verre, une assiette, une boîte à thé ou un livre peuvent parfois nous rapprocher davantage de la vie quotidienne de l’Empereur et de ses compagnons que les grands témoignages de l’histoire.

Ces objets modestes ont traversé deux siècles. Beaucoup sont fragiles, certains ne peuvent être exposés dans les pièces historiques auxquelles ils appartiennent, et d’autres demeurent conservés à l’abri des regards. Leur présentation constitue aujourd’hui l’un des enjeux du projet de réorganisation muséale de Longwood House.

C’est pour leur offrir une place que nous envisageons de transformer l’ancien cellier de la maison en un cabinet de curiosités consacré aux objets de l’exil.


Le cellier actuellement. Présentation du Retour des Cendres


Une pièce appelée à retrouver une nouvelle vocation

Pendant les années de captivité de Napoléon, cette pièce remplissait une fonction domestique : elle servait de cellier. Elle appartenait à cet ensemble de locaux indispensables au fonctionnement quotidien d’une maison où vivaient, travaillaient et se côtoyaient l’Empereur, ses compagnons et leurs domestiques.

Aujourd’hui, elle abrite une partie des collections relatives au Retour des Cendres de 1840, présentées notamment à travers des gravures, des souvenirs et différents objets commémoratifs.

Ces collections conserveront naturellement leur place dans le futur parcours muséal. Nous envisageons toutefois de leur consacrer un autre espace, éventuellement dans l'ancien appartement du docteur O’Meara, où elles pourraient constituer la conclusion de la visite, en évoquant le passage de la mort de Napoléon à Sainte-Hélène à la construction de sa mémoire en France.

L’ancien cellier pourrait ainsi accueillir une présentation entièrement renouvelée, consacrée non plus à la postérité de l’Empereur, mais aux objets qui témoignent de sa présence et de celle de son entourage à Longwood entre 1815 et 1821.



Projet de cabinet de curiosités dans l’ancien cellier de Longwood House. Vue de synthèse du futur aménagement muséographique, destiné à présenter les objets du quotidien, les souvenirs et les reliques de l’exil de Napoléon à Sainte-Hélène. Illustration réalisée avec l’aide de l’intelligence artificielle. Les objets représentés sont fictifs et ne constituent pas un inventaire des collections des Domaines nationaux.

Il y aurait d’ailleurs une certaine continuité dans cette transformation : une pièce autrefois destinée à conserver les provisions de la maison deviendrait, deux siècles plus tard, le lieu où seraient rassemblés et préservés quelques-uns des témoins matériels de son histoire.




Une grande bibliothèque-vitrine sur toute la longueur du mur

Le parti pris architectural est volontairement simple.

Plutôt que de multiplier les vitrines indépendantes et les meubles d’exposition, nous souhaitons installer une seule grande bibliothèque-vitrine occupant intégralement le mur droit de la pièce, du sol au plafond.

Ses dimensions prévisionnelles sont de 7,22 mètres de longueur, 2,25 mètres de hauteur et 65 centimètres de profondeur.

Réalisé en bois brun, cet ensemble présenterait une succession de portes vitrées aux montants fins, derrière lesquelles seraient disposées des étagères en verre. Une rampe lumineuse à LED, discrètement intégrée dans la partie supérieure de chaque compartiment, permettrait de mettre les objets en valeur sans recourir à un éclairage général excessif.

Dans la partie basse, deux rangées de tiroirs en bois courraient sur toute la longueur du meuble. Elles offriraient des espaces de rangement supplémentaires pour les éléments de collection qui ne seraient pas présentés en permanence, ainsi que pour les accessoires nécessaires à leur conservation.

Le reste de la pièce demeurerait aussi proche que possible de son aspect actuel. Le vert profond des murs serait conservé, de même que les gravures et les appliques murales existantes. Les autres meubles et la vitrine actuellement installée au fond de la salle seraient retirés.

Nous souhaitons ainsi obtenir un espace dépouillé, dans lequel le regard serait naturellement attiré vers les objets, sans que l'aménagement vienne rivaliser avec eux.

Cette sobriété est essentielle. Longwood House n’a pas vocation à devenir un musée contemporain installé dans une enveloppe ancienne. Elle doit rester une maison historique, dont les transformations muséographiques se font avec mesure et respect.




