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dimanche 1 novembre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #15 - Restitution de la bibliothèque de Napoléon dans son état de 1821


Projet de restitution de la bibliothèque de Napoléon dans son état de 1821

1. Une pièce dont nous connaissons désormais l'apparence

Parmi les espaces de Longwood House dont la restitution historique demeure à poursuivre, la bibliothèque de Napoléon occupe une place singulière.

Cette pièce, située dans l'aile orientale de la maison, à proximité de la salle à manger, fut l'un des lieux consacrés aux livres, à la lecture et au travail intellectuel durant les dernières années de la captivité.

Longtemps, son aménagement précis est demeuré mal connu. Aucun des mémorialistes de Sainte-Hélène n'en avait laissé de description suffisamment détaillée pour permettre une restitution véritablement documentée.

Cette lacune a été en grande partie comblée en 2019, lorsque Jacques Jourquin, travaillant sur les papiers de Louis-Étienne Saint-Denis, dit Ali, retrouva une note manuscrite dans laquelle l'ancien bibliothécaire de Napoléon décrivait minutieusement la pièce, ses meubles, leur disposition et jusqu'au décor de ses murs.

Ce témoignage constitue aujourd'hui le fondement documentaire du projet.

Saint-Denis évoque les corps de bibliothèque en acajou, les meubles disposés entre les fenêtres, une petite table avec pupitre où il travaillait lui-même, ainsi qu'une grande table centrale destinée aux cartes. Il précise également le nombre et la nature des sièges, dont un fauteuil dans lequel Napoléon venait parfois s'asseoir.

Enfin, il nous laisse une indication décorative particulièrement précieuse :

« Les murs de la bibliothèque sont couverts d'un papier fond bleus à petits dessins gris. »

Cette description permet d'envisager une restitution fondée sur des éléments historiques identifiés, plutôt que sur une interprétation libre de ce que pouvait être une bibliothèque du début du XIXe siècle.

Projet original de 2019

Vue de la bibliothèque en 2010




2. Un projet déjà partiellement réalisé

La restitution de cette bibliothèque ne part pas de rien.

Plusieurs interventions ont déjà permis de progresser vers le rétablissement de son état historique.

En 2021, à l'occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon, le produit de la vente des fleurs d'immortelles a notamment permis de financer la reproduction d'un corps de bibliothèque manquant.

Cette réalisation possède une signification particulière : les recettes d'une initiative directement liée à la mémoire de Napoléon ont été réinvesties dans la restitution matérielle de sa dernière demeure.

Par ailleurs, la porte vitrée donnant sur l'extérieur a pu être rétablie grâce à un don de Lindsay et Gérard Meillan.

Ces deux opérations constituent des étapes concrètes d'un projet dont les ambitions avaient été définies antérieurement, mais dont la réalisation devait nécessairement s'adapter aux moyens disponibles.

Elles illustrent également la place essentielle du mécénat dans la préservation et la valorisation de Longwood House : des contributions privées, parfois issues d'initiatives modestes, permettent de réaliser progressivement des interventions patrimoniales durables.

Le financement aujourd'hui recherché aurait donc pour objet non pas de lancer un nouveau projet, mais de poursuivre et, si possible, d'achever une restitution déjà engagée.



Copie du corps de bibliothèque réalisée localement par Cristen YON


3. Les interventions restant à envisager

La bibliothèque en 2026


Le projet consiste à retrouver une disposition aussi proche que possible de celle décrite par Saint-Denis, tout en tenant compte des éléments authentiques conservés et des interventions déjà réalisées.

Il conviendrait notamment de compléter l'ensemble des corps de bibliothèque par les éléments manquants. La description d'Ali mentionne des meubles en acajou, des vantaux garnis de treillis en fil de cuivre, des parties inférieures fermées et des tablettes en marbre noir.

La restitution des revêtements muraux constituerait une autre intervention importante. Le papier peint bleu sur fond gris, déjà reproduit pour la salle de bain de Napoléon, pourrait servir de référence à la restitution du décor de la bibliothèque, sous réserve de vérifier sa conformité au témoignage historique.

Les rideaux seraient également remplacés par des étoffes plus appropriées à l'atmosphère recherchée.

Le mobilier existant devrait être examiné afin de déterminer les restaurations éventuellement nécessaires, notamment pour les tables et les sièges. La disposition de ces éléments s'appuierait sur les indications d'Ali, en particulier la présence de la grande table centrale, du pupitre et du fauteuil associé à Napoléon.


La bibliothèque en 2026

L'éclairage et les dispositifs de présentation seraient enfin réexaminés afin de mieux concilier la lecture historique de la pièce avec les exigences contemporaines de conservation et de sécurité.

Les interventions devront être définies avec le concours de professionnels compétents en matière de conservation-restauration et d'architecture patrimoniale. Il conviendra de privilégier les éléments authentiques et les dispositions historiquement établies, sans chercher à combler artificiellement les lacunes documentaires.

4. Un financement consacré à l'achèvement de la restitution

Le projet se prête à une démarche de financement spécifique, indépendante des autres opérations de réaménagement muséal de Longwood House.

Les travaux déjà réalisés grâce à la vente des immortelles et au mécénat de Lindsay et Gérard Meillan constituent une première contribution à cette entreprise. Il importe de les distinguer des dépenses restant à engager.

Le financement recherché porterait principalement sur les études complémentaires, les éventuelles reproductions de mobilier, la restauration des éléments conservés, la restitution des revêtements muraux et des rideaux, ainsi que les adaptations techniques nécessaires à la présentation de la pièce.

Une actualisation des études et des devis devra permettre de déterminer précisément les interventions encore nécessaires et leur coût, en tenant compte des réalisations intervenues depuis l'établissement du projet initial.

Cette méthode permettra de proposer aux mécènes un programme clairement identifié, dont chaque contribution pourra être rattachée à une réalisation concrète.

5. Retrouver la bibliothèque de Napoléon

La bibliothèque n'était pas seulement une pièce destinée au rangement des livres. Elle appartenait à cet ensemble d'espaces dans lesquels Napoléon, malgré l'exil et la surveillance, poursuivait une activité intellectuelle considérable.

La présence des ouvrages, des cartes et des instruments de travail rappelle la place que tenaient la lecture, l'histoire et la géographie dans son quotidien.




Projet de restitution de la bibliothèque de Napoléon à Longwood House dans son état de 1821, d'après la description manuscrite de Louis-Étienne Saint-Denis, dit Ali. La reproduction d'un corps de bibliothèque a déjà été financée grâce à la vente des immortelles du bicentenaire de 2021, tandis que la porte vitrée a été restituée grâce à un don de Lindsay et Gérard Meillan. Cette projection illustre les aménagements encore envisageables, sous réserve des études historiques et techniques nécessaires.



Le témoignage de Saint-Denis nous permet aujourd'hui d'approcher ce lieu avec une précision rare. Il évoque une pièce meublée avec soin, où les livres étaient classés selon leur format, où le bibliothécaire disposait de sa propre table de travail et où Napoléon venait parfois prendre place.

Restituer cette bibliothèque, ce serait donc rendre à Longwood House une dimension essentielle de son histoire, celle d'une maison où, jusqu'aux derniers mois, les livres et les documents demeurèrent les compagnons de la captivité.

