Renseignements généraux pour préparer votre visite

jeudi 5 mars 2026

Sainte-Hélène, île de mémoire et de réalités

Dans les lieux chargés d’histoire, la mémoire se mêle toujours aux réalités du quotidien.

Plateau de Longwood (La Maison de Napoléon au centre)

Il suffit de prononcer le nom de Sainte-Hélène pour que l’imagination se mette aussitôt en marche. L’île surgit alors comme un fragment d’histoire posé sur l’océan : un rocher isolé, battu par les vents, où Napoléon vint terminer sa vie et où la légende prit racine.

Ceux qui entreprennent aujourd’hui le voyage jusqu’ici arrivent rarement par hasard. Le plus souvent, ils ont longtemps rêvé de cette île avant d’y poser le pied. Dans leur esprit, Sainte-Hélène est un lieu hors du temps, presque une relique de l’histoire.

La réalité, comme toujours, est un peu différente — et parfois plus simple.

Jamestown, vue du sud-est

Administrer les Domaines nationaux de Sainte-Hélène consiste d’abord à veiller sur trois lieux : Longwood House, le Pavillon des Briars et la vallée de la Tombe. Ces sites, dispersés dans les paysages de l’île, forment un ensemble fragile où l’histoire se mêle aux éléments. Ici, le vent, l’humidité, les termites et les moisissures sont des adversaires plus constants que les polémiques historiographiques.

La tâche est quotidienne et concrète: réparer une gouttière, protéger un meuble, surveiller un sentier, accueillir un visiteur.

Vallée des Briars


Mais Sainte-Hélène étant ce qu’elle est — une île isolée au milieu de l’Atlantique — les rôles prennent parfois une tournure inattendue. Pour beaucoup de voyageurs qui préparent leur venue, l’administrateur des lieux devient naturellement une sorte de point de repère. On lui écrit pour demander des conseils, des informations, ou simplement pour savoir comment atteindre cet endroit que peu de cartes semblent vouloir indiquer clairement.

Il arrive alors que certains imaginent que mes fonctions incluent aussi l’organisation de leur séjour : trouver un hôtel, réserver une voiture, prévoir un itinéraire ou organiser un transfert depuis l’aéroport.

La chose est compréhensible. Sur une île qui compte à peine quelques milliers d’habitants, les frontières entre les métiers semblent parfois moins nettes qu’ailleurs.


Black Rock

La réalité est pourtant plus simple : les voyageurs qui viennent jusqu’à Sainte-Hélène sont accueillis par les acteurs touristiques de l’île, qui connaissent mieux que quiconque les subtilités logistiques de ce petit territoire posé au milieu de l’océan.

Quant à moi, je reste à ma place — celle qui consiste à veiller sur les lieux où l’histoire s’est arrêtée un jour de mai 1821.

Il faut dire qu’au bout du monde, les journées sont déjà bien remplies. Et l’Empereur, qui avait fini par trouver ici un certain goût pour le jardinage, n’aurait sans doute pas imaginé qu’un jour l’on demanderait à son conservateur de réserver des chambres d’hôtel.


Maison de longwood à la tombée de la nuit


mercredi 4 mars 2026

Domaines français en territoire étranger : un précédent alsacien

Un « héritier direct de Xavier Uhlmann », Xavier Maillard, Maître en affaires internationales, m’avait, en 2008, adressé un message d’une rare précision juridique. J’en livre ici un extrait, tant il éclaire avec justesse le statut singulier des domaines français de Sainte-Hélène.


Son propos prend appui sur un cas moins connu, mais tout aussi révélateur : celui de la forêt de l’Obermundat, à Wissembourg, dans le Bas-Rhin.

« … la notion des domaines français en territoire étranger ne me laisse pas non plus indifférent… »

Suit un développement détaillé sur cette forêt domaniale française située aujourd’hui en Allemagne, dont le statut a été façonné par les aléas du Congrès de Vienne, les rectifications de frontière d’après-guerre, les ordonnances d’occupation et les accords diplomatiques de 1984.



Le cas de l’Obermundat rappelle que la propriété domaniale peut, dans certaines circonstances, survivre aux déplacements de souveraineté.

Il n’est pas exceptionnel que des particuliers ou des communes possèdent des terres au-delà d’une frontière. Il est en revanche plus rare qu’un État demeure propriétaire de domaines situés sur le territoire souverain d’un autre État.

C’est pourtant le cas des domaines français de Sainte-Hélène depuis Napoléon III.

Comme pour la forêt de Wissembourg, il s’agit d’une dissociation subtile entre propriété et souveraineté. À Sainte-Hélène, la République française est propriétaire des sites de Longwood, du Pavillon des Briars et de la Tombe, tout en reconnaissant pleinement la souveraineté britannique sur l’île.

Le parallèle est éclairant : dans les deux situations, le droit domanial traverse les frontières sans les abolir.

La comparaison alsacienne montre que ces constructions juridiques ne relèvent ni de l’anomalie ni de l’exception exotique. Elles s’inscrivent dans une tradition européenne où l’histoire, la diplomatie et le droit se superposent avec prudence.