Les objets du quotidien, au cœur de la présentation

La nouvelle vitrine permettrait de réunir plusieurs catégories de collections aujourd’hui dispersées ou insuffisamment visibles.

Nous pensons notamment aux pièces de verrerie et de vaisselle contemporaines de l’exil, aux carafes, aux verres, aux services de table, aux boîtes et aux petits objets domestiques. Les livres et certains accessoires personnels pourraient également trouver leur place dans cette présentation.

Nous souhaiterions y intégrer des fragments architecturaux provenant des anciens bâtiments de Longwood, ainsi que différentes reliques et objets emblématiques conservés dans nos collections.

Ces ensembles ne seraient pas présentés comme une simple accumulation de souvenirs napoléoniens. Leur disposition devrait permettre de distinguer clairement les objets dont l’utilisation à Longwood est documentée, ceux qui sont contemporains de l’exil et ceux dont la valeur réside avant tout dans leur histoire ou leur provenance.

Car il ne suffit pas qu’un objet soit ancien pour qu’il ait appartenu à Napoléon. Cette distinction, parfois négligée dans les présentations traditionnelles, nous paraît fondamentale.

L’intérêt d’un tel cabinet serait précisément de donner à chaque pièce sa juste place, en accompagnant sa présentation d’une identification rigoureuse, mais discrète.

Nous souhaitons également éviter de surcharger les étagères. Les objets devront pouvoir être regardés individuellement, sans être noyés dans une accumulation décorative. Le cabinet de curiosités que nous imaginons emprunterait à la tradition ancienne son esprit de découverte, mais non son goût pour l’entassement.

La conservation, condition indispensable du projet

La présentation de collections aussi fragiles dans le climat de Sainte-Hélène impose plusieurs précautions.

L’humidité atmosphérique, particulièrement élevée à Longwood, constitue depuis toujours une difficulté majeure pour la conservation du mobilier, des livres, des métaux et de certains matériaux composites. La ventilation de l’ancien cellier, les risques de condensation et les variations des conditions ambiantes devront être pris en compte dès la conception du meuble.

La future bibliothèque-vitrine ne pourra donc être considérée comme un simple ouvrage de menuiserie.

Elle devra intégrer des dispositions adaptées à la conservation préventive : choix de matériaux compatibles avec les collections, protection contre les rayonnements ultraviolets, limitation des poussières, contrôle des conditions d’humidité et possibilité d’assurer une surveillance régulière des objets exposés.

L’éclairage LED devra être étudié pour éviter les échauffements et limiter l’exposition lumineuse des pièces sensibles. La transparence des étagères en verre favorisera une répartition plus homogène de la lumière, tout en donnant davantage de légèreté à la présentation.

Certains objets particulièrement fragiles pourront nécessiter une exposition temporaire ou une rotation régulière.

Ces questions devront naturellement être examinées avec les professionnels chargés de la conception et de la réalisation du mobilier.

Un aménagement au service d’un projet plus vaste

Ce cabinet de curiosités ne constitue pas une opération isolée.

Il s’inscrit dans la réforme muséale engagée pour Longwood House, dont l’objectif est de concilier trois exigences : préserver l’authenticité historique des lieux, mieux protéger les collections et offrir aux visiteurs une compréhension plus sensible de la vie quotidienne pendant l’exil.

Dans les pièces où vécut Napoléon, notre priorité demeure la conservation des décors et des aménagements historiques. Les interventions doivent y être aussi discrètes que possible.

L’ancien cellier offre une liberté différente. Sa fonction historique est connue, mais son aménagement actuel ne constitue pas une reconstitution de son état de 1821. Nous pouvons donc envisager une présentation muséographique plus affirmée, sans modifier les pièces qui conservent le souvenir direct de la présence de l’Empereur.

Cette distinction est importante. Il ne s’agit pas de moderniser indistinctement toute la maison, mais de choisir pour chaque espace la forme de présentation la plus appropriée à son histoire et à ses collections.

Un projet à financer

Les illustrations accompagnant cette présentation donnent une première idée de l’aménagement envisagé. Elles constituent des vues d’intention et non des plans d’exécution définitifs. Les détails de construction, les dispositifs de conservation et les modalités d’installation devront faire l’objet d’études complémentaires.