Grâce aux premières réalisations financées en 2021 et au soutien de Lindsay et Gérard Meillan, cette restitution est déjà commencée. Le projet présenté aujourd'hui vise à lui donner les moyens d'être menée à son terme, dans le respect des témoignages historiques et des exigences de conservation.

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #14 - Restitution de la salle de billard dans son état de 1821

Longwood House

Projet de restitution de la salle de billard dans son état de 1821

Emplacement actuel de la table du billard dans le parloir


1. Présentation du projet

La réorganisation muséale de Longwood House offre une occasion de restituer à plusieurs espaces de la maison leur vocation historique et de rendre plus intelligible l'organisation des lieux durant les dernières années de la captivité de Napoléon.

L'une de ces transformations concerne l'actuelle boutique, installée dans une pièce qui était autrefois affectée au billard des domestiques.

La création envisagée d'un nouveau centre d'accueil des visiteurs, destiné à recevoir la billetterie et la boutique, permettrait de libérer cet espace de sa fonction commerciale et de lui rendre sa destination historique.

Le projet consiste à y transférer le billard ancien actuellement présenté dans une autre pièce de Longwood House, avec ses accessoires conservés dans les collections, notamment le porte-queues et le compte-points.

Ce déplacement permettrait simultanément de restituer à la pièce qui accueille aujourd'hui le billard sa fonction de parloir, conformément à l'organisation historique de la maison.

Il ne s'agit donc pas simplement de déplacer un meuble d'une salle à une autre, mais de rétablir la cohérence historique de deux espaces, aujourd'hui détournés de leurs fonctions respectives.



2. Restituer l'atmosphère de la maison en 1821

Salle construite "sur mesure" en 1819 pour accueillir la table de billard à l'usage des serviteurs 

La restitution de la salle de billard aurait pour ambition de retrouver, autant que les connaissances historiques et les éléments conservés le permettent, l'apparence et l'atmosphère de cette pièce à la fin de la captivité de Napoléon.

Le billard en constituerait naturellement l'élément central. Sa présence serait complétée par les accessoires qui lui sont associés, disposés dans un environnement architectural débarrassé des installations commerciales contemporaines.

Les murs pourraient retrouver une teinte verte conforme aux recherches historiques qui seront conduites, tandis que les menuiseries, les éléments décoratifs et l'éclairage seraient traités dans le respect du caractère ancien de la maison.

Une attention particulière serait accordée à la présentation du billard lui-même, dont la conservation et l'histoire justifient une mise en valeur spécifique.

L'objectif ne serait pas de créer un décor artificiel, mais de permettre au visiteur de retrouver la lecture d'une pièce de la maison telle qu'elle pouvait se présenter en 1821, en distinguant soigneusement les éléments authentiques des interventions contemporaines.

Cette restitution contribuerait à rappeler que Longwood House était aussi un lieu de vie quotidienne, organisé autour de fonctions domestiques et de relations humaines qui ne se limitaient pas aux appartements occupés par Napoléon.

3. Nature des travaux envisagés

L'ancienne pièce des serviteurs de 1821 est actuellement la boutique du musée. 

La transformation nécessiterait d'abord le démontage et l'évacuation des aménagements actuels de la boutique, notamment les comptoirs, les présentoirs et les mobiliers commerciaux.

Une étude de l'état de la pièce permettrait ensuite de définir les interventions nécessaires sur les murs, les peintures, les menuiseries et les installations techniques.

Le transfert du billard devrait faire l'objet d'une préparation particulière. Compte tenu de ses dimensions, de son poids et de son ancienneté, les opérations de démontage éventuel, de manutention, de déplacement et de réinstallation devront être définies avec des professionnels compétents, afin d'éviter tout dommage à l'objet comme au bâtiment.

Les accessoires historiques, notamment le porte-queues et le compte-points, seraient réinstallés selon une disposition étudiée à partir des documents disponibles et des contraintes de conservation.

La présentation finale pourrait être complétée par un dispositif d'interprétation discret, permettant au visiteur de comprendre la fonction de cette salle et sa place dans l'organisation domestique de Longwood House.

L'ensemble des interventions devra respecter les exigences de conservation des collections et du bâtiment historique.

4. Études historiques et expertise patrimoniale



La restitution de l'état de 1821 suppose une démarche préalable de recherche et de vérification.

Les sources documentaires, les représentations anciennes, les inventaires et les éléments matériels conservés devront être confrontés afin de préciser, dans toute la mesure du possible, les caractéristiques historiques de la pièce et la disposition de son mobilier.

Cette étude devra notamment permettre de confirmer les choix de couleurs, les traitements décoratifs et l'emplacement des accessoires.

L'intervention d'un architecte compétent en matière de patrimoine historique sera nécessaire pour définir les travaux, tandis qu'un spécialiste de la conservation-restauration devra examiner les conditions de déplacement et de présentation du billard et de ses accessoires.

Il conviendra également de vérifier que les conditions climatiques et matérielles de la nouvelle salle sont compatibles avec leur conservation durable.

Le projet devra privilégier des interventions mesurées et, autant que possible, réversibles, sans compromettre les éléments historiques encore présents.

5. Objet du financement recherché

Cette opération constitue un projet patrimonial à part entière, dont le financement pourrait être recherché indépendamment des autres composantes de la réforme muséale.

Le soutien sollicité aurait pour objet de permettre la réalisation des études historiques et techniques, la préparation de la pièce, les travaux de restauration intérieure, le transfert et la réinstallation du billard, ainsi que la présentation de ses accessoires.

Il couvrirait également, si les études en démontrent la nécessité, les interventions de conservation-restauration sur les éléments mobiliers et les dispositifs de protection ou d'éclairage adaptés.

Le montant du financement devra être déterminé à partir des études et des devis établis par les professionnels concernés.

La réalisation de cette restitution restera liée au transfert préalable de la boutique vers le nouveau centre d'accueil des visiteurs. Cette dépendance fonctionnelle n'empêche cependant pas de définir, de présenter et de financer séparément les travaux propres à la salle de billard.


Projet de restitution de l'ancienne salle de billard des domestiques de Longwood House dans son état de 1821. Le billard historique et ses accessoires seraient transférés dans l'actuelle boutique, après le départ de celle-ci vers le nouveau centre d'accueil. Projection illustrative, dont les choix décoratifs et les modalités de réalisation devront être confirmés par les études historiques et patrimoniales.


6. Une restitution au service de la cohérence historique de Longwood House

La restitution de la salle de billard dans son état de 1821 répond à l'une des ambitions essentielles de la réforme muséale : rendre à Longwood House sa lisibilité historique, sans sacrifier les nécessités de son fonctionnement contemporain.

Elle permettrait de replacer un meuble ancien et ses accessoires dans l'espace auquel ils étaient destinés, de libérer l'actuel parloir pour sa propre restitution et de faire disparaître les installations commerciales d'une pièce historique.

Cette transformation contribuerait ainsi à une meilleure compréhension de la vie quotidienne à Longwood, en donnant une place plus juste aux espaces domestiques qui entouraient les appartements de Napoléon.

Par son périmètre clairement défini, elle se prête à un financement spécifique, dont les résultats seraient immédiatement perceptibles dans le parcours de visite.