À Wissembourg comme à Sainte-Hélène, la terre peut changer de souveraineté ; la propriété, elle, suit parfois une autre logique.

Et dans ces subtilités juridiques se lit une vérité plus large : les frontières politiques ne coïncident pas toujours avec les traces que l’histoire a déposées sur le sol.

lundi 2 mars 2026

Les domaines français à travers le monde

 Il existe, au-delà des frontières de la République, quelques domaines français historiques dispersés entre l’Europe, le Proche-Orient et l’océan Atlantique.

Domaine national de Longwood, 2014


Ces domaines sont des propriétés de l’État français situées sur le territoire de pays souverains. Ils ne constituent pas des enclaves : la France n’y exerce pas de souveraineté politique pleine et entière, même si des dispositions particulières peuvent s’y appliquer en raison de leur statut spécifique.

Ces lieux, singuliers par leur histoire, témoignent d’un passé diplomatique, culturel et religieux dense. La liste qui suit n’est peut-être pas absolument exhaustive, mais elle permet de saisir l’ampleur et la diversité de ces implantations.


1 – Les Pieux Établissements de la France à Rome et à Lorette

Placés sous la tutelle de l’ambassade de France auprès du Saint-Siège, les Pieux Établissements résultent de donations anciennes.

Ils comprennent notamment :

Cinq églises et leurs dépendances :

  • La Trinité-des-Monts

  • Saint-Louis-des-Français et le couvent attenant

  • Saint-Nicolas-des-Lorrains

  • Saint-Yves-des-Bretons

  • Saint-Claude-des-Francs-Comtois de Bourgogne

S’y ajoutent plusieurs immeubles à Rome ainsi que la chapellenie de l’église de Lorette et quelques hectares attenants.


2 – La Villa Médicis

Toujours à Rome, la Villa Médicis constitue l’un des symboles majeurs de la présence culturelle française à l’étranger.

L’Académie de France à Rome, créée en 1666 sous l’impulsion de Colbert, permit à des artistes tels que Boucher, Fragonard ou Houdon de parfaire leur formation. Supprimée au début de la Révolution, elle fut rétablie en 1795 par le Directoire.

Le 18 mai 1803, l’Académie quitta le Palais Mancini pour s’installer à la Villa Médicis, ancienne résidence du cardinal Ferdinand de Médicis au XVIᵉ siècle. Depuis lors, d’illustres pensionnaires — Gounod, Debussy, Berlioz ou Bizet — y ont travaillé.

La Villa Médicis demeure, en quelque sorte, l’ambassade de l’art français à Rome.


3 – Au Proche-Orient

Plusieurs domaines français sont situés en Israël et à Jérusalem :

  • L’église Sainte-Anne, construite sur le site supposé de la maison des parents de la Vierge Marie et proche de la piscine de Bethesda.

  • Abou-Gosh (Abu Gosh), ancienne commanderie croisée comprenant une église et une crypte, aujourd’hui abbaye bénédictine.

  • L’Eleona, lieu traditionnellement identifié comme celui où le Christ aurait enseigné le Notre-Père.

  • Le Tombeau des Rois, mausolée attribué à la princesse Hélène d’Adiabène.

Ces sites, à forte charge spirituelle et historique, relèvent d’un régime particulier hérité du XIXᵉ siècle.


Domaine national de la Tombe de Napoléon

4 – Sur l’île de Sainte-Hélène

Dans l’Atlantique Sud, trois domaines français sont situés sur le territoire britannique de Sainte-Hélène :

  • Longwood House, où Napoléon passa les dernières années de son exil.

  • La Vallée du Géranium (Vallée du Tombeau).

  • Le Pavillon des Briars.

Longwood House et la Vallée du Tombeau furent acquis par Napoléon III auprès du gouvernement britannique. Le Pavillon des Briars fut offert à la France en 1959 par l’arrière-petite-fille de William Balcombe.

Ces propriétés constituent un cas emblématique de dissociation entre propriété domaniale française et souveraineté britannique.


Domaine national des Briars



5 – La forêt de l’Obermundat

La forêt de l’Obermundat, près de Wissembourg (Bas-Rhin), offre un autre exemple de domaine français situé hors du territoire national.

Initialement française, elle fut rattachée à la Bavière rhénane en 1815. Après la Seconde Guerre mondiale, elle fut provisoirement réunie à la France afin d’assurer l’approvisionnement en eau de la ville de Wissembourg.

Le 23 avril 1949, l’ordonnance 212 du général Koenig formalisa son annexion provisoire au département du Bas-Rhin.

Un accord franco-allemand du 10 mai 1984 rétablit la frontière antérieure tout en maintenant la propriété foncière française de la forêt (à l’exception des ruines du château du Guttenberg). Aujourd’hui, cette forêt domaniale française située en Allemagne est gérée par l’Office national des forêts.


Ces domaines, dispersés à travers le monde, illustrent la complexité des héritages diplomatiques et juridiques du XIXᵉ siècle.

Ils rappellent surtout que la présence d’un État ne se limite pas à la souveraineté politique. Elle peut aussi s’inscrire dans la mémoire, dans la culture et dans la propriété.

Et parfois, comme à Sainte-Hélène, dans le silence d’un plateau battu par les vents.