Nous souhaitons désormais rechercher les financements nécessaires à la réalisation de cette bibliothèque-vitrine.

La difficulté de ce type d’opération tient à la situation particulière des Domaines nationaux à Sainte-Hélène. Longwood House appartient à l’État français, mais sa situation géographique, son éloignement et les contraintes propres à l’île rendent les projets d’aménagement particulièrement complexes et coûteux.

Le concours de mécènes, de fondations, d’associations et de particuliers attachés à la préservation du patrimoine napoléonien peut donc jouer un rôle déterminant dans la réalisation de ce projet.

Les contributions recherchées permettraient de financer non seulement la fabrication et l’installation du mobilier, mais également les équipements indispensables à la protection et à la présentation des collections.

Nous espérons ainsi offrir à des objets parfois conservés depuis des décennies à l'abri des regards la possibilité de retrouver une place dans le récit de Longwood.

Car l’histoire de l’exil ne se résume ni aux décisions politiques ni aux dernières paroles de Napoléon. Elle se lit aussi dans les choses ordinaires qui l’entouraient, dans les gestes répétés de ceux qui vivaient auprès de lui, dans ces objets que l’on utilisait sans imaginer qu’ils deviendraient un jour les témoins d’une époque.

C’est à cette mémoire plus intime que nous souhaitons donner une place dans l’ancien cellier de Longwood House.

Projet en cours d’étude. Les illustrations sont des simulations destinées à présenter l’intention muséographique ; elles ne constituent pas une représentation définitive des aménagements ni un inventaire des objets qui seront exposés.

mercredi 28 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #9 - La petite table de bain de Napoléon

 

La petite table de bain de Napoléon

Longwood House : un projet de restitution muséale

Il est des objets qui, sans avoir jamais appartenu à l'apparat impérial, nous rapprochent davantage de Napoléon que bien des souvenirs de ses victoires. Sa baignoire, toujours conservée à Longwood House, est de ceux-là. Elle témoigne de ces longues heures où, dans l'intimité de sa dernière demeure, l'Empereur cherchait dans l'eau chaude un soulagement à ses douleurs, sans pour autant renoncer à ses habitudes de travail.

Cette baignoire en cuivre, enchâssée dans un coffre de bois, est demeurée sur les lieux mêmes de son exil. Elle mesure 1,77 m de longueur et 74 cm de largeur extérieure, pour une hauteur de 68 cm. Sa cuve intérieure, profonde de 56 cm, atteint 1,67 m dans sa plus grande longueur. Napoléon, qui mesurait environ 1,69 m, pouvait s'y installer confortablement en position semi-allongée, les jambes légèrement fléchies.

Mais ce qui rend cet objet particulièrement intéressant est le témoignage que nous a laissé Louis Marchand, son premier valet de chambre :

« L’Empereur ayant pris l’habitude de déjeuner très fréquemment dans son bain, j’avais fait faire une petite table d’acajou qui, retenue par des crochets aux extrémités entrait dans la baignoire à la hauteur qu’il voulait. Sur cette table, on lui servait son déjeuner, puis après, son livre ou ses papiers; il ne restait jamais moins d’une heure et demie dans son bain, dont il entretenait la chaleur en laissant couler un petit filet d’eau; l’un de ces messieurs était appelé, causait ou travaillait avec lui; souvent après avoir causé avec l’un, il en faisait demander un autre. Ces bains lui faisaient du bien et diminuaient, disait-il, une douleur sourde dans le côté, dont il commençait à se plaindre. »


Présentation actuelle de la salle de bain de Napoléon

 

Nous découvrons ainsi une scène assez inattendue. Napoléon ne se contentait pas de prendre son bain. Il y déjeunait, lisait, examinait ses papiers et recevait ses compagnons d'exil. La baignoire devenait, pour une heure et demie au moins, un cabinet de travail improvisé, où les conversations se poursuivaient au rythme d'un mince filet d'eau chaude.

Marchand nous apprend également qu'il avait fait fabriquer une petite table d'acajou spécialement adaptée à cet usage. Retenue par des crochets, elle pouvait être descendue à la hauteur souhaitée à l'intérieur de la baignoire.