Il s'agirait, en définitive, de rendre à deux pièces de Longwood House leur fonction historique, en s'appuyant sur les éléments authentiques conservés et sur une restitution aussi fidèle que possible à l'état de 1821.

samedi 31 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #11 - Vitrines

 

Longwood House : les protections vitrées prennent leur place

À Longwood House, le travail de protection des collections se poursuit, pièce après pièce, avec une ambition aussi simple à énoncer que délicate à mettre en œuvre : préserver les objets et les décors historiques tout en permettant aux visiteurs de retrouver, autant que possible, l'atmosphère des dernières années de Napoléon à Sainte-Hélène.

La salle à manger de l'Empereur à Longwood

Une nouvelle étape vient d'être franchie avec l'achèvement de l'installation des protections vitrées dans plusieurs espaces de la maison : la salle à manger, la chambre mortuaire, la salle de bains, la bibliothèque ainsi que la petite dépendance où Marchand rangeait les vêtements de Napoléon. Une partie de la salle de billard a également été équipée afin d'assurer la protection des globes.

Salle de bain  de l'Empereur à Longwood

Ces interventions, parfois discrètes au point de passer presque inaperçues, répondent à une exigence essentielle : protéger sans enfermer, rendre les collections moins vulnérables sans interposer entre elles et le visiteur un dispositif qui ferait oublier les lieux où elles se trouvent.

 Le bureau de l'Empereur à Longwood transformé en chapelle ardente



Chambre de rangement des effets personnels de l'Empereur



Il reste désormais deux espaces à traiter : la chambre à coucher et, surtout, le salon, dont la configuration rendra l'intervention particulièrement complexe. C'est là que se présenteront les difficultés les plus importantes, tant il faudra concilier les nécessités de la conservation avec le respect de l'architecture intérieure et de la perception des volumes.

Bibliothèque de l'Empereur à Longwood

La scénographie proprement dite n'interviendra qu'une fois l'ensemble de ces installations achevé. La mise à distance des objets rendra alors possible une présentation beaucoup plus vivante des intérieurs, en disposant livres, cartes, bougeoirs, encriers, plumes et autres objets familiers de manière à évoquer les occupations quotidiennes des habitants de Longwood. Il ne s'agira pas de multiplier les pièces exposées, mais de leur restituer une présence, des rapports entre elles, et cette apparence de vie qu'une présentation purement muséale peine parfois à conserver.

Peu à peu, Longwood House se prépare ainsi à accueillir ses visiteurs dans de meilleures conditions, sans rien perdre, nous l'espérons, de ce qui fait sa singularité : non pas un musée ordinaire, mais une maison où l'histoire semble encore habiter les pièces.

jeudi 29 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #10 - Le cabinet de curiosités

 

Longwood House : un cabinet de curiosités pour les objets de l’exil

Une nouvelle étape du projet muséal des Domaines nationaux à Sainte-Hélène

À Longwood House, certains objets racontent l’exil de Napoléon avec une éloquence particulière. Ce ne sont pas nécessairement les plus précieux ni les plus spectaculaires. Une carafe, un verre, une assiette, une boîte à thé ou un livre peuvent parfois nous rapprocher davantage de la vie quotidienne de l’Empereur et de ses compagnons que les grands témoignages de l’histoire.

Ces objets modestes ont traversé deux siècles. Beaucoup sont fragiles, certains ne peuvent être exposés dans les pièces historiques auxquelles ils appartiennent, et d’autres demeurent conservés à l’abri des regards. Leur présentation constitue aujourd’hui l’un des enjeux du projet de réorganisation muséale de Longwood House.

C’est pour leur offrir une place que nous envisageons de transformer l’ancien cellier de la maison en un cabinet de curiosités consacré aux objets de l’exil.


Le cellier actuellement. Présentation du Retour des Cendres


Une pièce appelée à retrouver une nouvelle vocation

Pendant les années de captivité de Napoléon, cette pièce remplissait une fonction domestique : elle servait de cellier. Elle appartenait à cet ensemble de locaux indispensables au fonctionnement quotidien d’une maison où vivaient, travaillaient et se côtoyaient l’Empereur, ses compagnons et leurs domestiques.

Aujourd’hui, elle abrite une partie des collections relatives au Retour des Cendres de 1840, présentées notamment à travers des gravures, des souvenirs et différents objets commémoratifs.

Ces collections conserveront naturellement leur place dans le futur parcours muséal. Nous envisageons toutefois de leur consacrer un autre espace, éventuellement dans l'ancien appartement du docteur O’Meara, où elles pourraient constituer la conclusion de la visite, en évoquant le passage de la mort de Napoléon à Sainte-Hélène à la construction de sa mémoire en France.

L’ancien cellier pourrait ainsi accueillir une présentation entièrement renouvelée, consacrée non plus à la postérité de l’Empereur, mais aux objets qui témoignent de sa présence et de celle de son entourage à Longwood entre 1815 et 1821.



Projet de cabinet de curiosités dans l’ancien cellier de Longwood House. Vue de synthèse du futur aménagement muséographique, destiné à présenter les objets du quotidien, les souvenirs et les reliques de l’exil de Napoléon à Sainte-Hélène. Illustration réalisée avec l’aide de l’intelligence artificielle. Les objets représentés sont fictifs et ne constituent pas un inventaire des collections des Domaines nationaux.

Il y aurait d’ailleurs une certaine continuité dans cette transformation : une pièce autrefois destinée à conserver les provisions de la maison deviendrait, deux siècles plus tard, le lieu où seraient rassemblés et préservés quelques-uns des témoins matériels de son histoire.




Une grande bibliothèque-vitrine sur toute la longueur du mur

Le parti pris architectural est volontairement simple.

Plutôt que de multiplier les vitrines indépendantes et les meubles d’exposition, nous souhaitons installer une seule grande bibliothèque-vitrine occupant intégralement le mur droit de la pièce, du sol au plafond.

Ses dimensions prévisionnelles sont de 7,22 mètres de longueur, 2,25 mètres de hauteur et 65 centimètres de profondeur.

Réalisé en bois brun, cet ensemble présenterait une succession de portes vitrées aux montants fins, derrière lesquelles seraient disposées des étagères en verre. Une rampe lumineuse à LED, discrètement intégrée dans la partie supérieure de chaque compartiment, permettrait de mettre les objets en valeur sans recourir à un éclairage général excessif.

Dans la partie basse, deux rangées de tiroirs en bois courraient sur toute la longueur du meuble. Elles offriraient des espaces de rangement supplémentaires pour les éléments de collection qui ne seraient pas présentés en permanence, ainsi que pour les accessoires nécessaires à leur conservation.

Le reste de la pièce demeurerait aussi proche que possible de son aspect actuel. Le vert profond des murs serait conservé, de même que les gravures et les appliques murales existantes. Les autres meubles et la vitrine actuellement installée au fond de la salle seraient retirés.

Nous souhaitons ainsi obtenir un espace dépouillé, dans lequel le regard serait naturellement attiré vers les objets, sans que l'aménagement vienne rivaliser avec eux.

Cette sobriété est essentielle. Longwood House n’a pas vocation à devenir un musée contemporain installé dans une enveloppe ancienne. Elle doit rester une maison historique, dont les transformations muséographiques se font avec mesure et respect.