Cette table a disparu. Nous en connaissons pourtant suffisamment le principe pour envisager aujourd'hui sa restitution.

Reconstitution numérique réalisée à partir du témoignage de Louis Marchand et des dimensions relevées sur la baignoire originale. Le plateau d’acajou et son système de suspension réglable constituent une proposition de restitution, dont les détails techniques restent à confirmer. Illustrations réalisées avec l’assistance de l’intelligence artificielle.





Redonner à la baignoire son usage

Dans le cadre du projet de renouvellement muséal de Longwood House, nous souhaitons restituer cet accessoire modeste, mais particulièrement révélateur de la vie quotidienne de Napoléon à Sainte-Hélène.

À partir des dimensions relevées sur la baignoire originale et des indications fournies par Marchand, une première étude propose la fabrication d'un plateau d'acajou d'environ 58 cm de largeur sur 35 cm de profondeur, suspendu à l'intérieur de la cuve par un système de crochets métalliques réglables.

Le dispositif prendrait appui sur les rebords du coffre en bois, les bords de la baignoire en cuivre étant encastrés dans celui-ci. Il serait entièrement amovible et ne nécessiterait ni percement ni modification de l'objet historique.

Le mécanisme précis utilisé à l'époque n'étant pas connu, cette proposition demeure une hypothèse de restitution. Elle devra être vérifiée et adaptée lors de l'étude technique préalable à sa fabrication.

Notre intention n'est pas de créer un décor artificiel, mais de rendre intelligible un usage aujourd'hui oublié. Il suffirait de replacer cette petite table au-dessus de la cuve pour que le visiteur comprenne aussitôt comment Napoléon pouvait y prendre son déjeuner, poursuivre une lecture ou travailler avec ses compagnons.

C'est précisément dans ces détails, parfois presque domestiques, que l'histoire retrouve sa dimension humaine.



Un projet à financer

Cette restitution constitue l'une des interventions envisagées dans le cadre du renouvellement muséal de Longwood House.

D'une réalisation relativement simple, elle nécessitera néanmoins le savoir-faire d'un artisan qualifié pour la fabrication du plateau en acajou et de son système de suspension réglable, ainsi que les précautions indispensables à la préservation de la baignoire originale.

Nous souhaitons proposer aux personnes ou institutions désireuses de soutenir ce projet deux possibilités de mécénat.

La première consisterait à financer la réalisation de cette petite table par un artisan de Sainte-Hélène, sous la supervision des Domaines nationaux, à partir des plans et des dimensions définitives qui auront été établis.

La seconde permettrait à un mécène de prendre directement en charge sa fabrication, en faisant réaliser l'ensemble par un artisan ou un atelier de son choix, conformément aux spécifications techniques que nous lui communiquerions, puis en organisant son expédition jusqu'à Sainte-Hélène.

Dans les deux cas, les Domaines nationaux veilleraient à la conformité de la restitution avec les exigences historiques et patrimoniales du projet, ainsi qu'à son installation sans altération de la baignoire originale.

Budget prévisionnel : à établir.

Les personnes ou institutions intéressées par l'une ou l'autre de ces formules sont invitées à prendre contact avec les Domaines nationaux à Sainte-Hélène afin d'en examiner les modalités.

Par leur soutien, elles contribueraient à faire revivre un détail singulier de la vie quotidienne de Napoléon, tout en participant à une ambition plus vaste : rendre à Longwood House, au-delà de sa valeur de lieu de mémoire, cette présence humaine qui permet aux visiteurs de mieux comprendre la vie de ceux qui l'habitèrent.

Baignoire originale sortie de son coffre en bois


lundi 26 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #8 - Le « tape-cul » de Longwood

 

La bascule de Napoléon à Longwood : de l’exercice et un peu de distraction

Pour prendre de l’exercice sans sortir de la maison, Napoléon fit installer à Longwood une bascule, appelée aussi « tape-cul ». Plusieurs témoins évoquent cet appareil, qui devait entretenir ses forces et lui procurait parfois, avec son entourage, un moment de distraction.

Leurs descriptions permettent d’en proposer une évocation dessinée, tout en distinguant les éléments rapportés par les textes des détails imaginés pour la restitution.

Une pièce de bois, deux selles et des poignées en fer

Ali, le serviteur de Napoléon, donne la description la plus précise de sa construction. L’appareil, installé selon lui dans le parloir, consistait en une longue pièce de bois supportée en son milieu par un poteau entaillé. Les deux extrémités étaient façonnées en « selles bien rembourrées ». Un T en fer, placé devant le cavalier, lui permettait de se tenir pendant le mouvement.

Napoléon occupait une extrémité. Son poids étant assez important, du plomb avait été ajouté du côté opposé pour équilibrer l’ensemble. Montholon était, selon Ali, celui qui montait habituellement avec lui. Le récit mentionne donc à la fois un lest et un partenaire, sans préciser la quantité de plomb ni son emplacement exact.

Arthur Bertrand apporte une indication complémentaire sur le support : la bascule reposait au centre sur un pivot élevé de « trois ou quatre pieds au-dessus du plancher ». Il décrit Napoléon à une extrémité du levier et un officier à l’autre.

Entretenir ses forces

Ali explique l’intention de l’Empereur : ne souhaitant pas aller se promener dehors, il espérait que le mouvement de montée et de descente entretiendrait ses forces.

Le Grand Maréchal Bertrand rapporte également ce projet d’exercice. Napoléon envisageait de monter sur la bascule une demi-heure par jour ; cela devait le faire transpirer. Mais une intention ne constitue pas une pratique régulière attestée. Dans une entrée du 22 janvier 1821, Bertrand note que l’Empereur avait utilisé l’appareil un quart d’heure le matin et « ne s’en [était] pas mieux trouvé ».

Ce même jour, Arthur vint voir Napoléon, qui lui montra sa bascule en lui disant que c’était un canon. L’Empereur y monta ensuite avec le Grand Maréchal pour amuser l’enfant. Il descendit parce qu’il venait de dîner et craignait que le mouvement ne lui fît mal.

Une distraction avec les enfants Bertrand

Dans ses souvenirs, Arthur Bertrand raconte que les enfants prenaient eux aussi place sur l’appareil :

« Souvent il faisait placer ma sœur et deux de mes frères ou moi à l’autre extrémité de la bascule, et s’amusait à nous donner de fortes secousses qui parfois nous jetaient à bas. C’était en même temps de l’exercice, et une petite distraction à ses peines. »

La bascule devenait ainsi un jeu partagé. Elle inspira même à Mme Bertrand l’idée d’une caricature : l’Empereur d’un côté, tous les souverains de l’autre, incapables de le soulever, avec cette épigramme : « remède pour l’hépatite ».



Une expérience de courte durée

Selon Ali, cet exercice convint à Napoléon pendant une quinzaine de jours environ, puis il l’abandonna. Avant qu’il ne fût sérieusement malade, la machine avait été démontée et le plancher remis dans son état antérieur.

Le dessin : une proposition, non un relevé

L’illustration s’appuie principalement sur les descriptions d’Ali et d’Arthur Bertrand. Elle représente Napoléon et Montholon aux deux extrémités d’un balancier, sur des selles rembourrées munies de poignées en T. Le poteau central entaillé et le lest de plomb viennent du récit d’Ali ; l’indication de hauteur du pivot est donnée par Arthur.

La bascule de Napoléon à Longwood, évocation d’après les récits d’Ali et d’Arthur Bertrand. Napoléon et Montholon occupent les selles rembourrées et se tiennent aux poignées en T ; un lest de plomb contribue à équilibrer le côté opposé à l’Empereur. Les coussins au sol sont un ajout hypothétique. Illustration sans échelle, générée par intelligence artificielle ; assemblages et disposition du lest proposés.


Nous avons recherché une silhouette relativement basse, en retenant le bas de la fourchette de trois à quatre pieds mentionnée par Arthur. L’image reste néanmoins une évocation sans échelle, et non un dessin technique permettant de vérifier les dimensions.

Des coussins ont été ajoutés au sol, sous les extrémités, pour suggérer un amortissement à l’arrivée du balancier en position basse. Leur présence n’est mentionnée par aucun des témoins cités : ils constituent un ajout hypothétique, et non un équipement attesté.

La forme exacte du support, les assemblages, la disposition du plomb et les détails des selles restent également proposés pour rendre le fonctionnement de l’appareil compréhensible.