Les objets du quotidien, au cœur de la présentation

La nouvelle vitrine permettrait de réunir plusieurs catégories de collections aujourd’hui dispersées ou insuffisamment visibles.

Nous pensons notamment aux pièces de verrerie et de vaisselle contemporaines de l’exil, aux carafes, aux verres, aux services de table, aux boîtes et aux petits objets domestiques. Les livres et certains accessoires personnels pourraient également trouver leur place dans cette présentation.

Nous souhaiterions y intégrer des fragments architecturaux provenant des anciens bâtiments de Longwood, ainsi que différentes reliques et objets emblématiques conservés dans nos collections.

Ces ensembles ne seraient pas présentés comme une simple accumulation de souvenirs napoléoniens. Leur disposition devrait permettre de distinguer clairement les objets dont l’utilisation à Longwood est documentée, ceux qui sont contemporains de l’exil et ceux dont la valeur réside avant tout dans leur histoire ou leur provenance.

Car il ne suffit pas qu’un objet soit ancien pour qu’il ait appartenu à Napoléon. Cette distinction, parfois négligée dans les présentations traditionnelles, nous paraît fondamentale.

L’intérêt d’un tel cabinet serait précisément de donner à chaque pièce sa juste place, en accompagnant sa présentation d’une identification rigoureuse, mais discrète.

Nous souhaitons également éviter de surcharger les étagères. Les objets devront pouvoir être regardés individuellement, sans être noyés dans une accumulation décorative. Le cabinet de curiosités que nous imaginons emprunterait à la tradition ancienne son esprit de découverte, mais non son goût pour l’entassement.

La conservation, condition indispensable du projet

La présentation de collections aussi fragiles dans le climat de Sainte-Hélène impose plusieurs précautions.

L’humidité atmosphérique, particulièrement élevée à Longwood, constitue depuis toujours une difficulté majeure pour la conservation du mobilier, des livres, des métaux et de certains matériaux composites. La ventilation de l’ancien cellier, les risques de condensation et les variations des conditions ambiantes devront être pris en compte dès la conception du meuble.

La future bibliothèque-vitrine ne pourra donc être considérée comme un simple ouvrage de menuiserie.

Elle devra intégrer des dispositions adaptées à la conservation préventive : choix de matériaux compatibles avec les collections, protection contre les rayonnements ultraviolets, limitation des poussières, contrôle des conditions d’humidité et possibilité d’assurer une surveillance régulière des objets exposés.

L’éclairage LED devra être étudié pour éviter les échauffements et limiter l’exposition lumineuse des pièces sensibles. La transparence des étagères en verre favorisera une répartition plus homogène de la lumière, tout en donnant davantage de légèreté à la présentation.

Certains objets particulièrement fragiles pourront nécessiter une exposition temporaire ou une rotation régulière.

Ces questions devront naturellement être examinées avec les professionnels chargés de la conception et de la réalisation du mobilier.

Un aménagement au service d’un projet plus vaste

Ce cabinet de curiosités ne constitue pas une opération isolée.

Il s’inscrit dans la réforme muséale engagée pour Longwood House, dont l’objectif est de concilier trois exigences : préserver l’authenticité historique des lieux, mieux protéger les collections et offrir aux visiteurs une compréhension plus sensible de la vie quotidienne pendant l’exil.

Dans les pièces où vécut Napoléon, notre priorité demeure la conservation des décors et des aménagements historiques. Les interventions doivent y être aussi discrètes que possible.

L’ancien cellier offre une liberté différente. Sa fonction historique est connue, mais son aménagement actuel ne constitue pas une reconstitution de son état de 1821. Nous pouvons donc envisager une présentation muséographique plus affirmée, sans modifier les pièces qui conservent le souvenir direct de la présence de l’Empereur.

Cette distinction est importante. Il ne s’agit pas de moderniser indistinctement toute la maison, mais de choisir pour chaque espace la forme de présentation la plus appropriée à son histoire et à ses collections.

Un projet à financer

Les illustrations accompagnant cette présentation donnent une première idée de l’aménagement envisagé. Elles constituent des vues d’intention et non des plans d’exécution définitifs. Les détails de construction, les dispositifs de conservation et les modalités d’installation devront faire l’objet d’études complémentaires.

Nous souhaitons désormais rechercher les financements nécessaires à la réalisation de cette bibliothèque-vitrine.

La difficulté de ce type d’opération tient à la situation particulière des Domaines nationaux à Sainte-Hélène. Longwood House appartient à l’État français, mais sa situation géographique, son éloignement et les contraintes propres à l’île rendent les projets d’aménagement particulièrement complexes et coûteux.

Le concours de mécènes, de fondations, d’associations et de particuliers attachés à la préservation du patrimoine napoléonien peut donc jouer un rôle déterminant dans la réalisation de ce projet.

Les contributions recherchées permettraient de financer non seulement la fabrication et l’installation du mobilier, mais également les équipements indispensables à la protection et à la présentation des collections.

Nous espérons ainsi offrir à des objets parfois conservés depuis des décennies à l'abri des regards la possibilité de retrouver une place dans le récit de Longwood.

Car l’histoire de l’exil ne se résume ni aux décisions politiques ni aux dernières paroles de Napoléon. Elle se lit aussi dans les choses ordinaires qui l’entouraient, dans les gestes répétés de ceux qui vivaient auprès de lui, dans ces objets que l’on utilisait sans imaginer qu’ils deviendraient un jour les témoins d’une époque.

C’est à cette mémoire plus intime que nous souhaitons donner une place dans l’ancien cellier de Longwood House.

Projet en cours d’étude. Les illustrations sont des simulations destinées à présenter l’intention muséographique ; elles ne constituent pas une représentation définitive des aménagements ni un inventaire des objets qui seront exposés.

lundi 5 octobre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #6

Le Projet muséal de Longwood entre dans sa phase concrète

Les premières images sont encore modestes. Elles montrent des arbres abattus, des espaces dégagés, une pelleteuse au travail. Pourtant, c’est bien ici que commence, très concrètement, la mise en œuvre du Projet muséal de Longwood.

Avant de construire, d’aménager ou de restituer, il faut préparer les lieux.


Ces premiers travaux concernent les cheminements qui permettront demain d’organiser plus clairement l’entrée et la sortie des visiteurs, autour du futur espace d’accueil. Il s’agit donc, pour l’instant, de dégager les accès, de reprendre les abords, d’abattre certains arbres devenus gênants ou dangereux et de préparer les circulations nécessaires au nouveau parcours de visite.




Cette étape peut sembler éloignée de la muséographie proprement dite. Elle en constitue pourtant l’un des fondements. Le projet prévoit en effet que le visiteur soit accueilli avant son entrée dans la Maison de Longwood, puis qu’il rejoigne celle-ci à pied, par les jardins et les cheminements extérieurs. Cette approche fait partie intégrante du récit : quelques minutes durant lesquelles le paysage, le vent et la végétation préparent déjà à la découverte de la maison. Projet muséal pour la Maison de…

Le projet entre ainsi dans cette période particulière où les dessins, les études et les intentions commencent à prendre corps dans le paysage.


Nous suivrons ici, au fil des semaines et des mois, l’évolution du chantier : non pas comme un grand récit institutionnel, mais simplement depuis Longwood, au plus près des travaux, des difficultés, des transformations et des solutions trouvées sur place.

Aujourd’hui : ouvrir les passages. Demain : y faire passer les visiteurs.


jeudi 17 septembre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #5

Le Souvenir napoléonien s'engage aux côtés de Longwood House

Il est des nouvelles qui dépassent le simple cadre d'un projet. Celle-ci en est une.

Le Souvenir napoléonien vient de lancer officiellement une campagne nationale de souscription destinée à soutenir le projet « Longwood House 2026 », consacré à la préservation et à la mise en valeur de la dernière demeure de Napoléon à Sainte-Hélène.

Au-delà de l'appel à la générosité de ses adhérents, cette initiative revêt, à mes yeux, une signification toute particulière.



Depuis plus d'un siècle, le Souvenir napoléonien rassemble celles et ceux qui entretiennent la mémoire de Napoléon à travers la recherche historique, les publications, les conférences et les activités culturelles. De leur côté, les Domaines nationaux français de Sainte-Hélène ont pour mission, depuis 1858, de conserver les lieux mêmes où cette histoire s'est achevée.

Ces deux missions étaient naturellement complémentaires. Pourtant, elles n'avaient jamais réellement trouvé l'occasion de se rejoindre autour d'un projet commun.

C'est précisément ce que permet aujourd'hui cette campagne.

Le projet « Longwood House 2026 » ne consiste pas à transformer la maison de l'Empereur. Bien au contraire. Il vise à préserver son authenticité tout en offrant aux visiteurs du XXIᵉ siècle les moyens de mieux comprendre ce qu'a été l'exil de Napoléon : un nouvel espace d'accueil, une meilleure présentation des collections, des outils d'interprétation renouvelés et un parcours de visite enrichi, dans le respect absolu de l'esprit des lieux.

Réaliser un tel projet sur l'une des îles les plus isolées du monde représente un défi particulier. Les visiteurs sont infiniment moins nombreux que dans les grands sites historiques européens, alors même que les exigences de conservation et de qualité d'accueil sont les mêmes, sinon supérieures. C'est pourquoi le soutien de tous ceux qui sont attachés à la mémoire napoléonienne prend ici une importance toute particulière.

Je tiens à remercier très chaleureusement Guy Carrieu, président du Souvenir napoléonien, Jean-Marc Auger, qui a porté cette initiative au sein de l'association, ainsi que l'ensemble des membres de son Conseil d'administration pour la confiance qu'ils accordent à ce projet. Mes remerciements vont également à Paskalita Francheteau, dont l'engagement discret mais déterminant a permis de créer le lien entre le Souvenir napoléonien et la Saint Helena Napoleonic Heritage Ltd, porteuse du projet.

J'aime à penser que cette campagne ne marque pas seulement le début d'une souscription. Elle ouvre peut-être une nouvelle page dans les relations entre le Souvenir napoléonien et les Domaines nationaux français à Sainte-Hélène.

Car préserver Longwood House, ce n'est pas seulement entretenir une demeure historique.

C'est transmettre aux générations futures le lieu où l'Histoire est devenue mémoire.

Les personnes qui souhaiteraient soutenir cette initiative trouveront toutes les informations utiles sur le site du Souvenir napoléonien :

https://lesouvenirnapoleonien.fr/longwood-house-2026/

Si cette campagne rencontre le succès que nous espérons, elle aura atteint un second objectif qui me tient particulièrement à cœur : avoir rapproché durablement ceux qui font vivre la mémoire de Napoléon de l'un des lieux où cette mémoire est née.



dimanche 13 septembre 2026

Longwood House — Carnet de la réforme muséale #4

 Maison de Longwood : publication du projet muséal (Option C)

Depuis plusieurs années, les Domaines nationaux conduisent une réflexion de fond sur l'avenir de Longwood House et sur la manière de mieux raconter aux visiteurs l'histoire de Napoléon à Sainte-Hélène.

Cette réflexion s'est progressivement enrichie des observations recueillies sur le terrain, des échanges avec les visiteurs, des discussions menées avec les services du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, avec de nombreux historiens, conservateurs, mécènes et amis de Sainte-Hélène.


Aujourd'hui, j'ai souhaité rendre public le document présentant l'Option C, qui constitue désormais la solution retenue comme base de travail pour les années à venir.

Il ne s'agit pas d'un projet figé. Comme toute réflexion patrimoniale, il continuera d'évoluer au rythme des études, des échanges et des possibilités offertes par les futurs partenaires.

Le rendre public répond à une conviction simple : les grands projets patrimoniaux gagnent à être partagés. Ils deviennent ainsi un objet de réflexion collective avant même de devenir une réalité.

Je remercie très sincèrement toutes celles et tous ceux qui, depuis plusieurs années, contribuent, chacun à leur manière, à nourrir cette réflexion.

La suite reste à écrire.


Accéder au projet

Afin de permettre à chacun — partenaires, chercheurs, visiteurs, amis du lieu — de découvrir ce travail dans son intégralité, je mets à disposition ici le libellé complet du projet muséal, accompagné de ses documents de référence (PDF) :

👉 [Accéder au libellé du projet muséal de Longwood House]

👉 [Accéder au rapport du choix de projet – décision du 9 septembre 2026]

jeudi 10 septembre 2026

Un témoin de la maison Bertrand, Étienne Bouges

Le 28 août 2009, soit d
eux jours après avoir annoncé la reprise de la maison Bertrand par le St Helena National Trust, je consacrais un autre billet à l’un de ceux qui l’avaient connue lorsqu’elle était encore habitée par la famille du grand-maréchal : Étienne Bouges.


Né à Lye, dans l’Indre, le 2 juin 1795, Bouges était le fils de l’un des fermiers de la famille Bertrand. À Sainte-Hélène, le grand-maréchal éprouvait des difficultés à trouver un domestique qui lui convînt et demanda à son père de lui envoyer un homme de confiance. Le jeune Bouges se proposa. Il avait vingt-trois ans lorsqu’il débarqua sur l’île en janvier 1819.

Il entra ainsi au service des Bertrand et vécut auprès d’eux durant les dernières années de la captivité. Derrière l’architecture de la maison apparaissait donc tout un petit monde domestique dont les traces sont aujourd’hui beaucoup plus difficiles à saisir : les Bertrand et leurs enfants, bien sûr, mais aussi ceux qui les servaient et partageaient leur existence quotidienne à Longwood.

Bouges se trouvait encore à Sainte-Hélène lorsque Napoléon mourut, le 5 mai 1821. Bien des années plus tard, il racontait avoir participé à sa toilette funèbre et que Marchand lui aurait demandé de soutenir la tête de Napoléon pendant qu’on le rasait. Le docteur Fauconneau-Dufresne recueillit ce souvenir de sa bouche et le rapporta en 1881 dans une brochure consacrée au grand-maréchal Bertrand. Le témoignage doit être considéré avec prudence, mais il montre combien Bouges demeura, jusqu’à un âge avancé, dépositaire de ses souvenirs de Sainte-Hélène.

Après le retour en France, il resta au service de Bertrand jusqu’en 1830. Il mourut à Châteauroux le 20 février 1888, à l’âge de quatre-vingt-douze ans.