Ali précise qu’après le démontage de la bascule, le plancher fut « remis dans son état antérieur ». L’installation avait donc nécessité une intervention sur celui-ci, dont le serviteur ne détaille pas la nature. Des lames avaient-elles été retirées pour ancrer le support central, ou pour dégager une partie du sol sous l’appareil ? Le texte laisse la question ouverte. D'où les coussins qui, quoiqu'ils ne soient pas mentionné dans les témoignages, ont été ajoutés.

Sources

  • Ali, souvenirs : description de la bascule installée dans le parloir.
  • Arthur Bertrand, souvenirs : description du pivot central et des jeux avec les enfants.
  • Grand Maréchal Bertrand, journal : passages relatifs à l’installation de la bascule et à son utilisation le 22 janvier 1821.
  • Docteur Verling, journal : description indirecte de l’appareil, rapportée sous réserve.


jeudi 9 avril 2026

Johannes Ludwig Léopold Mund : un diplomate prussien... dans "la paresse et la gaieté au Cap"

 L’absurde mission du commissaire prussien...

Afin de prendre « les mesures les plus propres à rendre impossible toute entreprise de la part de Napoléon Bonaparte contre le repos de l'Europe », le 2 août 1815, à Paris, un traité entre la Grande-Bretagne et l'Autriche, la Grande-Bretagne, la Russie et la Prusse fut signé.


1816 - Cape Town by Latrobe


CONVENTION ENTRE LA GRANDE-BRETAGNE, L’AUTRICHE, LA RUSSIE ET LA PRUSSE.

Le 2 août 1815, la convention suivante entre la Grande Bretagne, l'Autriche, la Russie et la Prusse, touchant

Bonaparte, fut signée à Paris :

« Napoléon Bonaparte étant au pouvoir des souverains alliés, LL. MM. le roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, l'empereur d'Autriche, l'empereur de Russie et le roi de Prusse ont statué, en vertu des stipulations du traité du 25 mars 1815, sur les mesures les plus propres à rendre impossible toute entreprise de sa part contre le repos de l'Europe :

» ARTICLE PREMIER. Napoléon est considéré par les puissances qui ont signé le traité du 25 mars dernier comme

leur prisonnier.

» ART. 2. Sa garde est spécialement confiée au gouvernement britannique.

» Le choix de la place et des mesures qui peuvent le mieux assurer l'objet de la présente stipulation est réservé

à Sa Majesté Britannique.

» ART. 3. Les cours impériales d'Autriche et de Russie et la cour royale de Prusse nommeront des commissaires

pour se rendre et habiter dans la place que le gouvernement britannique aura assignée pour la résidence de Napoléon Bonaparte, et qui, sans être responsables de sa garde, s'assureront de sa présence.

» ART. 4. Sa Majesté Très-Chrétienne est invitée, au nom des quatre cours ci-dessus mentionnées, à envoyer pareillement un commissaire français au lieu de la détention de Napoléon Bonaparte.

» ART. 5. Sa Majesté, le roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande s'oblige à remplir les engagements qui lui sont assignés par la présente convention.

» ART. 6. La présente convention sera ratifiée, et la ratification en sera échangée dans quinze jours, ou plus tôt,

s'il est possible.

» En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs ont signé la présente convention, et y ont apposé le sceau de

leurs armes.

Fait à Paris, le 2 août de l'année 1815.

» Signé : Le prince DE METTERNICH,

Le comte DE NESSELRODE,

Lord ABERDEEN,

Le prince HARDENBERG. »

Après différentes nominations avortées, ces quatre nations communiquèrent les noms de leurs « Commissaires » à Sainte-Hélène.

Pour la France, ce fut Montchenu ; pour la Russie Alexandre [Antonovitch] Ramsay de Balmain ; pour l’Autriche, Barthélémy Stürmer et enfin, pour la Prusse, Johannes Ludwig Léopold Mund 

 Les trois premiers commissaires arrivèrent à Sainte-Hélène le 17 juin 1816 à bord du Newcastle: le comte de Balmain, pour la Russie voyagea avec son serviteur Heinrich Peyle ; le baron Stürmer pour l'Autriche fut accompagné de son épouse et de Philippe Welle, un botaniste qui fut aussi son secrétaire, et le marquis de Montchenu, pour la France, avec le capitaine Gors, son aide de camp. 