En retrouvant son histoire en 2009, je voulais aussi rappeler que la maison que l’on entreprenait enfin de sauver n’était pas seulement celle d’un grand personnage de l’Empire. Pendant quelques années, elle avait été une véritable maison de famille, peuplée d’enfants, de domestiques, d’allées et venues, et de toutes ces existences modestes que la grande histoire laisse généralement dans l’ombre.



 Serviteur du comte Bertrand, remplaçant de Bernard, a laissé un récit de sa vie à Longwood. Voici la description de la maison qu’Etienne Bouges nous a laissée ; ce texte a été publié et annoté par le Docteur Fauconneau-Dufresne dans le Souvenir Napoléonien. 

HABITATION DE LA FAMILLE BERTRAND. SES HABITUDES 

La famille Bertrand qui, depuis l'origine, vivait à part, avait d'abord habité Hutt's Gate. C'était une petite maison qui était sur le chemin de Jamestown à Longwood ; elle était mal distribuée et on y était très gêné. Bien qu'à vol d'oiseau, elle fût peu distante de l'habitation de l'Empereur, on n'y parvenait que par de longs détours[1], mais deux ans avant mon arrivée, on avait construit pour la famille Bertrand une maison en pierres, qui n'était séparée de la maison de l'Empereur que par son jardin. 

Voici quelle était la disposition de cette maison devant l'entrée qui était située vers l'habitation de l'Empereur, il y avait une petite véranda qui servait de vestibule. De là, on entrait dans la salle à manger, puis dans le salon. La salle à manger n'était pas grande, mais le salon avait des dimensions convenables. Les deux pièces se commandaient. A la suite du salon, il y avait sur le jardin, une autre véranda, beaucoup plus grande que la première ; elle servait à la récréation des enfants, par le mauvais temps.  

A gauche du salon, était la chambre à coucher de Mme la comtesse. Cette chambre était éclairée par deux fenêtres qui donnaient sur le camp de la garnison. Ce camp était séparé de la maison par un profond ravin. Auprès de la chambre, se trouvaient deux cabinets de toilette qui prenaient jour sur la cour. De l'autre côté du salon était la chambre des enfants, de la même grandeur que celle de Mme la comtesse ; leur gouvernante y couchait. Cette chambre avait aussi deux cabinets de toilette donnant sur la cour. Le premier étage était une mansarde. Le général y avait sa chambre au-dessus de celle de sa femme ; cette pièce y communiquait par un escalier intérieur. A côté, était un cabinet où il faisait sa toilette. Au dessus de la chambre des enfants, une pièce à cheminée servait de décharge. Le reste de la mansarde constituait deux autres petites pièces, l'une occupée par moi, et l'autre par les deux domestiques anglais. Le mobilier fourni par le gouvernement anglais était très médiocre. La cuisine attenait à la maison sans y communiquer directement, elle était sans plafond, comme une grange. Le cuisinier, dont on pouvait avoir besoin le soir, comme pour de l'eau chaude ou du thé, couchait sur un matelas posé sur une table. Les autres Chinois se retiraient la nuit dans des huttes à eux.  

A mon arrivée, le jardin n'était ni terrassé ni clos, ce n'était qu'une pelouse en pente. Les sentinelles s'approchaient le soir des fenêtres de Mme la comtesse et auraient, pour ainsi dire, pu entendre ce qu'on disait dans la chambre. Je m'occupai de faire rapporter des terres pour égaliser le terrain, et je fis construire une assez jolie palissade en bois de sapin, d'un mètre de haut de manière à circonscrire un assez grand espace en forme de carré long. Les sentinelles furent, par la suite, obligées de rester à une certaine distance. Je fis placer des fleurs du pays dans le jardin, des géraniums surtout. J'y fis aussi planter des pêchers déjà en fleurs, et qui, moyennant de nombreux arrosements, donnèrent la même année des fruits, malheureusement fort médiocres. Ces pêchers étaient en touffes, comme ceux de nos vignes. Des plates-bandes furent établies autour des gazons. La cour n'était pas grande ; elle était séparée du jardin de l'Empereur par un mur, de sorte que, pour aller chez sa Majesté, il fallait sortir dehors.  

 

Mme la comtesse Bertrand prenait son café au lit et ne se levait que pour déjeuner. Elle ne sortait presque pas. La gouvernante de ses enfants était pour elle une ressource mais, un an avant la mort de l'Empereur, elle se maria avec Saint-Denis, l'un des serviteurs de Sa Majesté, et elle fut habiter avec son mari ; tous les deux sont revenus à Paris[2]. Mme la comtesse avait toujours une mise soignée, même pour le déjeuner. Elle était ordinairement habillée de blanc, avec des peignoirs tuyautés. Quelquefois, elle allait se promener avec son mari et ses enfants du côté du camp, surtout le dimanche. Les officiers ayant disposé un espace pour faire des courses, ils avaient coutume de s'y rendre. Quelques personnes de la maison de l'Empereur y assistaient aussi. Il y avait près du camp, un marchand nommé Bannister, qui vendait de la mercerie et des étoffes. Les fils de Mme la comtesse étaient habituellement vêtus de nankin avec des vestes courtes en drap[3]. 

 

Mme la comtesse Bertrand allait très peu chez l'Empereur et l'Empereur ne venait que rarement chez elle. Comme, par suite de ses nombreuses fausses couches, elle était presque constamment souffrante, l'Empereur envoyait souvent M. Marchand, son premier valet de chambre, savoir de ses nouvelles. Je ne me souviens n'avoir vu venir l'Empereur que trois ou quatre fois. A sa première visite, il me prit par l'oreille de manière à me faire mal, en me disant : « Berrichon, va dire à la comtesse que je désire la voir ». Ses visites n'étaient jamais longues. Jamais, il ne vint le soir[4].  

 

Un matin, l'Empereur se présenta vers dix heures. Il paraissait dispos et de bonne humeur ; le temps était doux et agréable. Il passa dans le jardin, frappa aux persiennes de Mme Bertrand et fit dire qu'il voulait déjeuner avec toute sa famille sur la pelouse. On apporta le déjeuner de chez lui. Le repas fut gai et l'Empereur s'amusa avec les enfants. Il avait sa tenue habituelle. Je remarquai son embonpoint, ses épaules larges et son col court. Il avait le teint basané. Ses cheveux étaient châtains, plats, clairsemés et grisonnants. Il avait peu de barbe qu'il faisait tous les jours avec soin. Ses mains et ses pieds étaient d'une finesse extrême. J'ai entendu dire à un marchand que l'Empereur n'aimait pas être gêné par un habit neuf, qu'il lui arrivait de faire retourner un habit usé pour éviter cette gêne. Peu après le déjeuner, il se retira. Ceci eut lieu environ 15 mois après mon arrivée dans l’île[5]. 

 

Les soirées étaient assez longues, car la nuit venait à six heures. Quoique M"'" la Comtesse reçut quelque-des différents docteurs[6], et de l'abbé Vignali, elle s'ennuyait beaucoup et pleurait souvent. A ma connaissance, le marquis de Montchenu, commissaire français ne vint jamais chez elle. Cependant, il y est venu plusieurs fois à Paris, depuis le retour de Sainte-Hélène. C'était un grand vieillard qui avait une abondance de cheveux blancs[7]. Je ne me rappelle pas, à plus forte raison, d'avoir vu venir chez elle, les commissaires autrichien et russe, MM. de Stürmer et Balmain. 