 

Quant au dernier, le Prussien, faute de place à bord du Newcastle, il resta en rade en Grande Bretagne avec son secrétaire-botaniste Louis Maire. Londres s’excusa en ces termes: « Il regrette bien sincèrement de n’avoir pu remplir, pour le moment, les intentions de Sa Majesté le roi de Prusse à l’égard de ces messieurs »

Passionné de botanique dont c’était d’ailleurs le métier, Johannes Mund exprima alors le désir d’aller à Sainte-Hélène avec son adjoint en passant par le Cap de Bonne-Espérance où ils pourraient faire des recherches scientifiques avant d’embarquer pour Sainte-Hélène. La cour de Berlin accepta « que ces Messieurs se rendissent de Sainte-Hélène par le cap de Bonne-Espérance ».

 

Les deux botanistes arrivèrent donc au Cap de Bonne-Espérance au mois d’août 1816 en ne devaient y passer qu’une seule année. Toutefois, les deux hommes se plurent tant en Afrique du sud qu’ils oublièrent leur mission de Commissaire du Roi de Prusse à Sainte-Hélène dont ils touchaient cependant les émoluments.

 

Ce ne fut qu’à la fin de 1818 que la cour de Prusse commença à s’interroger sur ces diplomates d’un genre un peu particulier… par l’entremise du Gouverneur de la Colonie du Cap, Lord Somerset, on parvint à les retrouver (grâce, précisément aux versements de leurs salaires que la banque Rothschild à Paris leur envoyait). Ils demandèrent – et obtinrent – quelques mois de plus en Afrique du sud pour accomplir leur mission botanique.  

Ils réussirent le tour de force de repousser sans cesse leur départ pour Sainte-Hélène en « oubliant » même d’envoyer à Berlin les résultats de leurs recherches sud-africaines et autres collectes d’échantillons et herbiers. Ce ne fut cependant qu’en 1821, avec la mort de Napoléon, que la cour de Berlin rompit leurs contrats.  



Scolopia mundii ou Mountain Saffron _ RedPear tree

Protea mundii

Leucospermum mundii


En attendant, les deux hommes auront bien profité des cinq années d’exil de Napoléon à Sainte-Hélène : George Thom, dans ses descriptions de la Colonie sud-africaine, va même jusqu’à nous dire que « les collectionneurs de la Prusse passent leur temps dans la paresse et la gaieté au Cap, et sont désormais tombés encore plus bas que tout autre colon ».


Mund a laissé une trace jusque dans la botanique : son nom a été donné au genre Mundia (aujourd’hui réuni avec Acanthocladus et Nylandtia), ainsi qu’à plusieurs espèces — Protea mundii, Helichrysum mundtii, Bupleurum mundtii, Scolopia mundii, Thaminophyllum mundii, Leucospermum mundii, Otholobium mundianum, Phoberos mundii et Afrocanthium mundianum.

Une manière, en somme, de s’enraciner définitivement au Cap… bien plus sûrement qu’un poste officiel.

jeudi 23 février 2023

Recherches archéologiques à la Tombe de Napoléon et à Longwood

    

Longwood House © Sylvain Girardeau


Cette semaine, nous avons le plaisir de recevoir Docteur Philippe Charlier qui est venu, avec sa famille et une équipe de tournage pour TV5 monde, fouiller aux domaines nationaux. 

Premières fouilles à Longwood




Dr Charlier visitant le tombeau (vide)
de Napoléon à Sainte-Hélène

    Ces travaux du Laboratoire Anthropologie, Archéologie, Biologie (LAAB) est rattaché à l'École Doctorale de Santé Publique, Université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines / Paris-Saclay, spécialisée dans l'étude anthropologique médicale et médico-légale des restes humains anciens et des rituels magico-religieux autour de la « lutte contre l'inconnu» (maladie, mort, lendemain). Dirigée par le Dr Philippe Charlier, elle est composée d'une vingtaine de chercheurs et de doctorants de tous horizons confondus : anthropologie, médecine (légale, radiologie, toxicologie, microscopie), pharmacie, archéologie, philologie, etc.