Je n'ai jamais vu venir non plus chez Mme la comtesse Bertrand, Mme Montholon. Je crois qu'elles n'étaient pas bien ensemble. Elle quitta Sainte-Hélène peu de mois après mon arrivée. Je pense bien, cependant, qu'avant son départ, elle dut venir faire ses adieux à Mme Bertrand. Elle partit avec un officier anglais et emmena sa fille et son fils Tristan, tous les deux étaient à peu près du même âge que les enfants de Mme Bertrand. 

On dînait à 7 heures, et peu après, le général se rendait chez l'Empereur, il y passait presque toutes les soirées. Il y restait aussi une grande partie de la journée. L'Empereur le faisait, en outre, souvent demander et quelquefois même la nuit. Lorsque le général s'y rendait, il était toujours en tenue, c'est-à-dire qu'avec un habit bourgeois, un gilet de piquet blanc, une cravate noire, un pantalon de drap bleu ou de nankin, il mettait des bottes à l’écuyère. C'était une étiquette de l’Empire. 

Le général avait une santé parfaite, je ne l'ai jamais vu malade. La mort de son père, arrivée en 1819, lui causa un profond chagrin[8]. Il se tint dans la chambre pendant plusieurs jours sans recevoir personne. L'Empereur vint le voir à cette occasion. » 

 



[1] Inexact. La maison d'Hutt's Gate, à la limite sud-ouest du périmètre de 4 Milles, à l'intérieur duquel Napoléon pouvait se promener librement, était distante de Longwood de 500 mètres environ au début d'une longue ligne droite qui aboutit au corps de garde. Il n'y avait donc aucun détour entre les deux maisons et Napoléon vint souvent rendre visite aux Bertrand par la route directe

[2] Ce mariage d'Ali Saint-Denis avec la jolie Irlandaise Mary Hall fit beaucoup de bruit dans le petit univers concentrationnaire de Longwood. Le fiancé venait la nuit chez Bertrand qui sert plaignit à Napoléon en décembre 1818 et s'attira cette réponse : on ne peut les empêcher de se marier, mais il faut gagner du temps. Il n'y a pas à craindre qu'elle revienne grosse. Il parait que la femme est sage et lui n'est pas libertin». Néanmoins il fut convenu d'un commun accord d'interdire les visites nocturnes. Le mariage fut béni clandestinement le 14 octobre 1819, Montholon et Mme. Bertrand étant témoins. L'apprenant, Napoléon s'emporta et interdit au ménage de cohabiter. Mais finalement la chambre d'Ali, dans les combles de Longwood, fut agrandie pour héberger Mary. Le 31 juillet 1820 elle accouchait d'une fille nommée Clémence. Napoléon, sans rancune, passa au cou du bébé la plus belle chaîne d'or de l'une de ses montres. (Cf. Guy Godlewski, chapitre les compagnons de la captivité, in Sainte-Hélène terre d'exil, Hachette, 1971).

[3] Les courses de chevaux du camp de Deadwood étaient l'occasion de tromper l'ennui mortel de Sainte-Hélène, mais surtout prétexte à se renseigner auprès des commissaires étrangers, le Français Montchenu, le Russe Balmain, l'Autrichien Stürmer. De petites intrigues inspirées par Napoléon s'y nouaient, à la fureur d'Hudson Lowe, qui exigeait de la part des intéressés des rapports circonstanciés sur les propos tenus par les Français.

[4] Sur les origines du refroidissement des rapports entre Napoléon et les Bertrand, Cf . la même étude. Quant aux fausses couches de Mme Bertrand, elles étaient la fable de l'île. J'en ai dénombré, dans les cahiers de son mari, trois avant la naissance d'Arthur Bertrand et trois après. Soit sept grossesses, dont une menée à terme, en cinq ans ! . . .

[5] Cette anecdote est inédite. Située par Bouges an printemps de 1820, en pleine fièvre de création des jardins, elle n'a suscité aucun écho dans les Cahiers de Bertrand qui, par lassitude, n'a rien noté cette année-là.

[6] Avant tout Antommarchi, à qui Napoléon reprocha injustement son intimité avec Fanny Bertrand. Egalement le Dr Livingstone, son médecin attitré et le Dr Verling qui donna occasionnellement des soins aux enfants.

[7] Les rapports de ce personnage ridicule ont été publiés par Firmin-Didot (La captivité de Sainte-Hélène, 1894) . Ceux de Stürmer, par St Cère et Schlitter (Napoléon à Sainte-Hélène, 1887). Ceux de Balmain, le plus intelligent des trois, dans la Revue Bleue (avril-octobre 1897). Tous fustigent les tracasseries inquisitrices d'Hudson Lowe.

[8] Inexact. Henry Bertrand mourut à Châteauroux le 13 mars 1820. Le Grand Maréchal dut apprendre la nouvelle en juin, mais nous avons dit que ses Cahiers furent interrompus cette année-là.


Maison Bertrand... retour en images sur les années 2008-2009

 Pour comprendre le dossier actuel de la maison Bertrand, il faut remonter près de vingt ans en arrière. J’avais alors commencé à suivre son devenir sur l’un de mes anciens blogs, aujourd’hui disparu. Le 6 novembre 2008, après m’être rendu sur place, je publiais deux photographies accompagnées de ce constat : « La maison Bertrand… abandonnée ».

6 novembre 2008 : une maison abandonnée

La maison avait été construite à Longwood pour le grand-maréchal Bertrand et sa famille. Cette charmante demeure de style Regency avait conservé l’essentiel de son caractère. Sa véranda, notamment, avait été ajoutée dès l’origine afin de permettre aux enfants Bertrand d’y jouer à l’abri des intempéries de Longwood.


En novembre 2008, pourtant, son état et surtout son avenir inspiraient de sérieuses inquiétudes. Le dossier relevait alors de la St Helena Development Agency (SHDA), qui expliquait depuis plusieurs années ne pouvoir véritablement intervenir dans l’attente d’une décision du gouvernement britannique. Cette attente se prolongeait déjà depuis près de six ans.




Je publiais alors ces photographies pour montrer la maison telle qu’elle se présentait, abandonnée à elle-même, mais encore remarquablement préservée dans son architecture.

Une autre inquiétude apparaissait déjà : la SHDA envisageait la construction d'un nouveau bâtiment à proximité immédiate de la maison. J’en reproduisais également le plan, avec cette simple remarque : « Je vous laisse juge. »


Ces documents de novembre 2008 constituent ainsi le premier jalon d’une histoire qui, près de vingt ans plus tard, n’est toujours pas entièrement achevée.


22 février 2009 : la dégradation se poursuit

Quelques mois plus tard, le constat était déjà plus préoccupant.

De retour d’un long voyage en Europe et en Afrique du Sud, je retrouvais Sainte-Hélène avec un plaisir qui ressemblait beaucoup à un soulagement. J’écrivais alors : « Ah ! La tranquillité de l’île. »



Mais cette tranquillité contrastait singulièrement avec ce que je retrouvais à Longwood. Je retournai voir la maison Bertrand, ou Bertrand’s Cottage, dont j’avais signalé l’abandon quelques mois auparavant.