    Cette mission est suivie sur place par une équipe de TV5 Monde -  https://www.matchaprod.com 

    La diffusion de ce programme en partie filmée sur l'île est prévue cette année, dans quelques mois. 

mardi 25 octobre 2022

vol.12: Guide de Longwood House

 Des résidences impériales, Longwood House détient le record de la durée en ce qui concerne la présence de son hôte ; les Tuileries exceptées, Napoléon n’a jamais habité ses palais qu’en passant, sautant du château de Compiègne au bivouac d’Austerlitz, du château de Fontainebleau à celui de Schönbrunn. Sur l’humide plateau de Longwood, que balaie l’alizé, où tout est pauvre et désolé, il a vécu près de six ans, marquant le décor de son fer et faisant entrer dans la légende un rocher sans histoire, le plus isolé, le moins connu, le plus inaccessible et le plus propre à l’usage de prison.

Ce volume nous propose de visiter de cette Maison de Longwood telle qu’elle est présentée aujourd’hui avec une grande partie du mobilier d’origine réquisitionné sur place par les autorités britannique et que Napoléon a utilisé.







Description

Bilingue Français / Anglais avec de nombreuses illustrations
Livre de 120 pages 22x28cm

Textes de Michel Dancoisne-Martineau 


Prix £30.00, en vente à la boutique de Longwood House exclusivement


Éventuellement, nous pouvons nous charger de vous expédier ce volume par la Poste aux Lettres (Surface Mail) en envoi recommandé.  Le prix de l’expédition de ce volume qui pèse 1kg est de £8 – Soit un total de £38 par volume posté.

Si vous êtes intéressés, contactez-nous directement par courriel : SHNH@helanta.co.sh  

Notez cependant que cette solution exige aussi de vous d’être patient car la poste aux lettres « Surface mail » depuis Sainte Hélène n’est pas fréquente (un bateau tous les deux/trois mois).

Le paiement peut être fait par virement bancaire sur le compte de la Saint Helena Napoleonic Heritage directement à Sainte-Hélène, à la Bank of St Helena. 

Les coordonnées bancaires de cette "Charity" sont : 

Pays/Country: Sainte Hélène/St Helena

Bénéficiaire/Beneficiary : ST. HELENA NAPOLEONIC HERITAGE LTD 

Compte/Account: 24405002 

BIC: BHELSHJJXXX (BANK OF ST HELENA)

 






vol.11: Sir Hudson Lowe, le grand brûlé de Sainte-Hélène

Hudson Lowe avait fait une très bonne carrière militaire en tirant son épingle du jeu dans les quartiers généraux alliés et, en annonçant triomphalement la nouvelle de l’abdication, il joua un rôle clé en Belgique en tant qu’officier de liaison des forces alliées avant l’arrivée de Wellington en 1815. Pour un garçon anglo-irlandais issu de la classe ouvrière, son anoblissement et sa nomination au titre de Gouverneur de Sainte Hélène  pendant la captivité de Napoléon ont été le point culminant d’une carrière aussi brillante qu’exceptionnelle !

Mais Sainte Hélène  et Napoléon changèrent non seulement sa vie, mais aussi sa place dans l’histoire. Il y brûla sa réputation alors qu’ « il fut l’occasion plus que la cause de la triste fin de Napoléon ».

 Texte de Michel Dancoisne-Martineau




Livre bilingue français/anglais avec de nombreuses illustrations - 154 pages

Prix £30.00, en vente à la boutique de Longwood House exclusivement


Éventuellement, nous pouvons nous charger de vous expédier ce volume par la Poste aux Lettres (Surface Mail) en envoi recommandé.  Le prix de l’expédition de ce volume qui pèse 1kg est de £8 – Soit un total de £38 par volume posté.

Si vous êtes intéressés, contactez-nous directement par courriel : SHNH@helanta.co.sh  

Notez cependant que cette solution exige aussi de vous d’être patient car la poste aux lettres « Surface mail » depuis Sainte Hélène n’est pas fréquente (un bateau tous les deux/trois mois).

Le paiement peut être fait par virement bancaire sur le compte de la Saint Helena Napoleonic Heritage directement à Sainte-Hélène, à la Bank of St Helena. 

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Pays/Country: Sainte Hélène/St Helena

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Compte/Account: 24405002 

BIC: BHELSHJJXXX (BANK OF ST HELENA)