Malgré mes appels répétés auprès des différents interlocuteurs concernés, force était de constater que rien n’avait véritablement changé. Bien au contraire : la maison s’enfonçait peu à peu dans un état de délabrement de plus en plus inquiétant.

Ne pouvant alors en montrer l’intérieur, je me contentais de publier de nouvelles photographies extérieures. Elles témoignaient, mieux que de longs commentaires, de cette lente dégradation d’un bâtiment dont personne ne contestait pourtant l’intérêt historique.


Entre les photographies de novembre 2008 et celles de février 2009, une première évidence apparaissait déjà : le temps, lui, n’attendait aucune décision administrative.





1er juillet 2009 : à l’intérieur de la maison Bertrand

Quelques mois plus tard, une circonstance particulière me permit enfin de pénétrer dans la maison.

Une équipe de journalistes travaillant pour ARTE était venue à Sainte-Hélène afin d’y réaliser un reportage. J’en profitai pour leur montrer la maison Bertrand et j’obtins du gouvernement de Sainte-Hélène les clés permettant d’en visiter l’intérieur.

Ce que nous y découvrîmes confirmait malheureusement les inquiétudes exprimées depuis plusieurs mois.

J’écrivais alors simplement : « Quelle tristesse… »




L’expression n’avait rien d’exagéré. À l’humidité qui gagnait le bâtiment s’ajoutaient les conséquences de son abandon : des oiseaux morts jusque dans la cuvette des toilettes, des dégradations provoquées par des skateurs qui avaient investi les lieux, et partout cette impression qu’une maison historique encore sauvable était lentement laissée à elle-même.

Je ne savais alors dire ce qui m’avait fait le plus de peine : les dégâts eux-mêmes ou le sentiment qu’ils auraient pu être évités.

Pour la première fois, les photographies prises ce jour-là permettaient de montrer non plus seulement l’apparence extérieure de la maison Bertrand, mais les conséquences très concrètes de son abandon.



26 août 2009 : la maison Bertrand reprend vie

Les appels lancés au cours des mois précédents finirent par être entendus.



Le gouvernement de Sainte-Hélène, qui ne disposait plus des moyens nécessaires pour entretenir l’ensemble de ses propriétés, accepta de louer la maison Bertrand au St Helena National Trust. La maison et ses jardins purent enfin commencer à être remis en état.

Après les images d’abandon de novembre 2008, la dégradation constatée en février puis la découverte, en juillet, de l’état préoccupant de l’intérieur, c’était le premier véritable changement dans cette histoire. Pour la première fois, il devenait possible d’espérer que la maison serait sauvée.



À cette occasion, j’avais souhaité rappeler ce que représentait ce bâtiment dans l’histoire de Longwood.

Le 20 octobre 1816, le grand-maréchal Bertrand, son épouse et leurs enfants vinrent s’installer dans cette maison nouvellement construite à proximité de celle de Napoléon. Bertrand le note dans ses Cahiers de Sainte-Hélène et Gourgaud consigne le même jour dans son journal : « Bertrand et sa femme viennent habiter leur nouvelle maison. »



Quelques jours plus tard, Gourgaud la visite et écrit qu’elle « a l’air d’une prison ». Napoléon lui-même paraît pourtant regretter qu’une seconde construction ne lui fasse pas pendant, car elle aurait contribué à soustraire Longwood House aux regards des factionnaires.

Mais le témoignage le plus vivant sur la naissance de la maison est sans doute celui du lieutenant-colonel Basil Jackson, chargé d’en surveiller l’achèvement. Dans Waterloo et Sainte-Hélène, il raconte comment la comtesse Bertrand profita avec une certaine habileté des instructions qui lui avaient été données :

« Celle-ci ne perdit pas son temps, et, se prévalant de l'autorité qui m'était déléguée, elle me demanda d'ajouter une véranda. »

Jackson consulta le gouverneur, qui l’autorisa à satisfaire cette demande dans la mesure du possible. Restait à en déterminer les dimensions. La réponse de Fanny Bertrand fut sans ambiguïté :

« Vous devez la faire grande, me dit-elle, pour que mes enfants puissent y jouer. »


 

Et Jackson de conclure avec amusement :

« Bref, de fil en aiguille, la véranda devint une chambre de bonne dimension, et j'avais l'habitude de complimenter la comtesse sur son habileté à dresser les plans d'une véranda. »

Cette véranda que montrent encore les photographies n’est donc pas une transformation tardive de la maison. Elle appartient à sa construction même et conserve, derrière son architecture, quelque chose de la vie quotidienne de la famille Bertrand : l’espace réclamé par une mère pour que ses enfants puissent jouer à l’abri du climat de Longwood.

C’était cette maison, demeurée étonnamment lisible près de deux siècles plus tard, que le National Trust entreprenait de faire revivre en août 2009.



29 août 2009 : « Faithful »

Le vendredi 28 août 2009, la prise en charge de la maison Bertrand par le St Helena National Trust fut officiellement marquée par une petite cérémonie organisée sur place. Après un rappel de l’histoire de la maison et de ceux qui l’avaient habitée, le National Trust m’avait demandé de prononcer quelques mots.


On m’avait accordé cinq minutes. Je répondis qu’un seul mot suffisait : « Faithful », fidèle.

Fidèle, d’abord, comme Bertrand l’avait été à Napoléon, à une idée, à une conviction et à une certaine vision du monde.


Fidèle ensuite comme Fanny Bertrand l’avait été à son mari, qu’elle avait suivi dans les bouleversements successifs de leur existence, des Provinces illyriennes à l’île d’Elbe, puis de Sainte-Hélène jusqu’au retour à Châteauroux.

Mais ce mot devait aussi s’appliquer à la maison elle-même et à ce que j’espérais alors pour son avenir. Je disais :

« Faithful to a dream: Bertrand’s Cottage must be preserved for, and by, St Helena Island to allow St Helena and France to work together. In my dream it is important the Napoleonic heritage of the island should be shared. From day one, I am faithful to this idea and Bertrand’s Cottage is the key. »

J’insistais aussi sur la fragilité du bâtiment. La politique d’attente qui avait précédé sa reprise par le National Trust avait laissé des traces et, sous le climat humide de Longwood, une maison que l’on croit solide peut se dégrader avec une rapidité redoutable.

L’arrivée du National Trust me semblait alors ouvrir une possibilité nouvelle : préserver le passé sans pour autant refuser l’avenir. C’était précisément ce que cette maison pouvait symboliser. Son histoire n’avait pas à s’opposer au développement de Sainte-Hélène ; elle pouvait au contraire en devenir l’un des éléments.

Je terminais mon intervention par des mots que je relis aujourd’hui avec un sentiment particulier :

« This house is no judge. This House is a patient, a silent witness. May she look upon us kindly tomorrow for what we do today. Together. »

Dix-sept ans plus tard, cette dernière phrase donne peut-être à cette cérémonie de 2009 une résonance que je ne pouvais évidemment pas prévoir alors. La maison Bertrand avait été sauvée une première fois. Restait à savoir ce que les années suivantes allaient faire de cette promesse.